‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 302 sur 346 · LIVRE IV, CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE XVII

lion est facile. Us prétendent qu'il y a une telle force au verbe subslanlif, qu'il ne reçoit niilh' déclaration. Quand je leur auray accordé cela, je réplique qu(^ salnct Paul en disant, Le pain que nous rompons est la communication du corps de Christ *. use aussi bien de verbe substantif. Or Communication est autre chose que le corps niesme. Qui plus est, quasi par toute l'Escriturc ce verbe se trouvera en matière de Sacrement.

Comme (juand il est dit. Ceci vous sera pour alliance avec nioy*: L'Agneau est l'issue. Pour abréger, quand sainct Paul dit que la pierre estoit Christ*, pourquoy le verbe substantif a-il moins de vertu selon eux en ce passage, qu'aux mots de la Cène? Qu'ils me respondent, quand sainct Jehan dit, Le sainct Esprit n'estoit pas encores : car Jésus-Christ n'estoit pas glorilié ^ : qu'emporte là ce verbe, estoit. Car s'ils demeurent attachez à leur reigle, l'essence éternelle du sainct Esprit sera abolie : comme si elle avoitprinsson commencement en l'ascension de Jésus-Christ. Qu'ils me respondent finalement ce qu'ils entendent par le dire de sainct Paul, que le Baptesme est le lavement de régénération et renouvellement ^ veu qu'il appert qu'itest inutile à plusieurs. Mais il n'y a rien plus propre à les réfuter, que l'autre sentence de sainct Paul, où il dit que l'Eglise est Jésus- Christ. Car, ayant amené la similitude du corps humain, il adjouste, Ainsi est Jésus-Christ®. Par lesquels mots il ne signifie pas le Fils unique de Dieu en soy,niais en ses membres. Je pense avoir desjù gaigné ce point, que les calomnies de nos adversaires pueront et seront détestables à toutes gens de sens rassis et d'intégrité, en ce qu'ils publient que nous desuientons Jésus-Christ, n'adjoustans nulle foy à ses paroles , lesquelles nous recevons en plus grande obéissance qu'eux; et les considérons plus attentivement. 3Iesmes leur nonchalance si lourde qu'on la voit, monstre qu'il ne leur chaut guères de ce que Jésus-Christ a voulu ou entendu,

i) 1 Cor. X, 16.

3) 1 Crr. X, 4.

6J Tile Ul, S.

2) Gen. XVU, 13; Ex. XII, 43.

4) Jean VlI, 39.

6) 1 Cor. XII, lî.

moyenna'nt qu'il leur serve de bouclier pour couvrir leur obstination : comme la diligence que nous mettons à nous en(|uérir du vray sens, tesmoigne combien nous prisons l'authorité de ce souverain J\laislre. Ils nous reprochent malicieusement, que le sens luimain nous empesche de croire ce que Jésus-Christ a proféré de sa bouche sacrée. Mais j'ay desjà en partie déclairé, et encores ferayje tantost mieux apparoistre, combien ils sont pervers et ell'ronlez en nous chargeant de tels blasmes. Rien done(jues ne nous empesche de croire simplement à Jésus-Christ : et si tost qu'il a dit le mot, d'y acquiescer. Seulement il est question de sçavoir si c'est un crime, de nous enquérir quel est le vray sens et naturel de ses paroles.

23 Ces bons Docteurs pour apparoistre gens letlrez, défendent de se retirer de la lettre tant peu que ce soit. Je réplique à l'opposite. Quand l'Escriture nomme Dieu, Homme de guerre *, pource que sans translation ce langage seroit trop dur et trop aspre, je ne doute pas le prendre comme une similitude tirée des hommes. El de faict, les hérétiques qu'on a appelez anciennement Anlhroponiorphites, n'avoyent autre couleur de molester et troubler l'Eglise, sinon qu'en prenant ces mots comme à belles dents.

Les yeux de Dieu voyent^. Il est parvenu à ses aureilles*. Sa main est estendue*, La terre est son marchepied ^ : ils se tempestoyent de ce que les saincts Docteurs n'accordoyenl point que Dieu fust corporel, veu qu'il semble que l'Escriture luy assigne un corps. Ceux-là avoyent bien la lettre pour eux : mais si tous passages estoyent prins si cruement et lourdement, toute la vraye religion seroit pervertie de resveries brutales. Car il n'y a monstre d'absurdité que les hérétiques ne puissent faire semblant de déduire de l'Escriture, s'il leur est permis sous ombre d'un mot mal entendu et non exposé, d'establir ce que bon leur semblera. Ce qu'ils allèguent (ju'il n'est pas vray-semblable que Jésus-Christ vou-

1) Eï. XV, 3.

S) Ps. XVIU, 7 5) Is. LXYI, I.

2) ProT. XV, 3.

■.; Is. IX, 11.

lant donner une singulière consolalion à ses disciples, ait parlé obscurément comme par énigmes, fait pour nous. Car si les disciples n'eussent entendu que le pain estoit nommé corps par similitude, d'autant qu'il en estoit l'arre ou symbole, ils se fussent troublez d'une chose si prodigieuse. Sainct Jelian récite que sur la mesme heure ils doutoyent et faisoyent scrupule sur chacun mot. Ceux qui disputent comment Jésus-Christ s'en ira à son Père, et trouvent grande difficulté comment il partira du monde* :

brief, qui n'entendent rien de ce qui leur est dit des (Choses célestes, comment eussent-ils esté si prompts et aisez à croire une chose si répugnante à toute raison, asçavoir que Jésus-Christ, qui estoit assis à table devant leurs yeux, fust aussi enclos invisiblement dessous le pain ? Parquoy ce qu'ils s'accordent sans aucune réplique à ce qui leur a esté dit, et mangent le pain à telles enseignes, de là il appert qu'ils prenoyent les paroles de Jésus-Christ comme nous faisons, pource (ju'ils considéroyent qu'en tous Sacremens l'usage est accouslumé d'attribuer au signe le nom de la chose signifiée. Les disciples doncqucs ont receu une consolalion certaine et liquide, et non pas enveloppée d'énigme : comme aujourd'huy nous la sentons telle qu'eux. Et n'y a autre raison pourquoy ces outrecuidez nous résistent tant, sinon que le diable les a aveuglez par ses enchantemcns, pour appeler Ténèbres et énigmes, une interprétation si facile et coulante. D'avantage, si on veut précisément insister sur les mots, ce que Jésus-Christ met son corps et son sang à part, ne pourroit consister. Il appelle le pain son corps, et le vin son sang: ou ce sera une répétition confuse, ou ce sera une division pourséparcr l'un d'avec l'autre. Mesmes on pourra affermer du calice que c'est le corps : et derechef, que le pain est le sang : je di si Jésus- Christ est enclos sous chacun des deux signes. S'ils respondent qu'il faut regarder à quelle lin les Sacremens sont instituez, je leur confesse : mais ce pen-

1) Jean XIV, 5, 8 ; XVI, 17.

dant ils ne se despestreront point que leur erreur ne tire tousjours ceste queue, asçavoir que le pain est sang, et le vin est corps. D'avantage, je ne sçay comment ils entendent d'accorder leurs fleutes,en confessant que le pain et le corps sont choses diverses : et toutesfois en affermant que le pain est proprement corps sans nulle figure ; comme si quelqu'un disoit que la robbe est autre chose que l'homme : et toutesfois qu'elle est proprement nommée Homme, 'foutesfois comme si leur victoire estoit en opiniastreié furieuse, et opprobres, ils crient qu'en cherchant la vraye interprétation des mots de Jésus-Christ, nous l'accusons de mensonge. Tant y a qu'il sera maintenant facile aux lecteurs de juger combien telles gens nous font grande injure, faisant à croire aux ignorans que nous abalons l'authorité des paroles de Jésus-Christ: lesquelles ils pervertissent et confondent aussi furieusement, que nous les exposons fidèlement et en telle dextérité qu'il est requis, comme je l'ay monstre quasi au doigt.

24 3Iais ceste fausseté et mensonge ne se peut droiclement purger, sinon en rabatant une autre calomnie : c'est qu'ils nous accusent d'estre tellement adonnez à la raison humaine, que nous mesurons la puissance de Dieu au corps de nature, et ne luy attribuons rien plus que le sens commun nous enseigne. En lisant nos cscrils, on verra incontinent combien ces calomnies sont vilenes et puantes.

J'appelle doncques de leurs fausses détraciions à la doctrine que j'en ai donnée : laquelle certifie assez clairement que je ne restrein point ce mystère à la capacité de la raison humaine, et ne l'assujeti point à l'ordre de nature. Je vous prie, avons-nous apprins des Philosophes naturels, que Jésus-Christ repaist aussi bien nos âmes de sa chair et de son sang, que nos corps sont nourris et substantez de pain et de vin? Dont vient ceste vertu à la chair, de vivifier les âmes? Chacun dira qu'il ne se fait point naturellement. Ce ne sera chose non plus accordante au sens humai», que la chair de Christ entre jusques à nous pour nous servir d'aliment. Brief, quiconques aura

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