‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 300 sur 346 · LIVRE IV, CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE XVII

estre tanlost après livré? Ils rôpliqiuMit que desjà il avoit fait veoir sa gloire en la montagne à trois de ses disci|)les'. Ce que j(î leur confesse : oiais je di que ce n'estoit (lue pour leur donner quelque goust de son immoitalité, Voire et pour un petit de temps. Mais ils ne trouveront pas là double corjis : il n'y a que celuy inesme lequel est retourne sur l'heure à son naturel acconslumé. Or en distribuant son corps en la première Cène, l'heure approclioitqu'il devoiteslre frappé et abatu pour estre desliguré comme un ladre, n'ayant aucune dignité ne beauté en soy ^ : tant s'en faut que pour lors il voulust faire monstre de la gloire de sa résurrection. Derechef, quelles feneslres ouvrent-ils à l'hérésie de Marcion, si le corps de Jésus-(]hrist esloit veu en un lieu, mortel et passible, et en l'autre lieu, immortel et glorieux? Que si on reçoit leur opinion, autant en advient-il tous les jours. Car ils sont contraints de confesser que le corps de Jésus-Christ, lequel ils disent estre itivisiblement caché sous l'espèce du pain, est néantmoins visible en soy. Et toutesfois ceux qui desgorgent des resveries si monstrueuses, non-seulement n'ont nulle honte de leur vilenie, mais nous injurient à toute outrance, d'autant que nous ne voulons respondre Amen.

4 8 D'avantage, si quelqu'un veut lier au pain et au vin le corps et le sang du Seigneur, il sera nécessaire que l'un soit séparé de l'autre. Car comme le pain est baillé séparément du calice, aussi faudra-il que le corps estant uny au pain, soit divisé du sang qui sera enclos dedans le calice. Car puis qu'ils afferment le corps estre au pain, le sang estre au calice : et il est ainsi que le pain et le vin sont divisez l'un de l'autre : ils ne peuvent eschapper par tergiversation quelconque, que le sang en ce faisant ne soit divisé du corps. Ce qu'ils ont accoustumé de prétendre, que le sang est au corps, et le corps pareillement dedans le sang, est par trop frivole, veu que les signes ausquels ils sont enclos, ont esté (listinguez du Seigneur. Au reste, si nous dressons

1) Malth.XVII, 2.

2) i9. LUI, *.

nostre veuc et nostre cogitation au ciel» et sommes là transportez pour y chercher Christ en la gloire de son Royaume, commiî les signes nous guident à venir à luy tout entier, en cesle manière nous serons distinctement repeus do sa chair sous le signe du pain, nourris de son sang sous le signe du vin, pour avoir jouissance entièrement de luy. Car combien qu'il ait transporté de nous sa cliair, et soit en corps monté au ciel : néantmoins il est séant à la dextre du Père, c'est-à-dire, qu'il règne en la puissance, majesté et gloire du l'ère. Ce règne n'est point limité en aucunes espaces de lieux, et n'est point déterminé en aucunes mesures, que Jésus-Christ ne raonstre sa vertu par tout où il luy plaist, au ciel et en la terre, qu'il ne se déclaire présent par puissance et vertu, qu'il n'assiste tousjours aux siens, leur inspirant sa vie vive en eux, les sousliene, les confernie, leur donne vigueur, et leur serve non pas moins que s'il estoit présent corporellement : en somme, qu'il ne les nourrisse de son propre corps, duquel il fait descouler la participation en eux par la vertu de son Esprit. Telle doncques est la façon de recevoir le corps et le sang de Jésus-Christ au Sacrement.

19 Or il nous faut establir telle présence de Jésus-Christ en la Cène , laquelle ne l'attache point au pain, et ne l'enferme point là dedans : laquelle finalement ne le mette point yci-bas en ces élémens corruptibles, d'autant que tout cela dérogue à sa gloire céleste : laquelle aussi ne luy face point un corps intini pour le mettre en plusieurs lieux, ou pour faire à croire qu'il soit par tout au ciel et en la terre : d'autant que tout cela contrevient à la vérité de sa nature humaine. Tenons doncques ces exceptions fermes : asçavoir que nous ne permettions point qu'on dérogue à la gloire céleste de nostre Seigneur Jésus; ce qui se fait quand on le tire yci-bas par imaginalion, ou qu'on le lie aux créatures terriennes. Que nous ne permettions point aussi qu'on attribue rien à son corps qui répugne à sa nature humaine : ce qui se fait quand on dit qu'il est infini, ou qu'on le met en plusieurs lieux.

Ayant oslé ces deux inconvéniens, je reçoy volonliers tout ce qui pourra servir à bien exprimer la vraye comniunicalion que Jésus-Christ nous donne par la Cène en son corps et en son sang, de l'exprimer, di-je, en sorte qu'on cognoisse que ce n'est point par imagination ou pensée que nous les recevons, mais que la substance nousestvrayement donnée. Il n'y a nulle raison pourquoy ceste doctrine soit tant odieuse au monde, et que la défense en soit forclose tant iniquement, sinon que Satan a ensorcelé plusieurs entendemens comme d'un horrible charme. Cerles ce que nous enseignons convient irèsbien en tout et par tout à l'Escriture, et ne contient en soy, n'attire, ou absurdité aucune, ou obscurcie, ou ambiguïié. D'avantage, ne répugne point à la reigle de foy,et ne conlrevieni à l'édilication des âmes : brief, n'emporte rien qui puisse offenser, sinon d'autant que depuis la barbarie et bestise tant énorme des Sophistes, une clairlé si patente et une vérité tant liquide a esté vilenement opprimée. Toutesfois puis que Satan s'elforce encores aujourd'huy la dénigrer de calomnies et vitupères par des esprits forccncz, et applique là toutes ses forces, il nous est besoin de la maintenir tant plus diligemment.

20 Or devant que procéder outre, nous avons à traitter l'institution de Jésus- Christ : et principalement à cause que nos adversaires n'ont rien plus favorable que ceste objection, que nous n'accordons point aux mots de Jésus-Christ. Parquoy pour nous descbarger de ce blasme, lequel faussement ils nous mettent sus, ce sera un ordre bien convenable de commencer par l'interprétation de ce qui en est contenu en l'Escriture. Trois Evangélistes, asçavoir sainct Matthieu, sainct Marc et sainct Luc : Ilem, sainct Paul, récitent que Jésus-Christ ayant prins du pain le rompit, et ayant rendu grâces le donna à ses disciples, disant, Prenez, mangez, ceci est mon corps qui est livré, ou rompu pour vous. Du calice, sainct .Matthieu et sainct Marc en parlent ainsi : Ce calice est le sang du Nouveau Testament, lequel sera espandu pour plusieurs en rémission de

leurs pécbez. Sainct Paul et sainct Luc changent un petit : Ce calice est le Nouveau Testament en mon sang^ Les advocats de la transsubstanlialion pensent que ce mot démonstratif, ceci, se rapporte à l'espèce du pain, pource que la consécration ne se fait pas que par toute la déduction des paroles : et il n'y a nulle substance visible, selon eux, qu'on puisse démonstrer. Mais si la révérence des paroles les tient si eslroilement bridez, puis que Jésus-Christ lesnioigne que ce qu'il baille à ses disciples est son corps, ils s'eslongnent bien fort de cela, en glosant que ce qui estoit pain devient le corps de Jésus-Christ. Je di derechef, que Jésus-Christ afferme que ce qu'il avoit prins entre ses mains pour donner à ses disciples, est son corps. Or il avoit prins du pain. Oui est-ce doncques qui ne voit que c'est le mesme pain qu'il monstre ? Et par ainsi il n'y a rien plus desraisonnable, que d'appliquer à une vaine apparence ou fantosme, ce qui est notamment prononcé du pain. Ceux qui exposent le mot d'Estrc, par transsubstantier, comme s'il estoit dit. Ceci est converty en mon corps, usent d'une subtilité encores plus contrainte et forcée. Et pourtant tous les deux n'ont nulle couleur de prétendre qu'ils se veulent tenir et arrester aux paroles de Jésus- Christ. Car cela ne fut jamais accoustumé ny ouy en nulle langue, que ce verbe substantiel, c'est, fust prins en tel sens, asçavoir pour estre converty en autre chose. Quant est de ceux qui confessent que le pain demeure, et néantmoins entendent que c'est le corps de Jésus-Christ, ils ont grande contrariété entre eux. Ceux qui parlent plus modestement, combien qu'ils insistent fort sur lït lettre, disans que selon les mots de Jésus-Christ, le pain doit estre tenu pour son corps, toutesfois puis après ils amolissent telle rigueur , s'exposans comme s'il estoit dit que le corps de Jésus-Christ est avec le pain, au pain, et sons le pain. Nous avons desji touché quelque chose de leur opinion : encores en faudra-il traitter d'avantage ci-aprés.

11 Matlli. XXVI, 26; Marc XIV, 22; Lnc XXII, 17, 19 ; t Cor. XI, 24, 25.

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