LIVRE IV, CHAPITRE XVIII
soy-mesme un seul sacrilice au Père, demeure ensevelie et supprimée? Y a-il qu(^lqu'uii, s'il n'est trop aveuglé, qui ne voye que c'a esté une trop grande hardiesse de Satan , pour résister et eombatre contre la vérité de Dieu si aperte et si manifeste? 11 ne m'est point caciié par (juelles illusions ce père de mensonge a cousiume de couvrir ceste sicnc astuce, voulant persuader que ce ne sont point plusieurs ne divers sacrifices, mais un seul et mesme sacrilice souventesfois réitéré. Mais telles fumées de ses ténèbres sont sans nulle peine facilement déchassées. Car l'Apostre en toute sa disputation ne prétend pas seulement qu'il n'y a nuls autres sacritices, maisqu'iceluy seul a esté une seule fois otïért , et qu'il ne se doit plus réitérer. Ceux qui y vo.itplus subtilement, ont encoresune cachette plus secrette, disans que c'est seulenient application du sacrifice, et non point réitération. 3Iais ceste sophisterie se peut aussi bien réfuter sans difficulté : car Jésus-Christ ne s'est pas une fois offert à telle condition que son sacrifice fust journellement ratilié par oblatlons nouvelles, mais afin que le fruit nous en soit communiqué par la prédication de l'Evangile et l'usage de la Cène. Pourtant sainct Paul , après avoir dit que Jésus-Christ nosîre Agneau paschal a esté immolé , il nous commande d'en mangera Voylà doncques le moyen par lequel le sacrifice de la croix de nostre Seigneur Jésus nous est appliqué : c'est quand il se communique à nous, et nous le recevons en vraye foy.
4 Mais il est besoin d'ouyr sur quel fondement les .Missotiers appuyent leurs sacrifices. Ils prenent la prophétie de Malachie : en laquelle nostre Seigneur dénonce qu'on offrira encensement par tout le monde à son nom, et oblation pure 2. Comme si c'estoit une chose nouvelle et inusitée aux Prophètes, quand ils ont à parler de la vocation des Gentils , de signifier le service de Dieu spirituel par les cérémonies de la Loy : pour plus facilement démonstrer aux hommes de leur aage, comment les Gentils devoyent
)) J Cor.V, 7, 8.
») Malach. I, II.
estre introduits en la vraye participation de l'alliance de Dieu. Comme de faict universellement ils ont accoustumé de descrire les choses qui ont esté accomplies en l'Evangile, sous les figures ûc leur temps. Ceci s'entendra plus facilement par exemples. Au lieu de dire que tous peuples se convertiront à Dieu, ils disent qu'ils monteront en Jérusalem; au lieu de dire qut; les peuples de Midi et d'Orient adoreront Dieu, ils disent qu'ils offriront en présent les richesses de leur pays. Pour monstrer la grande et ample cognoissance qui devoit estre donnée aux fidèles sous le règne de Christ , ils disent que les filles prophétiseront, 'es jeunes gens verront visions , et les anciens songeront songes *. Ce qu'ils ameinent est semblable à une autre prophétie d'Isaïe, où il dit qu'il y aura des autels dressez au Seigneur en Assyrie et Egypte, comme en Judée 2. Premièrement, je demande aux Papistes, si cela n'a pas esté accomplyen la Chresîienté. Secondement, qu'ils me respondent où sont ces autels, et quand ils ont esté bastis. Après, je voudroye sçavoir s'ils pensent que ces deux royaumes qui j5ont conjoincts avec Judée, deussent avoir chacun son temple, comme celuy de Jérusalem. S'ils poisent bien ces articles, ils seront contraints de confesser, comme la vérité est, que le Prophète descrit la vérité spirituelle sous les ombres et figures de son temps. Or c'est la solution que nous leur donnons. Mais pource que les exemples de ceste manièie de parler sont assez fréquens, je ne veux point estre long à en réciter beaucoup. Combien que ces povres estourdis s'abusent lourdement, en ce qu'ils ne recognoissent autre sacrifice que de leur Messe : veu que les fidèles véritablement sacrifient maintenant à Dieu, et luy offrent oblation pure , de laquelle il sera tantost parié.
5 31aintenant je viens au troisième office de la Messe, où il est à déclairer comment elle efface et oste de la mémoire des hommes la vraye et unique mort de Jésus-Christ. Car comme entre les hommes la confirmation du testament dé-
1) Joël II, 28.
2) Is. XIX, 19, 21, 23, U.
pend de la mort du testateur : en ceste manière aussi nostre Seigneur a confermé par sa mort le Testament, par lequel il nous a asseurezdela rémission de nos péchez et d'éternelle justice. Ceux qui en ce Testament osent varier ou innover, ils désavouent sa mort, et la réputent comme de nulle valeur. Et qu'est-ce autre chose la Messe, sinon un testament nouveau et du tout divers; car chacuncs Messes ne promettent-elles point nouvelle rémission de péchez, et nouvelle acquisition de justice , tant que desjà il y a autant de testamens qu'il y a de Messes? Que Jésus-Christ viene doncques derechef, et conferme par une autre mort ce nouveau testament, ou plustost par morts infinies les testamens qui sont infinis aux Messes. Pourtant n'ay-je pas dit sans cause au commencement, que par les Messes est effacée et oubliée la moit unique et vraye de Jésus-Christ.
D'avantage, la 3Iesse ne tend-elle pas directement à ce que derechef, s'il estoit possible, Jésus-Christ f ust tué et occis ? Car comme dit l'Aposlre, où il y a testament il est nécessaire que la mort du testateur entreviene ^ La Messe prétend un nouveau testament de Jésus-Christ :
elle requiert doncques sa mort. D'avantage, il est nécessaire que le sacrifice qui est offert, soit tué et immolé. Si Jésus-Christ à chacune Messe est sacrifié, il faut qu'en chacun moment, en mille lieux il soit cruellement tué et occis. Ce n'est pas mon argument, mais de l'Apostre , disant , Si Jésus-Christ eust eu besoin de s'offrir soy-mesme souventesfois, il eust faki qu'il eust souffert souventesfois depuis le commencement du monde.
Je sçay la response qu'ils ont en main , par laquelle mesme ils nous arguent de calomnie : car ils disent que nous leur imposons ce que jamais ils ne pensèrent, comme aussi ils ne le peuvent. Or je leur confesse bien que la vie ne la mort de Jésus-Christ n'est pas en leur puissance: je ne regarde point non plus, si leur propos délibéré est de tuer Christ : seulement, je monstre quelle absurdité il y a en leur meschante doctrine, quand elle
1) Héb. IX, 16.
seroit receue : et ne le monstre que par la bouche de l'Apostre. Qu'ils répliquent cent fois s'ils veulent, que ce sacrifice est sans sang : je leur nieray que les sacrifices changent de nature à l'appétit des hommes, ou soyent qualifiez à leur poste: car par ce moyen l'institution sacrée et inviolable de Dieu lomheruit bas. Dont il s'ensuyt que ce principe de l'Apostre ne peut estre esbranlé, asçavoir qu'il y a effusion de sang requise en tous sacrifices : pour y avoir ablution.
G II faut traitter le quatrième office de la Messe : c'est asçavoir qu'elle nous oste le fruit qui nous provenoit de la mort de Jésus-Christ : entant qu'elle fait que nous ne le cognoissons et considérons point.
Car qui se pensera estre rach.eté par la mort de Jésus-Christ, quand il verra en la Messe une nouvelle rédemption? Qui se confiera que ses péchez luy ayent esté remis, quand il verra une autre rémission? Et n'eschappera point celuy qui dira, (jue nous n'obtenons point pour autre cause la rémission des péchez en la Messe, sinon pource qu'elle est desjà acquise par la mort de Jésus. Car il n'allègue autre chose, que s'il disoit que nous avons esté rachetez par Jésus- Christ à ceste condition, que nous-mesmes nous nous rachetions. Car telle doctrine a esté semée par les ministres de Satan, et telle aujourd'huy la défendentils par cri, par glaive et par feu. Que quand nous offrons Jésus-Christ au Père en la Messe, par l'œuvre de ceste oblation nous acquérons rémission des péchez, et sommes faits participans de la passion de Jésus-Christ. Que reste-il plus à la passion de Jésus-Christ, sinon qu'elle soit un exemple de rédemption, par lequel nous apprenons d'estre nous-mesmes nos rédempteurs? Luy-mesme en nous voulant certifier en la Cène que nos fautes nous sont pardonnées, ne nous arreste point au Sacrement, mais nous renvoyé au sacrifice de sa mort, signifiant que la Cène est un mémorial estably pour nous apprendre que l'hostie satisfactoire, par laquelle Dieu devoit estre appaisé, ne seroit offerte qu'une seule fois. Car ce n'est pas assez de sçavoir que Jésus-Christ soit la seule hostie pour