‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 314 sur 346 · LIVRE IV. CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE IV. CHAPITRE XVII

pour confirnialion de leur foy. Ainsi laissans là leur solte subtiiilé, gardons bien qu'on ne nous oste le proulit qui nous revient de la double arre (jue Jésus- Christ nous a ordonnée.

48 Je sçay bien que les ministres de Satan (comme leur bonne couslume est d'avoir l'Escriture en mocquerie) yci se mocquentet cavillent: premièrement, que d'un simple fait il w, faut pas tirer une reigle perpétuelle, pour astreindre l'Eglise à l'observer. Mais je di qu'ils mentent meschamment, alléguansque c'est un simple fait. Gar Jésus-Christ n'a point seulement donné le calice à ses Apostres, mais leur a aussi commandé de faire ainsi pour l'advenir. Car ces paroles emportent ordonnance expresse, Beuvez tous de ce Calice : et sainct Paul ne raconte pas cela seulement comme ayant esté fait, mais pour une ordonnance certaine. Le second subterfuge est, que Jésus-Christ admeit seulement ses Apostres à la participation de cesteCène : lesquels il avoit desjà ordonnez et consacrez en l'ordre de Sacrilicateurs, qu'ils nomment ordre de Prestrise. Mais je voudroye qu'ils me respondissent à cinq demandes, desquelles ils ne pourront eschapper, qu'ils ne soyent facilement avec leurs mensonges convaincus. Premièrement, de quel oracle leur a esté révélée ceste solution tant eslongnée de la Parole de Dieu? L'Escriture en récite douze qui furent assis avec Jésus-Christ : mais elle n'obscurcit pas tellement la dignité de Jésus-Christ, qu'elle les appelle Sacrilicateurs : duquel nom nous parlerons après en son lieu. Et combien qu'il donnast lors le Sacrement à douze, toutesfois il leur commanda qu'ils feissent ainsi : asçavoir, qu'ils le distribuassent ainsi entre eux. Secondement, pourquoy au meilleur temps qui ait esté en l'Eglise, depuis le temps des Apostres jusques à mille ans après, sans exception tous esloyent faits participans des deux parties du Sacrement? L'Église ancienne ignoroit-elle quelle compagnie Jésus-Christ eust admise à sa Cène ? Ce seroit une trop grande impudence de reculer yci, ou tergiverser. Les histoires ecclésiastiques, et les livres des Anciens se voyent

qui donnent bien aperis fesmoignages de ceci. iNostre corps, dit ïertulien, est repeu de la chair et du sang de Jésus- Christ : aliii que l'âme soit nourrie de Dieu K Et sainct Ambroise disoit à l'empereur Théodosc, Comment prendras-tu de tes mains sanglantes le corps du Seigneur? Comment oseras-tu boire son sang -. Sainct Hiérosme : Les Prestres, dit-il, qui consacrent le pain de la Cène, et distribuent le sang du Seigneur au peuple '. Sainct Chrysostome : Nous ne sommes point comme en la vieille Loy, où le Prestre mangeoit sa portion, et le peuple avoit le reste : mais yci un mesme corps est donné à tous, et un mesme calice : et tout ce qui est en l'Eucharistie est commun au Prestre et au peuple *. Et de cela il y en a plusieurs lesmoignages en sainct Augustin.

49 3Iais qu'est-ce que je dispute d'une chose tant évidente? Qu'on lise tous les Docteurs grecs et latins, il n'y a celuy qui n'en parle. Ceste coustume ne s'est point abolie ce pendant qu'il est demeuré en l'Eglise une seule goutte d'intégrité. Mesmes sainct Grégoire lequel à bon droict on peut nommer le dernier Evesque de Rome, monstre qu'on la tenoit encores de son temps, quand il dit, Vous avez apprins que c'est du sang de l'Agneau : non point en oyant parler d'iceluy, mais en le beuvant. Car il se boit de tous les fidèles en la Cène. Qui plus est, elle a duré quatre cens ans après : combien que tout fust desjà corrompu. Car on ne la tenoit point seulement comme coustume, mais comme une loy inviolable. L'institution de nostre Seigneur estoit adoncques encores en révérence, et ne doutoit-on point que ce fust un sacrilège, de séparer les choses que Dieu avoit conjoinctes : comme aussi les paroles de Gélasius Evesque de Rome le portent , Nous avons entendu, dit-il, qu'aucuns recevans seulement le corps du Seigneur, s'abstienent du calice : lesquels d'autant qu'ils pèchent par superstition, doyvent estre contraints de re-

1) Lib. De resur. corn.

2) RefertTheod., lib. III, cap. XVIII.

3) Hieron., Jn 2 Malach.

4) Chrysost., In 2 ad Cor., cap. Vm, homil. XYIII.

cevoir le Sacrement entier, ou qu'on les rejette du tout. Car la division de ce mystère ne peut estre sans un grand sacrilège *. On considéroit lors les raisons qu'anieine sainct Cyprien, comme de faict elles sont bien suffisantes pour esniouvoir tous cœurs chrestiens. Comment, dit-il, exhorterons-nous le peuple d'espandre son sang pour la confession de Christ, si nous luy desnions le sang d'iceluy quand il doit combatre? ou comment le ferons-nous capable à boire le calice de martyre, sinon que l'admettions à boire premièrement le calice du Seigneur ^. Touchant ce que les Canonistes glosent, qu'il est parlé des Prestres en la sentence de Gélasius, c'est une chose tant sotie et puérile, qu'il n'est jà mestier d'en parler.

50 Tiercement, Pourquoy dit Jésus- Christ simplement du pain, qu'ils en mangeassent : mais de la coupe, que tous universellement en beussent? ce qu'ils feirent. Comme s'il eust voulu expressément prévenir et obvier à ceste malice diabolique. Ouartement, Si nostre Seigneur, comme ils prétendent, a réputé dignes de sa Cène les seuls Sacrificateurs, qui eust jamais esté l'homme si hardi et audacieux, d'oser appeler en la participation d'icelle les autres, qui en eussent esté exclus par nostre Seigneur: attendu que celle participation est un

don, sur lequel nul n'eust sceu avoir puissance, sans le mandement de celuy qui seul le pouvoit donner? Mesmes en quelle audace entreprenent-ils aujourd'huy de distribuer au populaire le signe du corps de Jésus-Christ, s'ils n'en ont point ou commandement, ou exemple de nostre Seigneur? Quintement, asçavoir si sainct Paul mentoit, quand il disoit aux Corinthiens, qu'il avoit apprins du Seigneur ce qu'il leur avoit enseigné *? Car après il déclaire l'enseignement avoir esté, que tous indifféremment communiquassent des deux parties de'jla Cène. Et si sainct Paul avoit apprins de nostre Seigneur, que tous sans discrétion ou différence y devoyent estre admis : que ceux qui en déboutent et rejettent quasi tout le peuple de Dieu, regardent de qui ils l'ont apprins, puis que desjà ils ne peuvent alléguer Dieu pour autlieur, auquel il n'y a point d'ouy etnenny ^: c'està-dire, qui ne se change ne contredit point. Et encores on couvre telles abominations du nom et tiUre de l'Eglise : et sous telle couverture on les défend : comme si ces Antechrisîs estoyent l'Eglise, lesquels si facilement mettent sous le pied, dissipent et abolissent la doctrine (Ct les institutions de Jésus-Christ : ou comme si l'Eglise apostolique, en laquelle a esté toute la fleur de Chrestienté, n'eust point esté Eglise.

Page 1