‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 32 sur 346 · LIVRE III, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE IV

pour pécheurs ceux qu'il auroit absous, de ne reprocher les choses qu'il auroit pardonnées, de n'estre point sévères et difficiles à punir, là où il seroit miséricordieux, doux et bénin à pardonner?

Car de faict, il n'y a rien qui nous doyve plus amollir à pardonner que l'exemple de celuy qui est nosire juge, qui menace ceux qui auront esté trop rudes et austères de leur rendre la pareille. Qu'ils voisent maintenant et facent un bouclier de leurs allégories.

6 Ils combatent un peu de plus près, en confermaiit leur dire par sentences de l'Escrilure, lesquelles ils estiment manifestes : Ceux, disent-ils, qui venoyent au Baptesme de Jelian confessoyent leurs péchez ^ Et sainct Jaques commande que nous confessions nos péchez les uns aux autres^. Je respon, que ce n'est point merveille si ceux qui vouloyent estre baptisez confessoyent leurs péchez : car il aesié dit au paravant, que Jehan a presché le Baptesme de pénitence , et a baptisé d'eau en pénitence. Lesquels doncques eust-il baptisez, sinon ceux qui se confessoyent pécheurs? Le Baptesme est un signe de la rémission des péchez :

lesquels seroyent admis à ce signe, sinon les pécheurs, et ceux qui se recognoissent tels ? Ils confessoyent doncques leurs péchez pour estre baptisez. Sainct Jaques ne commande pas sans cause que nous nous confessions les uns aux autres: mais s'ils considéroyent ce qui s'ensuyt prochainement, ils trouveroyent que cela ne fait guères pour eux. Confessez, dit-il, vos péchez l'un à l'autre, et prie^ les uns pour les autres. Il conjoinct ensemble oraison mutuelle et confession mutuelle. S'il se faut confesser aux prestres seulement, il faut prier pour eux seulement, et mesmes il s'ensuyvroit des mots de sainct Jaques, qu'il n'y auroit que les prestres qui se peussent confesser. Car en voulant que nous nous confessions l'un à l'autre, il parle seulement à ceux qui peuvent ouyr la confession des autres. Car il dit Mutuellement, ou s'ils aiment mieux, Réciproquement. Or nul ne se peut mutuellement confesser,

1) Mallh. m, 6.

2) Jacq. V, 16.

sinon celuy qui oit la confesse de son compagnon. Lequel privilège ils concèdent seulement aux prestres. Pourtant suivant leur sentence, nous leur laissons volontiers la charge de se confesser.

Ostons doncques tels fatras , et entendons le sens de l'Apostre qui est simple et manifeste : c'est asçavoir que nous communiquions et descouvrions nos intirmitez les uns aux autres, pour recevoir conseil, compassion et consolation mutuelle. D'avantage, qu'ainsi cognoissans les infirmitez de nos frères, chacun de sa part prie Dieu pour icelles. Pourquoy doncques allèguent-ils sainct Jaques contre nous, veu que nous requerrons si instamment la confession de la miséricorde de Dieu, laquelle ne se peut confesser sinon de ceux qui premièrement ont confessé leur misère ? Mesmes nous déclairons (jue tous ceux qui ne se confessent devant Dieu , devant ses Anges, devant l'Eglise, brief, devant tous les hommes, sont maudits et damnez.

Car Dieu a tout conclu sous péché, afin que toute bouche soit fermée, et toute chair soit humiliée devant luy : et que luy seul soit justifié et exalté ^

7 Mesmes je m'esmerveille de quelle hardiesse ils osent asseurer que la confession, de laquelle ils parlent soit de droict divin. De laquelle nous confessons bien que l'usage est trèsancien : mais nous pouvons facilement prouver, qu'il a premièrement esté libre. Et de faict , leurs histoires récitent qu'il n'y en a eu aucune loy ou constitution devant le temps d'Innocent IIP. Certes s'il y eust eu loy plus ancienne, ils s'y fussent plustost attachez pour en faire leur proufit, qu'en se contentant du décret fait au concile de sainct Jehan de Lateran, se rendre ridicules jusques aux petis enfans , comme ils ont fait. Ils ne se feignent point aux autres choses de forger des faux décrets et supposez, et faire à croire qu'ils ont esté establis par les premiers conciles, afin d'esblouir les yeux des simples par l'anciennett^. Il ne leur est point venu en mémoire de faire le semblable en cest endroict.Parquoy ils sont contraints

V) Gai. ni, 22 ; Rom. III, 9, 19.

2, Ce pape a eslé le 183.

d'estre eux-raesmes tesmoins qu'il n'y a point encore trois cens ans qu'Innocent III a bridé l'Eglise , luy proposant la nécessité de se confesser. Encores que nous laissions là le temps, la seule barbarie des mots monstre que la loy ne mérite nulle révérence. Il est là commandé que quiconque sera de deux sexes confesse ses péchez, pour le moins une fois l'an à son propre prestre. Dont il s'ensuyvroit que nul, sinon qu'il fust homme et femme, ne seroit point tenu à se confesser. Il s'est descouvert encores une sottise plus lourde en leurs successeurs, lesquels n'ont sceu comprendre que vouloit dire proprement Prestre. Quoy que tous les advocats et procureurs du Pape, et tous les caphars qu'il a à loage gazouillent, nous avons ce point tout résolu, que Jésus-Christ n'est point autheur de ceste loy, laquelle contraint les hommes à raconter leurs péchez : mesmes, que devant qu'il en fust rien ordonné, il s'estoit desjà escoulé douze cens ans depuis la résurrection de Jésus-Christ : et que ceste tyrannie a esté dressée lors que des masques régnoyent au lieu de Pasteurs, et après avoir esteint toute piété et doctrine , s'estoyent usurpé une licence de tout faire sans aucune discrétion. Outreplus, il y a évidens tesmoignages tant des histoires que des autres anciens escrivains, qui monslrent que c'a esté une discipline politique instituée seulement par les Evesques, non pas ordonnance mise de Christ ou de ses Apostres. J'en proposeray un seulement, lequel pourra suffire amplement à prouver ce que je di. Sozomenus, l'un des autheurs de l'histoire Ecclésiastique*, raconte que c'a esté une constitution des Evesques, diligemment observée par les Eglises occidentales : et mesmes à Rome principalement. En quoy il monstre que ce n'a pas esté une ordonnance universelle de toutes les Eglises. Après il monstre qu'il y avoit un des prestres péculièrement destiné à cest office. En quoy il réfute plenement ce que ceux-ci ont feint des clefs données indifféremment pour la confession à tout l'ordre des prestres. Car ce n'estoit pas

1) Tripart. h,tt., lib. IX.

un office commun de tous: mais singulièrement la charge d'un seul , qui avoit de l'Evesque esté esleu à ce faire. Et c'est celuy qu'aujourd'huy mesmes les Papistes nomment Pénitencier en leurs Eglises cathédrales, lequel a quelque réserve des crimes les plus énormes. Il dit encores outre, que ceste usance esloit à Constantinoble, jusques à ce qu'une femme faisant semblant de se confesser, fut trouvée ayant prins ceste couverture pour cohabiter avec l'un des Diacres d'icelle Eglise. A cause de ce maléfice, Nectarius Evesque dudit lieu , homme renommé de saincteté et grande doctrine, abolit ceste observance de confession. Que ces asnes dressent les aureilles. Si la confession auriculaire estoit Loy de Dieu, comment eust esté Nectarius si hardy de la rompre et abolir? Accuseront-ils d'hérésie et de schisme ce sainct personnage , prisé et approuvé par tous les Anciens? Mais par une mesme sentence ils condamneront l'Eglise de Constantinoble, voire mesmes toutes les Eglises orientales, lesquelles ont contemné une loy (s'ils disent vray) inviolable et commandée à tous Chrestiens. 8 Mesmes ceste abrogation est si souventesfois démonstrée par Chrysostorae, lequel estoit aussi Evesque de Constantinoble, que c'est merveille comment ils osent ouvrir la bouche pour répliquer à rencontre. Si tu veux effacer tes péchez, dit-il, confesse-les. Si tu as honte de les descouvrir à un homme, confesse-les tous les jours en ton âme. Je ne di pas que tu les descouvres à personne qui t'en face après reproche : confesse-les à Dieu, lequel les peut purger. Confesse-les en ton lict, afin que ta conscience cognoisse journellement son mal ^ Item, Il n'est pas nécessaire de se confesser devant tesmoin : •seulement fay la recognoissance en ton cœur. Cest examen ne requiert point de tesmoin : il suffit que Dieu seul te voye et escoule^. Item, Je ne t'appelle point devant les hommes pour leur descouvrir tes péchez : espluche ta conscience devant Dieu. Monstre ta playe au Seigneur , lequel en est le médecin, et le prie d'y remédier. C'est luy qui ne

1) Homil. Il, In Psalm. L.

i) Serm. de pwnit.et confcss.

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