‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 289 sur 346 · LIVRE IV, CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE XVI

du Baptesme est bon lesnioignage de la conscience devant Dieu : quand cela sera séparé, que reste-il plus qu'une chose vaine et de ruiUe importance ? Parquoy si les pelis enl'ans ne peuvent avoir ceste bonne conscience, leur Baptesme n'est que vanité et fumée. En cela ils se trompent tousjours, qu'ils veulent précisément que la vérité sans quelque exception précède le signe. Lequel erreur nous avons abondamment ci-devant réfuté. Car la Circoncision, pourtant si elle estoit baillée aux petis enfans, ne laissoit point d'estre Sacrement de la justice de la foy, de pénitence et régénération. Si ces choses eussent esté incompatibles, Dieu n'eust pas fait telle ordonnance. 3Iais en nous enseignant que la substance de la Circoncision est telle, et cependant l'assignant aux petis enfans, il nous monstre assez que touchant ces points-là, elle leur est baillée pour le temps advenir. Doncques la vérité présente qu'il nous faut considérer au Baptesme, quand il est donné aux petis enfans, c'est qu'il est testificalion de leur salut en scellant et conferniant l'alliance de Dieu sur eux. Pourtant, toutes telles raisons ainsi démenées, ne sont que dépravations de l'Escriture, comme chacun peut veoir.

22 Nous traitterons en brief les autres argumens, lesquels se peuvent démesler sans grande difficulté. Ils allèguent que le Baptesme est un lesmoignage de la rémission de nos péchez : ce que nous accordons, et disons que par ceste raison il appartient aux petis enfans. Car estans pécheurs comme ils sont, ils ont besoin de pardon et rémission de leurs macules. Or puis que le Seigneur testifie qu'il veut faire miséricorde à cest aage, pourquoy luy refuserons-nous le signe qui est moindre que la chose? Parquoy nous retournons l'argument contre eux.

Le Baptesme est signe de la rémission des péchez : les enfans ont rémission de leurs péchez. Le signe doncques, qui doit suyvre la chose, à bon droict leur est communiqué. Ils produisent ce qui est escrit au chapitre V des Ephésiens, que nostre Seigneur a purgé son Eglise par le lav^ncnt d'eau en la parole de

vie'. Ce qui fait encores contre eux : car de cela nous déduisons telle raison : Si nostre Seigneur veut que la purgation qu'il fait de son Eglise, soit testiliée et conterniée par le signe du Baptesme, et les petis sont de l'Eglise, puis qu'ils sont contez au peuple de Dieu, et appartienent au royaume des deux : il s'ensuyt doncques qu'ils doyvent recevoir le lesmoignage de leur purgation, comme le reste de l'Eglise. Car sainct Paul sans nulle exception comprend généralement toute l'Eglise, quand il dit que nostre Seigneur l'a purgée par -le Baptesme. De ce qu'ils allèguent du chapitre XII de la première épistre aux Corinthiens, que par le Baptesme nous sommes incorporez en Christ-, on en peut autant déduire. Car si les petis enfans appartienent au corps de Christ, comme il appert de ce qui a esté dit : il est doncques convenable qu'ils soyent baptisez, pour estre conjoincts à leurs membres. Voilà comme ils bataillent vivement contre nous avec tant de passages qu'ils accumulent sans sens, sans propos, sans intelligence.

23 Après, par la prattique des Apostres, ils veulent monstrer comment il n'y a que les grans qui soyent capables de recevoir le Baptesme. Car sainct Pierre, disent-ils, estant interrogué de ceux qui se vouloyent convertir à nostre Seigneur, que c'est qu'ils avoyent à faire : il leur respond qu'ils facent pénitence et qu'un chacun d'eux soit baptisé en Is rémission de leurs péchez^. Semblablement, quand l'Eunuque demande à saine?

Philippe, s'il n'est pas loisible qu'il soir, baptisé: il luy respond, Ouy bien, moyennant qu'il croye de tout son cœur*. De cela ils concluent que le Baptesme n'est ordonné sinon pour ceux qui ont foy ei repentance, et qu'on ne le doit ottroyer à nuls autres. Mais s'il est question d'y aller en ceste sorte, par le premier passage on trouveroil que la repentance suffiroit seule, veu qu'il n'y est fait mention aucune de la foy : et par le second, que la foy seule seroit assez, veu que la repentance n'y est point requise. Ils me diront que l'un des passages aide à l'autre :

1) Ephcs. V, 26.

3) Act. II, «7, 38.

•2) t Coi. XU, 13.

4) Act. VIU, 36,37.

et partant qu'il les faut joindre pour en avoir bonne intelligence. Et semblablement nous disons que pour bien tout accorder, il faut assembler les autres passages, lesquels nous peuvent despescher de ceste difficulté, d'autant que le droict sens de l'Escriture souventesfois dépend de la circonstance. Nous voyons doncques que ces personnages, lesquels interroguent de ce qu'ils ont à faire pour se réduire au Seigneur, sont en aage d'intelligence. De tels nous ne disons pas qu'ils doyvent estre baptisez, sinon que premièrement on ait tesmoignage de leur foy et repentance, telle qu'on peut avoir entre les hommes. Mais les petis enfans engendrez des Chresliens, doyvent bien estre mis en un autre rang. Et qu'il soit ainsi, nous ne le forgeons pas au plaisir de nostre cerveau, mais avons cerlaine asseurance de l'Escriture, pour y mettre une telle différence. Nous voyons que si quelqu'un anciennement se rangeoit avec le peuple d'Israël, pour servir au Dieu vivant, il faloit que devant que recevoir ia Circoncision, premièrement il receust ia Loy, et fust endoctriné de l'alliance que nostre Seigneur avoit avec son peuple : pource qu'il n'estoit pas de sa nature comprins en la nation judaïque, à laquelle ce Sacrement appartenoit.

24 Comme mesmes le Seigneur envers Abraham ne commence point par là, de le faire circoncir sans sçavoir pourquoy, Hiais il l'instruit de l'alliance laquelle il veut confermer par la Circoncision : et après qu'il a creu à la promesse, lors il luy ordonne le Sacrement. Pourquoy est-ce doncques qu'Abraham ne reçoit point le signe, sinon après la foy, etisaac son fils le reçoit devant que rien entendre ? Pource que l'homme d'aage n'estant encores participant de l'alliance du Seigneur, pour y entrer doit premièrement sçavoir quelle elle est. Le petit enfant engendré de luy, estant héritier deJ'alliance par succession, comme la proioesse faite au père le porte, à bon droict est capable du signe, sans entendre quelle est la signification. Or pour le dire plus briefvement et plus clairement, puis que l'enfant du fidèle est participant de l'alliance de Dieu sans intelli-

gence, il ne doit point estre débouté du signe, mais en est capable sans que l'intelligence y soit requise. C'est la raison pourquoy nostre Seigneur dit, que les enfans sortis de la lignée d'Israël luy ont esté engendrez comme ses propres enfans * : se réputant le Père de tous les enfans de ceux ausquels il avoit promis estre leur Dieu, et le Dieu de leur semence. Celuy qui est infidèle, nay d'infldèles, jusques à ce qu'il viene à cognoissance de Dieu est estranger de l'alliance. Et pourtant ce n'est pas de merveille s'il n'a communication au signe : car ce seloit à fausses enseignes. Ainsi dit sainct Paul, que les Gentils du temps de leur idolâtrie estoyent sans Testament ny alliance^. La chose maintenant me semble bien assez claire : c'est que les grans d'aage, qui se veulent réduire à nostre Seigneur, ne doyvent estre receus au Baptesme sans foy et repentance : veu que c'est la seule entrée qu'ils ont en l'alliance, laquelle est marquée p^r le Baptesme. Les enfans descendus des Chrestiens, ausquels elle appartient en héritage par la vertu de la promesse, pour ceste seule cause sont idoines d'y estre admis. Autant faut-il dire de ceux qui confessoyent leurs fautes et offenses pour estre baptisez de Jehan ^ veu qu'en eux nous ne voyons autre exemple, sinon celuy que nous voudrions observer. Car s'il venoit quelque Juif, Turc, ou Payen, nous ne luy voudrions communiquer le Baptesme devant que l'avoir deuement instruit, et avoir sa confession telle qu'en pensissions estre satisfaits. Car combien qu'Abraham n'ait esté circoncy qu'après avoir esté instruit , cela ne porte point préjudice que les enfans après luy ne soyent circoncis sans instruction, jusques à tant qu'ils en seront capables.

25 Mais encores pour monstrer que la nature du Baptesme est telle qu'elle requiert une régénération présente, ils prenent tesmoignage de ce qui est dit au chapitre III de sainct Jehan, Quiconques ne sera régénéré d'eau et de l'Esprit, il n'entrera point au Royaume cé-

<) Eiéch. XVI, lOjXXIir, 37.

3) M»t(h. III, fi.

t) Ephés. U, It.

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