‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 290 sur 346 · LIVRE IV, CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE XVI

leste*. Voylà, disent-ils, comment, nostre Seigneur appelle le Baptesme : Régénération. Si (loncqiies ainsi est que les enfans soyent incapables d'estre régénérez, comment seront-ils idoines à recevoir le Baptesme, qui ne peut estre sans cela ? Premièrement, ils s'abusent en ce qu'ils réfèrent ce propos au Baptesme, pource qu'il est là fait mention d'eau. Car après que Jésus-Cbrist a déclairé à Nicodème la corru|)tion de nostre nature, et a dit qu'il nous faloit renaistre : pource que Nicodème imaginoit une seconde nativité du corps, il déraonstre la façon comment Dieu nous régénère, asçavoir en eau et en Esprit: comme s'il disoit, Par l'Esprit, qui en purgeant et arrousant les âmes, a l'office d'eau. Je pren doncques simplement l'eau et l'Esprit pour l'Esprit qui est eau. Et n'est point ceste forme de parler nouvelle : car elle convient avec une autre qui est au chapitre III de sainct Matthieu où Jehan-Baptiste dit, Celuy qui me suit, est celuy qui baptise au sainct Esprit et au feu^. Comme doncques baptiser du sainct Esprit et de feu, est donner le sainct Esprit, lequel a la nature et propriété de feu, en régénérant les fidèles, ainsi Renaistre par l'eau et l'Esprit, n'est autre chose que recevoir la vertu du sainct Esprit, lequel fait en l'âme ce que l'eau fait au corps. Je sçay bien que les autres interprètent autrement ce passage : mais je ne doute pas que ce ne soit yci le vray sens et naturel, veuque l'intention de Christ n'est autre chose, que d'adverlir qu'il nous faut desvestir de nostre propre nature, pour aspirer au royaume des cieux.

Combien que si je vouloye en badinant caviller à leur façon, j'auroye à répliquer que quand nous leur aurons ottroyé tout ce qu'ils demandent, il s'ensuyvra que le Baptesme précède foy et repentance, veu qu'en la sentence de Christ il est mis en ordre devant le mot d'Esprit. Il n'y a doute qu'il ne soit là parlé des dons spirituels. Or s'ils suyvent le Baptesme, j'ay gaigné ce que je préten. 3Iais laissans tous subterfuges, contentons-nous de la simple interpré-

t) Jean lll.

2} Mdtlb. 111,11.

. e lation que j ay amenée : asçavoir qu

nul jusqucs à ce qu'il soit régénéré d'eau vive, n'entrera au Royaume des cieux. s

26 D'avantage, il appert encores par autre raison, que leur glose ne doit estre admise: veu que tous ceux qui n'auroyent esté baptisez, seroycnt exclus du royaume de Dieu. Or je présuppose que leur opinion fust tenue de ne point baptiser les petis enfans : que diroyent-ils d'un jeune enfant, qui auroit esté instruit droictement en nostre foy, s'il venoità trespasser devant qu'on eust loisir de le baptiser ? Nostre Seigneur dit, que quiconques croit au Fils, il a la vie éternelle, et ne viendra en condamnation, mais est jà passé de mort à vie '. Nulle part il ne damne ceux qui n'auront point esté baptisez. Ce que n'entendons estre dit en contemnementdu Baptesme comme sionlepouvoit négliger: mais seulement nous voulons monslrer qu'il n'est pas tellement nécessaire, que celuy ne soit excusable de ne l'avoir point receu , qui aura eu empeschement légitime. Au contraire, selon leur exposition, tous tels seroyent condamnez sans exception:

jà soit qu'ils eussent la foy, par laquelle nous possédons Jésus-Christ. Mais encores sans cela ils (;ondamnent tous les petis enfans, ausquels ils desnient le Baptesme, qu'ils disent estre nécessaire à salut. Maintenant qu'ils accordent leur dire avec la Parole de Christ, par laquelle le Royaume céleste leur est adjugé''. Et encores que nous leur concédions tout ce qu'ils demandent, si est leurillation fausse, et prinse d'une fausse et folle raison, que les enfans ne peuvent estre régénérez : comme il appert de la déduction ci-dessus trailtée amplement : c'est, que sans la régénération il n'y a nulle entrée au royaume de Dieu, ne pour les petis ne pour les grans. Or puis qu'il y en a de ceux qui décèdent petis enfans, qui sont héritiers du royaume de Dieu, il s'ensuyt bien qu'ils sont paravant régénérez. Le reste des choses signifiées a lieu en eux, au temps que le Seigneur aura disposé pour leur en donner la cognoissance.

1) Jean V, Ï4.

2) Mallh.XlX, »4.

INSTITUTION CHRESTIENNË.

27 Sur (out, pour faire leur grand bouclier, et comme la principale forteresse de leur opinion, ils allèguent la première institution du Baptesme laquelle ils disent avoir esté faite par les paroles escrites au dernier de sainct Matthieu, Allez : instruisez toutes nations, les baptisans au nom du Père et du Fils et du sainct Esprit : les enseignans de garder tout ce que je vous ay commandé ^ A quoy ils joignent ce passage du dernier de sainct Marc, Oui croira et sera bapiisé, il sera sauvé^. Voylà, disent-ils, comment nostre Seigneur commande d'instruire devant que baptiser, et monstre que la foy doit précéder le Baptesme. Et de faict, nostre Seigneur a bien monstre cela par son exemple, lequel n'a point esté baptisé jusques en l'aage de trente ans'. En cest endroict ils faillent en beaucoup de sortes. Car c'est un erreur trop évident, de dire que le Baptesme ait esté lors premièrement institué, lequel avoit duré tout le temps de la prédication de Jésus-Christ. Puis doncques qu'il avoit esté institué devant qu'estre en usage : comment dirons-nous que si long temps après, la première institution en ait esté faite? Parquoy c'est en vain qu'ils taschent de prendre la première ordonnance, pour nous limiter la doctrine du Baptesme à ce passage précisément.

Toutesfois, laissans là ceste faute, considérons combien sont fortes leurs raisons. Or elles ne serrent pas tant que n'en peussions bien eschapper, s'il estoit mestier de tergiverser. Car puis qu'ils se fondent si estroitement sur l'ordre et la disposition des mots, prétendans qu'il faut instruire premièrement que baptiser, et croire devant que recevoir le Baptesme, pource qu'il est dit, Instruisez et baptisez : item. Qui croira et sera baptisé : par mesme raison il nous seroit loisible de répliquer qu'il faut baptiser devant qu'enseigner à garder les choses que Jésus a commandées : veu qu'il est dit : Baptisez, les enseignans de garder tout ce que je vous ay commandé. Ce qu'aussi nous avons monstre en l'autre sentence n'aguères alléguée, touchant

1) Matth.XXVIlI, 19. 2) Marc XVI, Ifî.

3) Mallh. III, 13; Luc III, 23.

d'estre régénérez d'eau et d'Esprit : car nous leur prouverons bien ainsi, que le Baptesme devroit précéder la régénération spirituelle, puisqu'il est nommé devant: car il n'est pas dit. Qui sera régénéré d'Esprit et d'eau : mais d'eau et d'Esprit.

28 Leur argument semble desjà advis aucunement abatu. Encores néantmoins ne nous arrestons-nous pas là : ayans response pour défendre, la vérité, beaucoup plus certaine et solide : c'est que le principal mandement que baille yci nostre Seigneur à ses Apostres : est d'annoncer l'Evangile : auquel il adjouste le ministère de baptiser, comme une dépendance de leur propre commission et principale charge. Pourtant il n'est yci parlé du Baptesme, sinon d'autant qu'il est conjoinct à la doctrine et prédication : comme il se pourra mieux entendre par plus longue déduction. Le Seigneur doncques envoyé ses Apostres pour instruire les hommes de toutes nations de la terre. Et lesquels? il est certain qu'il n'entend sinon ceux qui sont capables de recevoir doctrine.

Après il dit que tels, après avoir esté instruits, doyvent estre baptisez. Et en poursuyvant son propos, il dit que tels, en croyant et estant baptisez, seront sauvez. Est-il yci fait mention des petis enfans, ny en une part ny en l'autre?

Quelle forme doncques d'arguer est ceste-ci dont ils usent? Les gens d'aagc doyvent estre instruits, et croire devant qu'estre baptisez : le Baptesme doncques n'appartient point aux petis enfans. Qu'ils se tormentent tant qu'ils voudront : ils ne peuvent tirer autre chose de ce passage, sinon qu'on doit prescher l'Evangile à ceux qui sont capables d'ouyr, devant que les baptiser, puis que de tels seulement il est question. C'est doncques bien pervertir les paroles du Seigneur, sous ombre de cela exclurre les petis enfans du Baptesme.

29 Et afin que chacun puisse toucher au doigt leurs fallaces, je monslreray par similitude en quoy elles gisent. Quand sainct Paul dit que quiconques ne travaillera, qu'il ne mange* : si de cela

1) 2 Tliess. III, 10.

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