‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 288 sur 346 · LIVRE IV, CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE XVI

enfans, en ceste partie aussi il nous peut estre exemple, que la main de Dieu n'est pas amoindrie envers cest aage, non plus qu'envers les autres. Quoy qu'il soit, il est nécessaire de conclurre que le Seigneur ne relire de ce monde nul de ses esleus, qu'il ne l'ait premièrement sanctifié et régénéré par son Esprit. Et à ce qu'ils allèguent, que la vérité ne recognoist autre régénération que celle qui est faite par la semence incorruptible, qui est la Parole de Dieu*, nous respondons qu'ils prenent mal le dire de sainct Pierre, lequel en disant cela, n'addresse son propos sinon à ceux qui avoyent esté enseignez de l'Evangile, ausquels certes la Parole de Dieu est tousjours pour semence de régénération spirituelle; mais de cela ne se peut inférer que les petis enfans ne puissent estre régénérez par la vertu du Seigneur à nous secrette et admirable, mais à luy facile et aisée. D'avantage, c'est une chose trop incertaine et mal seure, d'affermer que le Seigneur ne se puisse en quelque sorte manifester à eux.

49 Comment, disent-ils, cela se feroitil? veu que la foy est par l'ouye, comme dit sainct PauP, et les enfans n'ont discrétion de bien ne de mal. Mais ils ne regardent point que sainct Paul parle seulement de la manière ordinaire dont le Seigneur besongne pour donner la foy aux siens : non pas qu'il n'en puisse autrement user, comme de faict il en a usé en beaucoup , lesquels sans jamais leur faire ouyr parole il a touchez intérieurement, pour les attirer à la cognoissance de son nom. Et pource qu'il leur semble que cela répugne à la nature des enfans, lesquels selon Moyse n'ont encores discrétion du bien et du mal ^ : je leur demande pourquoy ils veulent restreindre la puissance de Dieu : de ne sçavoir maintenant faire en partie aux enfans, ce qu'elle fait en eux parfaitement un peu après.

Car si la plénitude de vie est en la parfaite cognoissance de Dieu, puis que le Seigneur réserve à salut d'aucuns lesquels décèdent petis enfans de ce monde, il est certain qu'ils auront la plene manifes-

1) 1 Pierre I, (3.

3) Dcut. I, 39.

2) Rom. ï, 17.

tation de Dieu. Puis doncques (pi'ils l'ont parfaitement en la vie future, pourquoy n'en pourront-ils avoir yci quelque petit goust, ou en appercevoir quelque estincelle : sur tout veu que nous ne disons pas que Dieu les despouille d'ignorance, jusques à ce qu'il les retire de la prison de leurs corps ? Non pas que nous vucillions affermer que les enfans ayent foy, d'autant que nous ne sçavons comment Dieu besongne en eux : mais nostre intention est de monstrer la témérité et présomption de ces gens, lesquels selon leur folle fantasie afferment et nient ce que bon leur semble, sans avoir nul esgard à toute raison qu'on sçauroit amener.

20 Mais ils pressent encores de plus près, disans que le Baptesme est Sacrement de pénitence et de foy, comme l'Escriture nous enseigne. Puis doncques que pénitence et foy ne peuvent estre en un petit enfant, c'est une chose mal convenable de leur appliquer le Sacrement, veu qu'en ce faisant sa signification est rendue vaine. Ces argumens combatent contre l'ordonnance de Dieu, plus que contre nous. Car que la Circoncision ait esté signe de pénitence, il appert par plusieurs tesmoignages de l'Escriture : principalement du chapitre IV de Jérémie :

et sainct Paul le nomme Sacrement de la Justice de foy^ Qu'on demande doncques raison à Dieu, pourquoy il l'a fait appliquer aux petis enfans. Car puis que c'est une mesme raison, si cela n'a esté fait desraisonnablement, il n'y a non plus d'inconvénient au Baptesme. S'ils cherchent leurs subterfuges accoustumez, que les enfans d'aage ont figuré les vrais enfans régénérez : cela desjà leur est osté.' Voyci doncques que nous disons. Puis que nostre Seigneur a voulu que la Circoncision, combien qu'elle fust Sacrement de foy et pénitence, fust communiquée aux enfans, il n'y a nul inconvénient que le Baptesme leur soit communiqué. Si ces calomniateurs ne veulent d'adventure accuser Dieu, en ce qu'il a fait telle ordonnance. Mais la vérité, sapience et justice de Dieu, reluit assez clairement en tous ses faits, pour confondre leur folie,

1) Rom. IV, 11.

mensonge et iniquité. Car combien que les enfans ne coniprinssent point pour lors que vouloit dire la Circoncision, si ne laissoyent-iis pas d'estre circoncis en la chair, à la mortification intérieure de leur nature corrompue, pour la méditer ei s'y estudier quand l'aage le porteroit, estans à ce instruits dés leurs premières années. BrieF, ceste objection est solue en un mot, quand nous disons qu'ils sont baptisez en foy et pénitence pourl'advenir : desquelles combien qu'on ne voye point d'apparence, toutesfois la semence y est plantée par l'opération secrette du saiinct Esprit. Par ceste raison se peuvent soudre tous autres passages qu'ils ameinent, appartenans à la signification du Baplesrne. Comme quand de ce que sainct Paul l'appelle Le lavement de régénération et rénovation \ ils prétendent qu'on ne le doit bailler sinon à ceux qui sont capables d'estre régénérez et renouvelez. Mais nous aurons tousjours à répliquer, La Circoncision est signe de régénération et rénovation : elle ne se doit doncques bailler sinon à ceux qui en sont jà de présent participans. Et par ainsi, selon leur intention, l'ordonnance de Dieu, de circoncir les petis enfans, seroit folle et desraisonnable. Pourtant toutes les raisons qui combatent aussi bien contre la Circoncision, ne sont à recevoir pour impugner le Baptesme. Et ne peuvent calomnier qu'il faut laisser pour fait ce qui est institué du Seigneur : et qu'il faut avoir pour résolu qu'il est bon et sainct, sans en enquérir : laquelle révérence n'est pas deue aux choses lesquelles ne sont expressément commandées de luy. Car il n'y a sinon à respondre à ceste question : Ou Dieu a institué la Circoncision pour les petis enfans à bonne raison, ou non. Si elle a esté bien instituée, tellement qu'on ne puisse alléguer aucune absurdité à rencontre, autant en est-il du Baptesme.

21 Parquoy à ce qu'ils prétendent nous amener à quelque absurdité, nous respondons ainsi : Les enfans recevans le signe de régénération et rénovation, s'ils décèdent de ce monde devant que

1) Tile m, 5.

venir en aage de cognoissance, s'ils sont des esleus du Seigneur, ils sont régénérez et renouvelez par son Esprit comme bon luy semble, selon sa vertu à nous cachée et incompréhensible. S'ils vienent jusques à l'aage qu'ils puissent estre instruits de la doctrine du Baptesme, ils cognoistront comment en toute leur vie ils ne doyvent faire autre chose que méditer ceste régénération, dont ils portent la marque dés leur enfance. En telle manière aussi faut-il entendre ce que sainct Paul enseigne au chapitre VI des Romains et au chapitre II des Colossiens, que par le Baptesme nous sommes ensevelis avec Christ ^ Ciir en disant ces choses, il n'entend pas qu'elles doyvent précéder le Baptesme : mais seulement enseigne quelle est la doctrine du Baptesme, laquelle se peut aussi bien monstrer et apprendre après l'avoir receu, comme paravant. Comme pareillement Moyse et les Prophètes remonstroyent au peuple d'Israël que la Circoncision vouloit dire, jà soit qu'ils eussent esté circoncis jeunes ^. Pourtant s'ils veulent conclurre que tout ce qui est représenté au Baptesme doit précéder iceluy, leur faute est en cela par trop lourde : veu mesmes que ces choses ont esté escrites aux personnes lesquelles avoyenl jà esté baptisées. Autant en faut-il dire de ce qu'escrit sainct Paul aux Galaliens : que nous tous qui sommes baptisez, avons veslu Jésus-Christ ^. Ce qui est vray.

3Iais à quelle fin P Pour vivre d'oresenavant en luy : non pas pource qu'au paravant nous y avons vescu. Et combien que les grans ne doyvent recevoir le signe, que premièrement ils n'aycnt intelligence de la chose, il y a diverse raison aux petis enfans, comme il sera dit en un autre lieu. A une mesme fin tend le dire de sainct Pierre, que le Baptesme respondant à la figure de l'Arche de Noé, nous est donné à salut *. Non point l'ablution extérieure des souilleures de la chair, mais response de bonne conscience envers Dieu, qui est par la foy en la résurrection de Jésus-Christ. Si la vérité

<) Rom. VI, V; Col. Il, 12.

2) Deut. X, 16; Jér. lY, '>.

3) Gai. m, 27.

4) 1 Pierre III, 21.

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