‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 291 sur 346 · LIVRE IV, CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE XVI

quelqu'un vouloit inférer que les petis enfans ne doyveiU point ostre nourris, ne seroit-il point digne de la mocquerie de tout le monde? Pourquoy ? Pourlant que ce qui est dit d'une partie, il le tireroit généralement à tous. Or ces bons personnages n'en font pas moins en ceste matière; car ce qui est dit spécialement des grans, ils le rapportent aux petis, pour en faire une reigle générale. Toucbant de l'exemple de nostre Seigneur, il ne les peut en rien favoriser. Il n'est baptisé que jas(pies à l'aage de trente ans ^ Ptlais c'est pource que lors il veut commencer sa prédication, et par icelle fonder le Baptesme : lequel avoit desjà esté commencé par Jeban. Voulant doncques instituer le Baptesme en sa doctrine dés le commencement, pour le mieux authoriser il le sanctilie premièrement en son corps, voire au temps qu'il cognoissoit estre propre et convenable à ce faire : asçavoir voulant commencer à exécuter la charge à luy commise. En somme, ils n'arracberont autre chose, sinon que le Baptesme a eu son origine de la prédication de l'Evangile. Et si bon leur semble d'assigner le terme de trente ans, pourquoy doncques ne l'observent-ils, mais reçoyvent au Baptesme tous ceux qui ont desjà assez proufilé comme il leur semble? Mesmes Servet l'un de leurs maistres, pource qu'il insistoit opiniastrément sur les trente ans, fut descouvert s'estre vanté desjà en l'aage de vingt ans d'estre Prophète. Comme si c'estoit une chose supportable, qu'un homme se vante d'estre Docteur en l'Eglise, devant qu'il en soit membre pour y estre novice.

30 Ils nous objectent que par mesme raison la Cène devroit estre communiquée aux petis enfans, lesquels nous ne voulons recevoir à icelle. Comme si la diversité n'estoit pas assez expressément notée en l'Escriture, voire en toutes manières. Je confesse que cela s'est fait en l'Eglise ancienne, comme il appert par quelques passages des Docteurs. 31ais ceste coustume a esté abolie justement et à bon droict. Car si nous considérons la nature et propriété du Baptesme, nous

1) L'ic ni, 23.

trouverons que le Baptesme est la première entrée que nous avons pour estre recognus membres de l'Eglise, et avoir lieu entre le peuple de Dieu. Pourtant il est le signe de nostre régénération et nativité spirituelle, par laquelle nous sommes faits enfans de Dieu. Au contraire, la Cène a esté ordonnée pour ceux qui ayans passé la première enfance, sont capables de viande solide, A quoy nous avons la parole du Seigneur fort évidente. Car quant au Baptesme, elle ne met nulle distinction d'aage : mais elle ne permet pas la Cène estre communiquée sinon à ceux qui peuvent discerner le corps du Seigneur, qui se peuvent examiner et csprouver, qui peuvent annoncer la mort du Seigneur ^ Voudrionsnous chose plus ouverte que cela? Qu'un chacun s'esprouve soy-mesme, puis qu'il mange de ce pain, et boyve de ce calice^. Il faut doncques que la probalion précède, laquelle ne peut estre aux petis enfans. Item, Qui en mange indignement, il prend sa condamnation, ne discernant point le corps du Seigneur^. S'ils n'en peuvent estre participans dignement, sinon avec approbation, ce ne seroit pas humainement fait à nous, de donner aux petis enfans de la poison, au lieu de nourriture. Item , Vous ferez ceci en commémoration de moy. Pourtant toutesfois que vous prendrez de ce pain, et beuvrez de ce calice, vous annoncerez la mort du Seigneur. Comment pourroyent annoncer la mort du Seigneur les enfans qui ne peuvent encores parler? Toutes ces choses ne sont pas requises au Baptesme : pourtant la différence est grande entre ces deux signes, laquelle mesmes a esté observée sous le Vieil Testament aux signes semblables et respondans à ceuxci. Car la Circoncision, laquelle estoit au lieu du Baptesme , estoit destinée aux petis enfans : mais l'Agneau paschal, pour lequel maintenant nous avons la Cène, n'appartenoit à autres enfans, sinon à ceux qui pouvoyent interroguer quelle en estoit ceste signification*. Si ces povres gens avoyent un grain de bon sens ils

1) Mallli. XSVII, ï6; Luc XXII, 19.

î) 1 Cor. XI, 48. 3) 1 Cor. XI, 29.

*) Gen. XVIl. 12; Ex. XII, 26.

ne seroyent pas tanl aveugles, de n'appercevoir ces choses, lesquelles se monstrent d'eiles-mesmes à l'œil.

31 Combien qu'il me fasclie d'amasser tant de resveries frivoles qui pourront enyvrer les lecteurs, toutesfois poiirce que Servel se meslant aussi de mesdire du Baptesme des petis enfans, a cuidé amener de fort belles raisons, il sera besoin de les rabatre briefvement. Il prétend que les signes donnez par Christ estans parfaits, requièrent que ceux qui s'y présentent soyent aussi parfaits ou capables de perfection. La solution est aisée : puis que la perfection du Baptesme s'estend jusques à la mort, qu'il confond tout ordre, la restreignant à un jour et à une minute de temps. J'adjouste aussi qu'il se monstre trop sot, cherchant perfection en l'homme au premier jour de son Baptesme, où nous sommes conviez d'y tendre journellement tout le temps de nostre vie. Il objecte que les Sacremens de Jésus-Christ sont donnez pour mémoriaux, afin que chacun se souviene que nous sommes ensevelis avec luy. Je respon que ce qu'il a controuvé de sa teste n'a pas besoin d'estre réfuté. Qui plus est, il appert par les mots de sainct Paul, que ce qu'il veut tirer au Baptesme, est particulier à la Cène : asçavoir que chacun s'examine ^ Car on ne trouvera pas que jamais il ait esté rien dit de semblable du Baptesme. Dont nous concluons que les petis enfans qui ne sont encores capables d'examen, ne laissent pas d'estre deuement baptisez.

Quant à ce qu'il objecte, que tous ceux qui ne croyent point au Fils de Dieu demeurent en la mort, et que l'ire de Dieu demeure sur eux^, et par ainsi que les enfans qui ne peuvent croire, demeurent plongez en leur damnation : je respon qu'il n'est point parlé en ce passage de la coulpe générale, à laquelle Adam nous a tous obligez : mais que Jésus-Christ menace les contempteurs de l'Evangile, qui rejettent fièrement' et avec rébellion la grâce qui leur est oiferte : ce qui n'appartient de rien aux petis enfans. J'oppose aussi une raison contraire, c'est que

t) Cor. XI, 26, î». î) Jein Ul, 36.

tous ceux qui sont bénis de Christ, sont exemptez de la malédiction d'Adam, et de l'ire de Dieu. Or il a bénit les petis enfans, comme il est notoire : il s'ensuyt doncques qu'il les délivre de mort. Il allègue faussement ce qui ne se trouvera nulle part en l'Escriture, que celuy qui est nay de l'Esprit, oit la voix de l'Esprit. Mais encores que nous luy caillons cesle faute, il ne pourra tirer autre chose, sinon que les tidèles sont induits à suyvre Dieu selon que l'Esprit besongne en eux. Or c'est un vice trop lourd, de tirer égualement à tous ce qui est dit de quelque nombre. Il objecte en quatrième lieu :

puis que ce qui est sensuel précède S que le Baptesme qui est spirituel n'a pas son temps opportun jusques à ce que l'homme soit renouvelé. Or combien que je confesse que toute la lignée d'Adam estant charnelle apporte sa condamnation du ventre de la mère : toutesfois je nie que cela empesche que Dieu n'y remédie sitost que bon luy semble. Car Servet ne memonstrerapas qu'il y ait terme assigné, auquel la nouveauté de la vie spirituelle doyve commencer. Sainct Paul tesmoigne, combien que les enfans des fidèles soyent dénature en mesme perdition que les autres, que toutesfois ils sont sanctifiez par grâce supernaturelle'. Il ameine puis après une allégorie : c'est que David montant en la forteresse de Sion, ne mena point avec soy les aveugles, ne les boiteux, mais des vaillans gendarmes^. 31ais si je luy rejette en barbe la parabole, où il est dit que Dieu convie à son banquet les aveugles et les boiteux*, comment se despestrera-il de ce nœud? Je demande plus outre, si les boiteux et aveugles n'avoyent point combatu desjà au paravant avec David. Dont il s'ensuyt qu'ils estoyent de l'Eglise. Mais c'est chose superflue d'insister plus long temps yci, veu que ce n'est qu'une fausseté controuvée par luy, S'ensuyt une autre allégorie : c'est que les Apostres ont esté pescheurs des hommes", non pas des petis enfans. Je luy demande à l'opposite, que veut dire ceste sentence

1) 1 Cor. XV, 46.

:■■) aS.iin. V, 8.

R) Matlll. IV, 19.

î) 1 Cor. VII. n.

4) Luc XIV, n.

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