‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 313 sur 346 · LIVRE IV, CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE XVII

institué en l'Eglise des Corintliiens : et est notoire qu'on en a usé long temps après. Car de U\ vienent ce^Canons anciens qu'on attribue à Anaclète et Calixte, où il est ordonné que sur peine d'excommunienient tous communiciuent la Cène, après que la consécration sera faite. Semblablenient ce qui est dit aux Canons qu'on intitule des Apostres, que tous ceux qui ne demeurent point jusques ù la fin, et ne reçoyvent le Sacrement, doyvent estre corrigez comme turbatpurs de l'Eglise. Suyvant cela, il fut déterminé au Concile d'Antioche, que ceux qui entrent en l'Eglise, oyent le sermon et se déportent de recevoir la Cène, doyvent estre excommuniez jusques à ce qu'ils se soyent corrigez de ce vice. Laquelle ordonnance, combien qu'elle ait esté adoucie au Concile de 'Tolose le premier , toutesfois quant en substance elle a esté suyvie. Car il est là dit, que ceux qu'on cognoistra ne point communiquer au Sacrement après avoir ouy le sermon, doyvent estre admonestez : et s'ils n'obéissent à l'admonition, qu'ils doyvent estre rejettez de l'Eglise.

45 II est aisé à veoir que par ces statuts les saincts Pères ont voulu entretenir l'usage fréquent de la Cène, tel qu'il avoit esté institué depuis le temps des Apostres : d'autant qu'ils le voyoyent estre proufitable au peuple de Dieu, et néantmoins que par négligence on le délaissoit petit à petit. Sainct Augustin rend tesmoignage quant à son temps, parlant ainsi : Ce Sacrement de l'unité que nous avons au corps du Seigneur, se célèbre en quelques Eglises journellement, aux autres par certains jours : et les uns le prenent à leur salut, les autres àleiir damnation. Item en l'Epistre première à Januarius, En quelques Eglises il ne se passe jour qu'on ne reçoyve le Sacrement du corps et du sang du Seigneur : aux autres on ne le reçoit que le samedi et le dimanche : aux autres on ne le reçoit que le dimanche seulement ^ Or pource que le peuple ne s'acquittoit guères bien de son devoir, comme nous

1) In VI capitu'. Joann., tractât. XXVI.

avons dit, les saincts Pères reprenoyent asprement une telle nonchalance : alin qu'il ne semblast point advis qu'ils l'approuvassent. Et de cela nous en avons un exemple de sainct Chrysostome en l'Epistre aux Epliésiens, où il dit, 11 n'a pas esté dit à celuy qui faisoit déshonneur au banquet, Pourquoy t'cs-tu assis?

mais, Pourquoy es-tu entré? Celuy doncques qui assiste yci, et ne participe point au Sacrement, est audacieux et effronté. Je vous prie, si quelqu'un estoit appelé en un banquet, et (ju'il se lavast, qu'il s'assist, et se disposast à manger, et puis ne goustast rien, ne feroit-il point déshonneur au banquet, et à celuy qui l'auroit convié? Tu assistes yci entre ceux qui par oraison se préparent à recevoir le Sacrement, et entant que tu ne te retires point tu te confesses estre de leur nombre, et à la fin tu ne participes point avec eux : ne seroit-il point meilleur que tu n'y fusses point comparu ?Tu me diras que tu es indigne : je te respon que tu n'es pas doncques digne de prier, veu que c'est une préparation à recevoir ce sainct mystère '.

46 Sainct Augustin aussi et sainct Ambroise condamnent fort ce vice qui estoit survenu de leurs temps desjà aux Eglises orientales, que le peuple assistoit seulement pour veoir célébrer le Sacrement, et non pas pour y participer ; et certes ceste coustume , laquelle commande de communiquer une fois l'an, est une trèscertaine invention du diable, par quiconques elle ait esté mise sus. On dit que Zépherin Evesque de Rome a esté autheur de ceste ordonnance, laquelle je ne croy point avoir esté telle de son temps que nous l'avons maintenant. Touchant de luy, possible est que par son institution il ne prouvoyoit pas mal à son Eglise, comme le temps estoit lors. Car il n'y a point de doute que lors la saincte Cène ne fust proposée aux fidèles, toutes fois et quantes qu'ils convenoyent ensemble en leur congrégation, et qu'une bonne partie d'eux ne communiquast :

mais pource qu'à peine jamais il n'advenoit que tous ensemble à une fois com-

1) In cap. I, homil.XXVI jMatlli. XXII, 12

rauniquassent : et d'autre part qu'il fust nécessaire qu'eux, qui esloyent meslez entre les infidèles et idolâtres, tesmoignassent leur foy par quelque signe extérieur : à ceste cause le sainct homme avoit institué ce jour-là pour ordre et police, auquel tout le peuple des Chrestiens de Rome, par la participation de la Cène denostre Seigneur, feist confession de sa foy. Au reste, pour cela ils ne laissoyent d'aussi souvent communiquer.

Mais l'institution de Zépherin, laquelle estoit autrement bonne, a esté destournée à mal de longue main par les successeurs, quand une certaine loy a esté mise d'une communication en l'année :

par laquelle il a esté fait que quasi tous, quand ils ont une fois communiqué, comme s'estans trèsbien acquittez pour tout le reste de l'année, s'endorment. Or il faloit bien qu'on feist autrement. On devoit à tout le moins chacune sepmaine une fois proposer à la congrégation des Chrestiens^ la Cène de nostre Seigneur : et devoyent estre déclairées les promesses lesquelles en icelle nous repaissent et nourrissent spirituellement. Nul certes n'estoit à contraindre de la prendre, mais tous en devoyent estre exhortez :

et ceux qui en eussent esté négligens, reprins et corrigez. Lors tous ensemblement, comme affamez fussent convenus à tel repas. Non sans cause doncques dés le commencementj'ay par complainte dit, gue ceste coustume laquelle en nous ordonnant un jour de l'année nous rend paresseux et endormis pour tout le reste du temps, a esté apportée par l'astuce clu diable. Il est vray que desjà cest abus commençoit à venir en avant du temps de Chrysostome : mais on voit combien il le réprouve. Car il se plaind fort de ce que le peuple ne recevoit point le Sacrement au reste de l'année, encores qu'il y fust disposé : et qu'à Pasques ils le recevoyent mesmes sans préparation. Et sur cela il s'escrie, 0 meschante coustume! 0 présomption! c'est doncques en vain que nous sommes tous les jours à l'autel, veu qu'il n'y a nul qui participe de ce que nous offrons.

47 D'une mesme invention est procédée une autre constitution, laquelle a

ravy et soustrait une moitié de la Cène à la meilleure partie du peuple de Dieu, c'est asçav(^r le signe du sang : lequel pour estre réservé en propre à je ne sçay combien de tondus et graissez, a esté défendu aux laïcs et profanes. Car ils baillent tels tiltres et noms à l'héritage de Dieu. L'édict et ordonnance de Dieu éternel est, que tous en boyvent: Thomme l'ose casser et annuller par nouvelle loy et contraire, ordonnant que tous n'en boyvent. Et tels législateurs, afin qu'il ne semble qu'ils corabatent contre Dieu sans raison, allèguent les inconvéniens qui pourroyent advenir, s'il estoit abandonné à tous : comme si cela n'eust point esté préveu ny apperceu par la sapience éternelle de Dieu. D'avantage, ils déduisent subtilement, que l'un suffit pour les deux. Car si c'est le corps, disent-ils, c'est tout Jésus-Christ, qui ne peut desjà plus estre disjoinct ne séparé de son corps : doncques, le corps contient le sang. Voylà l'accord de nostre sens avec Dieu, puis que tant peu que ce soit il commence comme à bride avallée de s'escarmoucher et voltiger. Nostre Seigneur raonstrant le pain, le dit estre son corps : et monslrant la coupe, il l'appelle son sang. L'audace de la raison et sagesse humaine au contraire réplique, que le pain est le sang, et le vin est le corps : comme si sans cause et sans propos nostre Seigneur eust distingué et par paroles et par signes son corps de son sang: et comme s'il avoit jamais esté ouy, que le corps de Jésus-Christ ou son sang fust appelé Dieu et homme. Certes s'il cust voulu désigner toute sa personne, il eust dit. Ce suis-je, (comme il est accoustumé de parler en l'Escriture) et non pas, Ceci est mon corps. Cela est mon sang. Mais en voulant subvenir à l'infirmité de nostre foy, il a séparé le calice d'avec le pain pour monstrer que luy seul nous suffit, tant pour manger que pour boire. Maintenant quand l'une des parties en estoslée, nous n'y trouvons plus que la moitié de nostre nourriture. Parquoy encores que ce qu'ils prétendent fust vray, c'est que le sang est avec le pain, si est-ce qu'ils fraudent les âmes lidèles de ce que Jésus- Christ leur a donné comme nécessaire

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