LIVRE IV, CHAPITRE XVI
lioyaiimc dos cieiix, En quoy il faut nécessairement qu'ils soyi'iu compriiis. Kt pourlaui faut exposer le mut de Tels, en cesle manière, Ou'à eux et leurs semblables apiuiiiienl le Royaume des eieux.
8 II n'y a desjà eeluy (jui ne voye , le [Japtesme des petis eid'ans n'avoir esté t'ori;'é lémérairemenl des hommes, veu iiu'il a si évidente approbation desEscritures. Eln'y a aucune apparence en l'objection que font aucuns: c'est asçavoir (|u'on ne sçauroit nionstrer par l'Escriture, que jamais enfant ait esté baptisé par les Apostres, Car combien que nous confessons qu'il n'est point expressément monstre, toutesfois ce n'est pas à dire qu'ils ne les ayent baptisez, veu que jamais n'en sont exclus, quand il est fait mention que queUpie famille a esté baptisée •. Par un tel argument nous pourrions prétendre que les femmes ne doyvent estre admises à la Cène de nosii-e Seigneur, puisqu'il n'est jamais parlé en l'Esciiture qu'elles y ayent communié du temps des Apostres. I\lais en cela nous suyvons, comme il appartient, la reigle de la foy, regardans seulement si l'institution de la Cène leur convient; et si selon l'intention de nostre Seigneur, elle leur doit estre baillée : comme aussi nous f;iisons en ce Baptesnie. Car en considérant pour (jui il a esté ordonné, nous trouvons qu'il n'appartient pas moins aux petis enfans , qu'aux grans d'aage. Parquoy ce seroit frauder l'intention du Seigneur, s'ils en estoyenl rejetiez. Tant y a que ce qu'ils sèment est une pure menterie, de dire que long temps après les Aposti'es il a esté mis sus. Car nous n'avons histoire tant ancienne depuis l'Eglise primiiive, laquelle ne rende lesmoignage qu'en ce temps-là mesme il esioit en usage.
9 II reste de nionstrer quel proufit revient aux lidèles de ceste observation de baptiser leurs enfans : et aux enfans mesmes d'eslre baptisez en tel aage. Car il y en a queUiues-uns qui la rejettent comme inutile et de nulle importance. En (juoy ils sont grandement abusez : et quand il n'y auroit autre chose qu'en ce faisant ils se mocquent de l'ordonnance qu'a faite le
1) Acl. XVI, 15, 33.
Seigneur de la Circoncision, UKpiclle est de mesme estime et considération, il y auroit assez de matière pour réprimer leur témérité et outrecuidance, de ce (juc follement et desraisonnablemenl ils condamnent tout ce qu'ils ne peuvent comprendre en leur sens charnel. Mais nostre Seigneur a eni:ores mieux prouveu pour abati-e leur folle arrogance. Car il n'a pas laissé sa volonté si cachée qu'il n'ait monstre évidente utilité de son institution : c'est que le signe doimé aux petis enfans est un seel, pour confermer et comme ralilier la promesse qu'a faite nostre Seigneur à ses lidèles, qu'il espandroit sa miséricorde non-seulement sur eux, mais sur leur postérité, jusques en mille générations. En quoy premièrement la bonté de Dieu est testiliée, pour magnitier et exalter son Nom : secondement pour consoler l'homme lidèle , et luy donner meilleur courage de s'addonner du tout à Dieu quand il voit ce bon Seigneur n'avoir point seulement cure de luy, mais aussi de ses enfans et de sa postérité. Et ne faut dire que la promesse sufliroit pour nous asseurer du salut de nos enfans. Car il a semblé advis autrement à Dieu, lequel cognoissant l'inlirmité de nostre foy, l'a voulu en cest endroict supporter. l*ourtant quiconques par certaine liance se reposent sur ceste promesse, que Dieu veut faire miséricorde à leur lignée, leur office est de présenter leurs enfans pour recevoir le signe de la miséricorde : et en cela se consoler et corroborer, quand ilsvoyent à l'œil l'alliance du Seigneur signée aux corps de leurs enfans. Ce proutit en revient à l'enfant, que l'Eglise chrestienne le recognoissant membre de son corps, l'a en plus singulière recommandation :
et luy quand il vient en aage, a occasion d'esire plus enclin de servir au Seigneur, lequel s'est déclairé à luy pour Père, devant qu'il le cogneust, le recevant au nombre de son peuple dés le ventre de sa mère. Finalement, il nous faut tous- I jours craindre cesle menace, que si nous I inesprisons de marquer nos enfans du I signe de l'alliance, que le Soigneur en { fera la vengence ^ : d'autant qu'en ce
1 1) Gen. XVU, ii.
INSTITUTION CHRESTÎENNE.
faisant nous renonçons au bénéfice qu'il nous présente.
lO Venons aux argumens, desquels le malin esprit a tasché d'envelopper plusieurs en erreur et déception, sous ombre de se vouloir arrester à la Parole de Dieu : et considérons quelle force il y a en toutes les machines de Satan, parlésquelles il a tasché de renverser ceste saincte ordonnance du Seigneur : laquelle a tousjours, comme il estoit convenable, esté révéremment observée en son Eglise. Ceux doncques que le diable pousse de contredire en cest endroict à la Parole de Dieu tant certaine, pource qu'ils se voyent fort pressez et trop puissamment convaincus par la similitude que nous avons mise de la Circoncision avec le Baptesme, s'efforcent de monstrer quelque grande diversité entre ces deux signes, tellement qu'il n'y a rien commun de l'un à l'autre. Premièrement, en disant (|ue la chose figurée est diverse. Secondement, que l'alliance est toute autre. Tiercement que les enfans doyvent estre entendus eu diverses manières.
Mais quand ils veulent prouver le premier point, ils allèguent que la Circoncision a esté figure de la mortification, et non pas du Baptesme. Ce que certes nous leur concédons trèsvolontiers : car cela fait pour nous. Et mesmes, pour bien prouver nostre intention, n'usons point d'autres mots, sinon que la Circoncision et le Baptesme représentent pareillement la mortilication. Et de cela concluons que le Baptesme a succédé à la Circoncision, pource qu'il signifie une mesme chose aux Chresliens qu'icelle faisoit aux Juifs. Quant au second article, ils monstrent combien ils sont transportez d'esprit : non pas en renversant seulement un passage par fausse interprétation, mais toute l'Escriture universellement.
Car ils nous font les Juifs comme un peuple charnel et brutal, qui n*ait eu autre alliance de Dieu que pour la vie temporelle, ny autre promesse, que pour les biens présens et corruptibles. Si ainsi estoit, que reste-il plus sinon que l'on estime ceste nation-là comme un troupeau de porceaux, lequel nostre Seigneur ait voulu nourrir en l'auge, pour les lais-
ser après périr éternellement.!^ Car toutes foisetquantes que nous objectons la Circoncision et les promesses qui y sont données, ils ont incontinent en la bouche, que c'est un signe litéral, eldes promesses charnelles.
1 1 Certes si la Circoncision a esté un signe litéral, aussi bien est le Baptesme : veu que sainct Paul au chapitre 11 des Colossiens n'en fait pas l'un plus spirituel que l'autre, disant qu'en Christ nous sommes circoncis de la Circoncision faite sans main, quand nous avons despouillé la masse de péché (jui habite en nostre chair, laquelle est la Circoncision de Christ'. Puis -après pour déclairer cela, il dit que nous avons esté ensevelis avec Christ au Baptesme. Qu'est-ce que veut dire ce passage autre chose, sinon que l'accomplissement du Baptesme est l'accomplissement de la Circoncision, d'autant que les deux figurent une mesme chose? Car il veut monstrer que le Baptesme est aux Chrestiens, ce qu'avoit esté au paravant la Circoncii-ion aux Juifs. Or pource que nous avons évidemment ci-dessus exposé, que les promesses de ces deux signes, et les mystères en iceux représentez, ne diffèrent en rien, nous ne nousyarresteronspointde présent plus longuement. Seulement nous admonesterons les fidèles, de considérer si un signe doit estre estimé charnel et litéral, quand tout ce qu'il contient est spirituel et céleste. Mais pourtant qu'ils allèguent quelques passages pour donner apparence à leur mensonge, nous soudrons en trois mots, les objections qu'ils peuvent faire. 11 est certain que les principales promesses que nostre Seigneur a données à son peuple en l'Ancien Testament , esquelles consistoit l'alliance qu'il faisoit avec eux, ont esté spirituelles, appartenantes à la vie éternelle : et pareillement ont esté spirituellement entendues des Pères, pour concevoir espérance de la gloire future, et estre ravis en icelle de toute leur affection. Néantmoins nous ne nions pas qu'il n'aii testifié envers eux sa bonne volonté par autres promesses charnelles et terriennes,
1) Col. II, 11.