LIVRE IV, CHAPITRE XVI
proportion et similitude de la foy*, laquelle regarde tousjours les promesses.
Et de faiet, la vérité se laisse en cest endroiet quasi toucher à la main. Car comme la Circoncision a esté une marque aux Juifs, en recognoissance que Dieu les recevoit pour son peuple, et qu'ils l'advouoyent pour leur Dieu , et ainsi leur estoit comme la première entrée extérieure en l'Eglise de Dieu : aussi par le Baptesme nous sommes premièrement receus en l'Eglise de nostre Seigneur, pour estre recognus de son jjeuple : et faisons protestation de le vouloir advouer pour noslre Dieu. Dont appert que le Baptesme a succédé à la Circoncision.
5 3Iaintenant si quelqu'un demande, si le Baptesme doit estre coimnuniqué aux petits enfaiis, comme leur appartenant selon l'ordonnance de Dieu : qui sera celuy tant desprouveu de sens, lequel se vueille arrester, pour en donner bonne résolution, seulement à l'eau et à robservation visible, et non plustost considérer le mystère spirituel ? auquel si nous avons esgard , il n'y aura nulle doute que le Baptesme n'appartiene à bon droict aux enfants. Car par ce que nostre Seigneur a ordonné ancienneuient la Circoncision aux enfans, il a monstre évidemment qu'il les faisoit parlicipans de fout ce qui y estoit représenté. Autrement il faudroit dire que telle institution li'auroit esté que mensonge et feintise, et mesmes belle tromperie : ce qui ne peut estre ouy ny enduré entre les tidèles. Car le Seigneur dit notamment, que la Circoncision donnée au petit enfant, luy sera en contirmalion de l'alliance laquelle a esté récitée. Si doncques l'alliance demeure tousjours une, il est trèsc-ertain que les enfans des Chrestiens n'en sont pas moins participans, qu'ont esté les enfans des Juifs sous le Vieil Testament. Et s'ils sont participans de la chose signifiée, pourquoy ne leur sera communiqué le Sacrement, qui n'est sinon ligure et représentation ? S'il est question de discerner le signe extérieur de la Parole, lequel sera estimé le pKis grand et le plus excellent? Certes d'autant que le signe
1) Rom. XH, 3, 6.
sert à la parole , on voit bien qu'il est inférieur et de moindre estime. Or il est ainsi que la parole du Baptesme s'addresse aux pelis enfans : pourquoy doncques en destournera-on le signe , lequel est comme une dépendance d'icelle? S'il n'y avoit que ceste seule raison, elle est hien assez suflisante pour fermer la bouche à tous conlredisans. La raison qu'on ameine touchant le jour prélix à la Circoncision', n'est aucunement de mise.
BienestvrayqueleSeigneurne nousa pas liez à certains jours, comme il a fait les Juifs : mais nous laissant liberté en cela, il nous a toulesfois déclairé comment les petis enfans doyvent estre solennellement receus en son alliance. Qu'est-ce que nous demandons d'avantage?
6 Toulesfois l'Escrilure encores nous ameine à plus évidente cognoissance de vérité. Car il est certain que l'alliance qu'a faite une fois le Seigneur avec Abraham, disant (ju'il vouloit estre son Dieu, et le Dieu de sa semence, n'est pas moins aiijourd'huy eiUre les Chrestiens, qu'elle a esté lors entre le peuple judaïque, et (pie ceste parole ne s'addresse pas moins aujourd'huy aux Chrestiens, qu'elle s'addressoit aux Pères du Vieil Testament.
Autrement il s'ensuyvroit que la venue de Jésus-Christ auroit amoindry et accourcy la grâce et miséricorde de Dieu : qui est un horrible blasphème à dire et à ouyr. Et de faict, comme les enfans des Juifs ont esté appelez Lignée saincte, à cause qu'ils estoyenl héritiers de ceste alliance, et esloyent ségrégez des enfans des infidèles et idolâtres: aussi les enfans des Chrestiens sont dits par mesme raison, Saincts, encore qu'ils ne soyent engendrez sinon de père fidèle ou de mère, et sont discernez des autres pjr le lesmoignage de l'Escriture^. Or est-il ainsi que le Seigneur, après avoir promis à Abraham ceste alliance, veut qu'elle soit testiliée et seellée aux petis enfans par le Sacrement extérieur ^ Quelle excuse doncques avons-nous, que nous ne la tesliliions et scellions aujourd'huy, comme de ce temps -là? Et ne peut-on alléguer qu'il n'y a eu autre Sacrement ordonné
1) Gen. XVII, lî ; XXI, t.
3) Gen. XVII, 12.
S) 1 Cor. VII, U.
JNSTiTUTION CHRESTIENNE.
pour la tpslifier que la Circoncision, laquelle est abolie, car la response est preste, Que pour le temps nostre Seigneur a lors ordonné la Circoncision :
néanlmoins qu'après la Cii concision ahroguée, la raison de la confernier demeure tousjours, veu qu'elle nous est aulant commune comme aux Juifs. Et pourtant il faut tousjours diligemment regarder ce que nous avons commun avec eux et semblable, et ce qui est divers. L'alliance est commune, la raison de la confermer est semblable : la diversité est seulement en cela, (ju'iis ont < u la Circoncision pour confirmation, de quay le Baptesme aujourd'hui' nous sert. Autrement la venue de Christ auroit fait (|ue la miséricorde de Dieu devroit moins estre sur nous déclairée qu'elle n'a esté sur les Juifs, si le tesmoignage qu'ils ont eu pour leurs enfans nous estoit osié. Si cela ne se peut dire sans déshonorer grandement Jésus- Christ, par lequel la bonté infinie du Seigneur a esté plus amplement et richement (juc jamais espandue et manifestée sur la terre, il faut concéder (jue la grâce de Dieu ne doit pas estre plus cachée, ne moins asseurée qu'elle n'a esté sous les ombres de la Loy.
7 A ceste cause nostre Seigneur Jésus, voulant monslrer qu'il estoit plustost venu pour augmenter et multiplier les grâces de son Père que pour les-restreim^re, reçoit bénignement , et embrasse les enfans qui luy sont présentez, reprenant ses Apcistres de ce qu'ils y vouloyeiit mettre empeschement, pource (ju'ils destournoyenl ceux auxquels le Royaume des cieux appartient, de venir à luy qui en est la voye et l'accès K Mais quelle similitude, dira quelqu'un a cest embrassement de Jésus avec le Daptesme?
Car il n'est pas dit qu'il les ait baptisez, mais seulement qu'il les a receus et embrassez, et prié pour eux. Pour bien doncques ensuyvre cest exemple de nostre Seigneur, il faudroit prier pour les petis enfans, et non pas les baptiser, ce qui n'a pas esté fait de luy. Or il nous faut un petit mieux poiser la doctrine de l'Escriture, que ne font telles gens. Car
)) Mallli. XIX, 1S, IV.
ce n'est pas une chose légère, que Jésus- Christ veut les enfans luy estre présentez : adjoustant la raison, Pource qu'à tels est le royaume des cieux. Et encores après il déclaire sa volonté par effect, entant qu'il les embrasse et prie pour eux. Si c'est une chose raisonnable d'amener les enfans à Jésus-Christ, pourquoy ne sera-il loisible de les recevoir au Baptesme, qui est le signe extérieur par lequel Jésus-Christ n-ous déclaire la communion et société que nous avons avec luy ? Si le Royaume des cieux leur appartient, pourquoy leur sera desnié le sigiu', par lequel nous est donné comme. une entrée en l'Eglise , pour nous déclairer héritiersduKoyaumedeDieu? Neserionsnous pas bien iniques de repousser ceux que nostre Seigneur appelle à soy ? de leur refuser ce qu'il leur donne ? de leur fermer la porte quand il leur ouvre? Et s'il est question de séparer du Baptesme ce qu'a fait Jésus-Christ : touteslois lequel doit estre estimé le plus grand, ou que Jésus-Christ les reçoyve, leur impose les mains pour signe de sanctification, et prie pour eux, démonstrant qu'ils sont siens, ou que nous par le Baptesme testifiions qu'ils appartienentàson alliance? Les autres caviilations qu'on ameine pour soudre ce passage, sont trop frivoles.
Car de vouloir prouver que c'esloyent enfans desjà grans, pource que Jésus dit qu'on les laisse venir, cela répugne trop évidemment à l'Escriture , laquelle les appelle petis enfantelels, qu'il falloit porter; tellement que ce mot, Venir, doit estre interprété pour Approcher simplement. Voylâ comment ceux qui s'opiniastrent contre la vérité, cherchent en chacune syllabe matière de tergiverser.
Ce que d'autres objectent qu'il n'est pas dit que le Royaume céleste appariienc aux enfans, mais à tels qu'eux est aussi bien une évasion eschappatoire. Car si cela avoit lieu, quelle seroit la raison de nostre Seigneur, par laquelle il veut monstrer que les enfans doyvent approcher de luy ? Quand il dit : Laissez les enfans venir à moy, il n'est rien plus certain qu'il parle des petis enfans d'aage. El pour donner à entendre qu'il est raisonnable , il adjouste, Car à tels est le