LIVRE IV, CHAPITRE XVI
;i-[lire héritiers des Testamens *, regardant loiisjours à ceste promesse. Ce que démonstre bien aussi le passage de sainct Paul, que nous avons ci-dessus allégué:
car il met la Circoncision donnée aux enfans petis d'aage, pour tesmoignage de la communication spirituelle avec Christ^. Et de faiet, que pourroit-on autrement respondre à la promisse que fait le Seigneur à ses lidèles par sa Loy, dénonçant qu'il fera miséricorde à leurs enfans pour l'amour d'eux, en mille générations? Dirons-nous que ceste promesse est abolie?
Mais ce seroit destruire la Loy de Dieu, laquelle plustost est establie par Clirist, entant qu'elle nous tourne à bien et salut. Que ce nous soit doncques un point résolu, que le Seigneur reçoit en son peuple les enfans de ceux ausquels il s'est monstre Sauveur, et qu'en faveur des premiers il accepte les successeurs.
16 Les autres diversitez qu'ils taschent de monstrer entre la Circoncision et le Baptesme, sont du tout ridicules et sans propos : et mesmes répugnantes ensemble. Car après qu'ils ont affermé que le Baptesme appartient au premier jour de la bataille clirestienne, la Circoncision au huitième, après que la moriiticalion est totalement faite : ils disent incontinent après, que la Circoncision figure la mortification de péché : le Baptesme est l'ensevelissement, après que nous y sommes morts. Certes un phrénétique ne se contrediroit tant ouvertement : car par l'un des propos il s'ensuyvroit que le Baptesme devroit précéder la Circoncision : par l'autre, on pourroit déduire qu'il la doit suyvre. Or il ne se faut esmerveiller de telle répugnance : car l'esprit de l'homme s'adonnant à forger fables et imaginations semblables à songes, est enclin à trébuscher en telles absurditez. Nous disons doncques que la première de ces deux différences qu'ils veulent mettre, est une pure resverie. Ce n'est pas en ceste manière qu'il faut allégoriser sur le huitième jour. Encores vaudroit-il beaucoup mieux exposer avec les Anciens, que (;'estoit pour démonstrer le renouvellement de vie estre dépendant de la
1) Acl. 111,25.
2) Ephés.II, 11.
résurrection de Christ, laquelle a esté faite au huitième jour : ou bien, qu'il faut que ceste Circoncision de cœur soit perpétuelle, tant que ceste vie-ci dure. Combien qu'il y ait apparence que nostre Seigneur en ce jour ait regardé ù la fragilité des enfans. Car voulant son alliance estre imprimée en leur corps, il est vraysemblable qu'il a mis ce terme, afin qu'ils fussent tellement confermez, que leur vie n'en fust point en danger. La seconde différence n'est pas plus certaine ne solide : car de dire que par le Baptesme nous soyons ensevelis après la mortification, c'est une mocqucrie, pluslost nous sommes ensevelis pour eslre mortifiez, comme l'Escriture l'enseigne*. Finalement, ils allèguent que si nous prenons la Circoncision pour le fondement du Baptesme, qu'il ne faudroit point que les femelles fussent baptisées ; veu qu'il n'y avoit que les masles seulement circoncis. Mais s'ils considéroyentbien la convenance de la Circoncision, ils délaisseroyent ceste raison tant frivole. Car d'autant que par ce signe le Seigneur démonstroit la sanctification de la semence d'Israël, il est certain qu'il servoit aussi bien aux femelles qu'aux masles : mais il ne leur estoit appliiiué, pource que la nature ne le porte pas. Le Seigneur doncques en ordonnant que le masle fust circoncy, a comprins sous iceluy ia femelle, laquelle ne pouvant recevoir la Circoncision en son propre corps, communiquait aucunement à la Circoncision du masle. Ainsi toutes ces folles fantasies délaissées et rejettées, comme elles le méritent, nous avons lousjours la similitude qui demeure entre le Baptesme et la Circoncision, touchant le mystère intérieur, les promesses, l'usage et l'efficace.
17 Conséquemment ils prétendent que le Baptesme ne doit estre communiqué aux petis enfans, lesquels ne sont encores capables du mystère qui y est présenté. Car comme il appert, le Baptesme signifie la régénération spirituelle, laquelle ne peut estre en cest aage-là. Pourtant, ils concluent qu'il les faut laisser enfans
1) Rom. VI, 4.
d'Adam, jusques à ce qu'ils auront prins accroissement pour parvenir à la seconde nativité. Tout cela répugne meschamment à la vérité de Dieu. Car s'il est question de les laisser enfans d'Adam, on les laisse en la mort, veu qu'il est dit qu'en Adam nous ne pouvons que mourir. Au contraire, Jésus-Clirist dit qu'on les laisse approcher de luy^ Pourquoy? Pourtant qu'il est la vie. Il les veut doncques faire partlcipans de soy pour les vivifier : et ceux-ci bataillent contre sa volonté, disans qu'ils demeureront en la mort. Car s'ils veulent caviller, qu'ils n'entendent pas que les enfans périssent, combien qu'ils demeurent enfans d'Adam : leur erreur est assez convaincu par l'Escriture, quand il est dit qu'en Adam nous sommes tous morts, et n'avons espérance de vie que par Christ^. Il nous faut doncques avoir part en luy, pour estre faits héritiers de la vie. Pareillement il est dit autre part, que de nature nous sommes tous sous l'ire de Dieu, conceus en péché ^, lequel porte tousjours damnation avec soy. Il s'ensuyt doncques qu'il nous faut sortir de nostre nature, pour communiquer au Royaume de Dieu. Et sçauroit-on dire chose plus ouvertement que ceci ? La chair et le sang ne posséderont point le Royaume de Dieu'*. Il faut doncques que tout ce qui est de nous soit anéanty, pour estre faits héritiers de Dieu : ce qui ne se fait sans régénération. En somme, il faut que la Parole de Jésus-Christ demeure véritable, où il afferme qu'il est la vie^. Pourtant il nous faut estre en luy, pour escliapper la servitude de la mort. Mais comment, disentils, pourroyent estre les pelis enfans régénérez qui n'ont cognoissance de bien ne de mal? A cela nous respondons, que combien que l'œuvre de Dieu nous soit secrette et incompréhensible, néantmoins qu'elle ne laisse point de se faire. Orque le Seigneur régénère les petis enfans qu'il veut sauver, comme il est certain qu'il en sauve aucuns, il est trèsévident. Car s'ils naissent en corruption , il faut qu'ils en soyent purgez devant qu'entrer
t) Mallh. XIX, 1».
5) Ephés. U, 3;Ps. LI, 7.
6) Jean XI, Ï5 ; XIV, S.
2) 1 Cor. IV, 22.
*) 1 Cor. XV 50.
au royaume céleste, auquel il n'entre nulle chose souillée ^ S'ils naissent pécheurs, comme David et sainct Paul en rendent tesmoignage^ il faut, pour estre agréables à Dieu, qu'ils soyent justifiez. Et que demandons-nous tant, quand le Juge céleste nous dit , qu'il nous faut tous renaistre pour avoir entrée en son royaume^. Et pour fermer la bouche aux murmurateiirs, il a monstre en sainct Jehan-Baptiste, que c'est qu'il peut faire es autres, quand il l'a sanctifié dés le ventre de sa mère*. Et n'est à recevoir ceste cavillation, que s'il a esté une fois ainsi fait, ce n'est pas à dire qu'il le doyve tousjours estre. Car nous n'arguons point en ceste manière, mais nous voulons seulement monstrer, qu'iniquement ils veulent restreindre la puissance de Dieu envers les petis enfans, laquelle il "a une fois déclairée. L'autre évasion est autant inepte, quand ils allèguent que c'est une manière de parler de l'Escriture, de dire. Dés le ventre de la mère, pour dés la jeunesse. Car on voit bien que l'Ange en parlant à Zacharie luy a voulu affermer, qu'estant encores au ventre de la mère il seroit rempli du sainct Esprit. Le Seigneur doncques sanctifiera bien ceux que bon luy semblera, comme il a sanctifié sainct Jehan, puisque sa main n'est pas accourcie.
18 Et de faict, pour ceste cause Jésus- Christ a esté sanctifié dés son enfance, afin que tous aages fussent en luy sanctifiez, selon que bon luy semble. Car comme pour satisfaire en la propre chair en laquelle l'offense avoit esté faite, et pour accomplir toute justice et entière obéissance en nostre nature, de laquelle il vouloit faire le salut, d'avantage pour estre plus enclin à nous supporter en douceur et compassion, il a prins nostre propre chair, et un corps du tout semblable au nostre, excepté péché : aussi d'autre part il a esté plenement sanctifié en son humanité dés sa conception, afin de sanctifier par sa participation jusques aux petis enfans. Or si Jésus-Christ est comme le patron et exemplaire de toutes les grâces que fait le Père céleste à ses
1) Apec. XXI, 27.
3) Jeau m, 3.
2) Ts. LI, 7 i Ephét. II, S.
k) Lue I, <».