‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 33 sur 346 · LIVRE m, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAPITRE IV

reproche rien, et humainement guairit le povre malade *. Item, Je ne veux point que tu te confesses ^i un homme , lequel le puisse reprocher après, ou te diffamer en publiant tes fautes : mais monstre tes playes à Dieu qui en est le bon médecin. Puis après il introduit Dieu parlant en ceste manière. Je ne te contrain point de venir en assemblée publique :

confesse à moi seul tes péchez : afin que je te garantisse ''. Dirons-nous que sainct Chrysostome en parlant ainsi ait esté si téméraire, de délivrer les consciences des hommes des liens dont elles estoyent estreintes par la volonté de Dieu? Il n'est pas ainsi, mais ce qu'il entendoit n'estre point ordonné par le décret de Dieu, il ne l'ose requérir comme nécessaire.

9 Mais pour mieux encores despescher toute la chose, premièrement nous enseignerons tidèlement quelle espèce de confession nous a esté baillée par la Parole de Dieu : après nous monstrerons les inventions des Papistes touchant la confession : non pas toutes (car qui pourroit espuiser une si grande mer?) mais seulement celles qui appartienent à la somme de leur doctrine. Il me fasche d'advertir que le translateur tant grec que latin a souvent prins ce mot de Confesser pour Louer, veu que c'est chose notoire jusques aux plus rudes idiots : mais si est-il expédient que l'audace de ces vileins soit descouverte, en ce qu'ils s'arment du mot de Confession, qui emporte simplement louange de Dieu, pour couvrir leur tyrannie. Youlans prouver que la confession resjouit et récrée les âmes, ils ameinent ce verset du Pseaume, Jeviendray en voix de liesse et de confession^. Or s'il est licite de transfigurer ainsi toules choses, il y aura de terribles Qui pro Quod. Mais puis que les Papistes ont perdu toute honte, c'est bien raison que nous cognoissions que Dieu les a précipitez en esprit réprouvé, pour rendre leur témérité plus détestable. Au reste, en nous tenant à la pure simplicité de l'Escriture, nous ne serons point en danger d'estre trompez par tels

1) Homil. V, Deincomprehfnso Dei nalura,oontTaAnomceos.

î) Hoinil. lY, De Lazaro. 3) Ps. XLU, 5.

desguisemens. Car elle nous ordonne une seule façon de nous confesser deuemenl:

c'est, puis que c'est le Seigneur qui remet, oublie et efface les péchez, que nous les luy confessions pour en obtenir grâce et pardon. C'est le médecin : monstronsluy doncques nos playes. C'est celuy qui a esté offensé et blessé : demandons-luy doncques merci et paix. C'est ce'uy qui cognoist les cœurs, et voit toutes les pensées : ouvrons doncques nos cœurs devant luy. C'est celuy qui appelle les pécheurs : retirons-nous doncques pardevers luy. Je t'ay donné à cognoistre mon péché, dit David, et n'ay pas caché mon iniquité. J'ay dit. Je confesseray à rencontre de moy mon injustice au Seigneur : et tu m'as pardonné l'iniquité de mon cœur ^ Telle est une autre confession de David mesme , Aye pitié de moy, Seigneur, selon ta grande miséricorde ^. Telle est pareillement celle de Daniel : Nous avons péché, Seigneur, nous avons fait perversement, nous avons commis impiété, et avons esté rebelles en reculant de tes commandemens^. Il y en a assez d'autres semblables qui se voyent en l'Escriture, et lesquelles pourroyent remplir un volume. Si nous confessons nos péchez (dit sainct Jean) le Seigneur est fidèle pour les nous pardonner"*. A qui les confesserons-nous? A luy certes :

c'est-à-dire, si d'un cœur affligé et humilié nous nous prosternons devant luy : si en vraye sincérité nous accusans et condamnans devant sa face, nous demandons estre absous par sa bonté et miséricorde.

10 Quiconques fera de cœur et devant Dieu ceste confession, il aura sans doute aussi la langue preste à confession, quand mestier sera d'annoncer entre les hommes la miséricorde de Dieu : et non-seulement pour descouvrir le secret de son cœur à un seul une fois, et en l'aureille, mais pour déclairer librement tant sa povrelé que la gloire de Dieu par plusieurs fois, publiquement et tout le monde oyant. En ceste manière David, après avoir esté rédargué de Nathan , estant picqué d'un aiguillon de conscience, con-

1) Ps. XXXIl, b.

3) Daniel IX, 5.

â) Ps. LI, 1-3.

4) 1 Jean I, 9.

fessa son péché et devant Dieu et devant les hommes. Jay péché, dit-il, contre le Seigneur^: c'est-à-dire, Je ne me veux plus excuser ne tergiverser, que chacun ne me juge pécheur : et que ce que j'ay voulu estre caché à Dieu, ne soit mesmes manifesté aux hommes. De ceste confession secrette qui se fait à Dieu, provient aussi que le pécheur se confesse volontairement devant les hommes, toutes fois et quantes qu'il est expédient de ce faire, ou pour s'humilier, ou pour donner gloire à Dieu. Et pour cesle cause nostre Seigneur avoit anciennement ordonné en la Loy, que tout le peuple se confessast publiquement au temple par la bouche du prestre ^- Car il prévoyoit bien que ce seroit une trèsbonne aide pour induire un chacun à droictement recognoistre ses fautes. Et aussi c'est bien raison qu'en confessant nostre misère, nous magnifions entre nous et devant tout le monde, la miséricorde de Dieu.

U Or comme ainsi soit que ceste espèce de confession doyve estre ordinaire en l'Eglise, il est bon d'en user spécialement encores outre la coustume, s'il advient que tout le peuple ait commis une faute commune, tellement que tous soyent coulpables devant Dieu. Et de cela nous en avons exemple en la confession solennelle que fit le peuple parle conseil et l'instance d'Esdras et Néhémias ^ Car puis que la captivité qu'ils avoyent long temps endurée, la destruction de la ville et du temple, et la dissipation du service de Dieu avoit esté une verge commune pour punir les fautes de tous, ils ne pouvoyent pas bien cognoistre le bénélice de leur délivrance, sinon en confessant en premier lieu leurs fautes. Et ne peut chaloir si quelque fois en une Eglise aucuns sont innocens. Car puis qu'ils sont membres d'un corps languissant et mal disposé, ils ne se doyvent point vanter d'estre sains : mesmes il ne se peut faire qu'ils ne soyent entachez de quelque contagion, pour estre aucunement coulpables. Parquoy toutes fois et quantes que nous sommes affligez, ou de peste, ou de guerre, ou de stérilité, ou de quelque ad-

1) 2 Sam. XII, 13.

S) KehéiE. I, 7.

2) Lév. XVI, 21.

versité, nostre office seroit de courir à pleur et à jusne, et à autres tesmoignages d'humilité : et principalement à la confession, de laquelle tout le reste dépend. Touchant de la confession ordinaire qui se fait en commun de tout le peuple, outre ce qu'elle est approuvée par la bouche de Dieu, nul de sens rassis ne la mesprisera, en considérant quelle utilité elle emporte. Car puis qu'en toute assemblée que nous faisons au temple, nous nous présentons devant Dieu et ses Anges : par où pouvons-nous mieux commencer, que par la recognoissance de nostre indignité ? Quelqu'un me répliquera, que cela se fait en toutes prières, d'autant que nous confessons tousjours nos péchez en priant. Ouy bien : mais si on regarde quelle est nostre nonchalance et pesanteur, nul ne pourra nier que ce ne soit une saincte ordonnance et utile, d'admonester expressément le peuple chrestien par un acte spécial, qu'il ait à s'humilier. Car combien que la cérémonie que Dieu a commandée au peuple d'Israël, fust une portion des rudimens de la Loy, néantmoins la chose nous appartient aucunement. Et de faict, nous voyons que les Eglises bien reiglées ont ceste coustume, que chacun Dimanche le Ministre prononce une confession tant en son nom qu'en celiiy du peuple, pour rendre coulpable toute la compagnie devant Dieu, et demander merci: et que cela ne se fait point sans fruit. Mesmes cela sert d'une clef pour ouvrir la porte à prier tant en général qu'en particulier. 12 D'avantage, l'Escriture nous recommande deux autres espèces de confession particulière; l'une, qui se face pour nous : à quoy tend le dire de sainct .laques, que nous confessions nos péchez l'un à l'autre ^. Car il entend que déclarans nos infirmitez les uns aux autres, nous nous aidions mutuellement de conseil et consolation. L'autre, qui se face pour l'amour de nostre prochain, lequel auroit esté offensé par nostre faute, pour le réconcilier, et appaiser. Quant est de la première espèce, combien que l'Escriture en ne nous assignant personne auquel

1) Jacq. V, 16.

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