‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 325 sur 346 · LTVRE IV, CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

LTVRE IV, CHAPITRE XIX

ceste participalion de la mort et delà vie de Jésus-Christ, cstrela morlilication de nostre chair, et la vivilicalion de l'esprit : d'autant que nostre vieil homme estcruciliéj à ce que nous cheminions en nouveauté de vie^ Sçauroit-on mieux estre armé au combat contre le diable?

Que s'ils osoyent ainsi fouler aux pieds sans crainte de la Parole de Dieu, pour le moins qu'ils eussent porté révérence à l'Eglise de laquelle ils veulent estre veus enfans obéissans. Or on ne pourroit prononcer sentence plus sévère contre ceste fausse doctrine qu'ils maintienent, que ce qui fut jadis décrété au concile milevitain, du temps de sainct Augustin : c'est asçavoir que quiconques dit le Baptesme estre seulement donné pour la rémission des péchez, et non point pour aide de la grâce du sainct Esprit, qu'il soit anathématisé. Quant à ce que sainct Luc, au lieu que nous avons allégué, dit que les Samaritains avoyent esté baptisez au nom de Jésus, lesquels n'avoyent point receu le sainct Esprit '^ : il ne nie pas simplement qu'ils n'eussent receu quelque don de l'Esprit, puis qu'ils croyoyent Jésus-Christ de cœur et le confessoyent de bouche : mais il entend qu'ils n'avoyent eu la donation de l'Esprit, par laquelle on recevoit les vertus apparentes, et grâces visibles : A ceste raison il est dit que les Apostres receurent l'Esprit au jour de la Pentecoste * : combien que long temps paravant il leur fust dit, Ce n'estes-vous pas qui parlez : mais l'esprit de vostre Père parle en vous*. Vous voyez ici, vous tous qui estes de Dieu, la malicieuse et pestilente finesse de Satan. Ce qui estoit véritablement donné au Baptesme, il fait qu'il soit donné en sa confirmation, afin de nous destourner cauteleusement du Baptesme. Qui doutera maintenant ceste doctrine estre de Satan, laquelle ayant retranché du Baptesme les promesses qui y estoyent propres, les transfère ailleurs? Onvoitdi-je derechef sur quel fondement est appuyée ceste notable onction. La Parole de Dieu est, que tous ceux qui sont baptisez en

1) Rom. vi, ».

3) Acl. II

2) Act. Vin, 16.

4) Malth.X, 20.

Christ, ont vestu Christ, avec ses dons *, La parole des engraisseurs, que nous n'avons receu aucune promesse au Baptesme, laquelle nous munisse au combat contre le diable. La première voix est de vérité : il faut doncques que ceste-ci soit de mensonge. Je! puis doncques définir ceste Confirmation plus véritablement qu'ils n'ont fait jusques yci : asçavoir que c'est une droicle contumélie contre le Baptesme, qui en obscurcit, voire abolit l'usage, ou que c'est une fausse promesse du diable pour nous retirer de la vérité de Dieu : ou si on l'aime mieux, que c'est huile pollue par mensonge du diable, pour tromper les simples et imprudens.

9 Outreplus, ces engraisseurs adjoustent que tous fidèles doyvent recevoir par imposition de mains le sainct Esprit après le Baptesme, afin qu'ils soyent trouvez Chrestiens accomplis : car il n'y a nul plein Chrestien, sinon celuy qui est oinct par le Chresme épiscopal^.

Voylà leurs propres mots. Mais je pensoye que tout ce qui appartient à la Chrestienté fust comprins et déclairé aux Escritures : et maintenant, comme je voy, il faut chercher la vraye reigle de religion hors d'icelles. Doncques la sapience de Dieu, la vérité céleste, toute la doctrine de Christ ne fait sinon commencer les Chrestiens : l'huile les parfait. Par ceste doctrine sont condamnez tous les Apostres et tant de Martyrs, lesquels il est trèscertain n'avoir jamais esté enhuilez. Car ce sainct Chresme n'estoit pas encores, par lequel leur Chrestienté fust accomplie : ou plustost eux fussent faits Chrestiens, qui ne l'estoient pas encores. Mais encores que je me taise, ces Chrismateurs se réfutent eux-mesmes amplement. Car la quantième partie de leur peuple enhuilent-ils après le Baptesme?

pas la centième. Pourquoy doncques souffrent-ils telsdemi-Chrestiens en leur troupeau, à l'imperfection desquels il estoit facile de remédier? Pourquoy si négligemment souffrent-ils que leurs sujets omettent ce qu'il n'estoit licite d'omet-

1) Gai. 111,27; De consecr., dist. V, cap. Spirilus.

2) Verba De consecrof., cap. I, dist. V ; Conoil, Aurt' Uan., cap. Utjejuni ; De consecraC, dist. V.

tre sans grand crime? Que ne contraignent-ils plus fort à une chose tant nécessaire, et sans laquelle, comme ils disent, on ne peut obtenir salut, sinon qu'on soit empesché par mort soudaine?

Certainement quand ils la souffrent si aisément conlemner, ils confessent tacitement qu'elle n'est pas de si grand pris qu'ils en font semblant.

10 Finalement, ils déterminent qu'on doit avoir en plus grande révérence ceste sacrée Onction, que le Baptesme : pourtant qu'elle est seulement conférée par les mains des grans Prélats, où le Baptesme est vulgairement distribué par tous prestres^ Ouediroit-onyci, sinon qu'ils sont plenement furieux, quand ils aiment tant leurs inventions, qu'ils osent au pris d'icelles vilipender les sainctes institutions de Dieu? Langue sacrilège, oses-tu opposer au Sacrement de Christ, de la graisse infecte seulement de la puanteur de ton haleine, et charmée par quelque murmure de parole? Oses-tu l'accomparer avec l'eau sanctifiée de la Parole de Dieu ? .Mais cela estoit peu à ton audace, quand mesmes tu l'as préférée. Voyià les décrets du sainct siège apostolique. Mais aucuns d'eux ontvoulu modérer ceste rage, laquelle estoit à leur opinion trop outrageuse : et ont dit que l'huile de Confirmation est à tenir en plus grande révérence que le Baptesme ^ : non pas possible pour plus grande vertu et utilité qu'elle confère, mais pourtant qu'elle est donnée par personnes plus dignes, ou qu'elle se fait en plus digne partie du corps, c'est asçavoir au front : ou qu'elle eslargit plus grande augmentation de vertu, combien que le Baptesme vaille plus à rémission. Mais par la première raison , ne se monstrent-ils pas eslre Donatistes, estimans la force du Sacrement de la dignité du Ministre?

Accordons-leur toutesfois que la Confirmation soit appelée plus digne pour la dignité de la main épiscopale. Mais si quelqu'un les interrogue dont telle prérogative a esté ottroyée aux Evesques, quelle raison produiront-ils sinon leurs songes ? Les Apostres, disent-ils, ont usé

1) Cap. De bis Tero, eaJem dist.

S) Senl., lib. IV, dis(. VU, eap. II.

seuls de ce droict, quand eux tant seulemenl ont distribué le sainct Esprit. Mais les seuls Evesques sont-ils Apostres? et mesmes du tout sont-ils Apostres? Accordons-leur encores néantmoins cela.

Que ne prétendent-ils par un mesme argument, que tant seulement les Evesques doyvent attou<'.her le Sacrement du sang en la Cène de nostre Seigneur, lequel ils desnient aux laïcs, pourtant que nostre Seigneur l'a, comme ils disent, donné seulement aux Apostres? Si seulement aux Apostres, pourquoy n'infèrent-ils que seulement aussi aux Evesques? 3Iais en ce lieu-là ils font les Apostres simples Prestres : maintenant ils les créent Evesques. Finalement, Ananias n'estoit point Apostre, lequel toutesfois fut envoyé à sainct Paul pour luy faire recouvrer la veue, le baptiser et remplir du sainct Esprit*. J'adjousteray encores ceci outre la mesure : Si cest olBce estoit de droict divin propre aux Evesques, pourquoy l'ont-ils osé communiquer aux simples Prestres? comme on lit en quelque épistre de Grégoire^.

11 Combien l'autre raison est-elle frivole, inepte et folle, c'est asçavoir d'appeler leur Confirmation plus digne que le Baptesme de Dieu, pourtant qu'en icelle le front est souillé d'huile, et au Baptesme le test de la teste? Comme si le Baptesme estoit fait d'huile, et non d'eau. J'appelle yci en tesmoins tous ceux qui ont crainte de Dieu, si ces abuseurs ne s'efforcent point d'infecter la pureté des Sacremens, par le levain de leur fausse doctrine. J'ay dit en un autre lieu, qu'à grand'peine peut-on appercevoir aux Sacremens ce qui est de Dieu, entre la multitude des inventions humaines. Si aucun lors ne m'adjoustoit foy , maintenant pour le moins qu'il croye à ses maistres. Voyci, l'eau (qui est le signe de Dieu) mesprisée et rejettée, ils magnifient tant seulement au Baptesme leur huile. Nous au contraire, disons qu'au Baptesme le front est mouillé d'eau, au pris de laquelle nous n'estimons pas toute leur huile pour fiente, soit au Baptesme, soit en la Confirmation. Et si quelqu'un allè-

1) Act. IX, 1'

i) Dist. XCV, cap. Perrenit.

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