‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 326 sur 346 · LIVRE IV, CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE XIX

gue qu'elle est vendue plus cher, il est facile (le respondre que leur vendilion est tromperie, iniquité et larrecin. Parla troisième raison ils manifestent leur impiété, enseignans que plus grande augmentation de vertu soit conférée en la Confirmation qu'au Baptesme. Les Apostres ont administré les grâces visibles du saiiict Esprit par l'imposition des mains. En quoy se monstre proufitable la graisse de ces trompeurs? Mais laissons tels modérateurs, qui couvrent un blasphème par plusieurs. C'est un nœud insoluble, lequel il vaut mieux rompre du tout, que tant travaillera le deslier.

12 Or quand ils se voyent desnuez de la Parole de Dieu et de toute raison probable, ils prétendent ce qu'ils ont de coustume, que ceste observation est fort ancienne, et conlermée par le consentement de plusieurs aages. Quand cela seroit vray, encores ne font-ils rien. Le Sacrement n'est pas de la terre, mais du ciel : non des hommes, mais d'un seul Dieu. Qu'ils prouvent Dieu estre l'au- Iheur de leur Conlirmation, s'ils veulent qu'elle soit tenue pour Sacrement. Mais qu'allèguent-ils l'ancienneté, veu que les Anciens ne mettent en nul lieu plus de deux Sacremens? S'il faloit prendre des hommes l'asseurance de nostre foy, nous avons une forteresse inexpugnable : que les Anciens n'ont jamais recognu pour Sacremens, ce que faussement eux appellent Sacremens. Les anciens parlent de l'imposition des mains : mais l'appel lent-ils Sacrement? Sainct Augustin apertement escrit que ce n'est autre chose qu'oraison. Et qu'ils ne vienent point yci brouiller de leurs folles distinctions, le dire de sainct Augustin ne devoir estre entendu de l'imposition des mains confirraatoire, mais curatoire ou réconciliatoire ^ Le livre est entre les mains des hommes. Si je destourne les mots en autre sens que sainct Augustin ne les a escrits, qu'ils me crachent au visage. Car il parle des hérétiques qui se réconcilioyent à l'Eglise, il monstre qu'il ne les faut point rebaptiser, mais qu'il suffit de leur imposer les mains, afin que par le

1) De Bapt., confra Donat., lib. III, cap. XVf.

lien de paix Dieu leur donne son Esprit. Or pourcc qu'il pouvoit sembler advis que ce fust chose contre raison, de réitérer plustost l'imposition des mains que le Baptesme : il adjouste qu'il y a bien différence, d'autant qu'icelle n'est qu'une oraison qui se fait sur l'homme. Et que tel soit le sens, il appert encores par un autre passage, où il dit. On impose les mains aux hérétiques qui se réduisent à l'Eglise, pour les conjoindre en charité, laquelle est le principal don de Dieu, et sans laquelle nulle sanctilication ne peut estre en salut à l'homme '.

13 Je souhaiteroye que nous retinssions la manière que j'ay dite avoir esté entre les Anciens, devant que ceste fiction abortive de Sacrement veinst en avant. Non pas qu'il y eust une telle Confirmation, laquelle ne se peut mesmes nommer sans faire injure au Baptesme :

mais une instruction chrestienne,par laquelle les enfans ou ceux qui auroyent passé aage d'enfance, eussent à exposer la raison de leur foy en présence de l'Eglise. Or ce seroit une trèsbonne manière d'instruction, si on avoit un formulaire proprement destiné à cest affaire, contenant et déclairant familièrement tous les points de nostre religion, esquels l'Eglise universelle des fidèles doit sans différence consentir, et que l'enfant de dix ans ou environ, se présentasl à l'Eglise pour déclairer la confession de sa foy. Qu'il fust interrogué sur chacun point, et eust à respondre : s'il ignoroit quelque chose, ou n'entendoit pas bien, qu'on l'enseignast en telle manière, qu'il confessasi présente et tesmoin l'Eglise, la vraye foy pure et unique, en laquelle tout le peuple fidèle d'un accord honore Dieu, Certainement si ceste discipline avoit lieu, la paresse d'aucuns pères et mères seroit corrigée : car ils ne pourroyent lors sans grand'honte, omettre l'instruction de leurs enfans , de laquelle ils ne se soucient pas maintenant beaucoup. 11 y auroit meilleur accord de foy entre le peuple chrestien, et n'y auroit point si grande ignorance et rudesse en plusieurs. Aucuns ne seroyent

1) Lib. V, eap. XXIII.

pas si aisément transportez par nouvelles doctrines : en somme chacun auroit une adresse de la doctrine chrestienne.

De Pénitence.

14 Ils conjoignent prochainement la Pénitence, de laquelle ils parlent si confusément et sans ordre, qu'on ne peut rien cueillir ferme ne certain de leur doctrine. Nous avons jà en un autre lieu expliqué au long, premièrement ce que l'Escriture nous monstre de Pénitence, puis après que c'est qu'ils enseignent.

Maintenant il nous faut seulement toucher pour combien légère raison, ou du tout nulle, ils en ont fait un Sacrement. Toutesfois je diray premièrement en brief, quelle a esté la façon de l'Eglise ancienne, sous couleur de laquelle les Papistes ont introduit leur folle fantasie, et la maintienent à présent. Les Anciens observoyent cest ordre en la Pénitence publique, que quand le pénitent s'estoit acquitté de la satisfaction qu'on luy avoit enjoincte, il estoit réconcilié à l'Eglise par l'imposition des mains. Et cela estoit un signe d'absolution, tant pour consoler le pécheur, que pour advertir le peuple, que la mémoire de son offense devoit estre abolie. Ce signe est souvent nommé de sainct Cyprien, Otlroy ou donation de paix ^ D'avantage, afin que cest acte eust plus d'authorité, il y avoit ordonnance, que cela ne se devoit faire sans le sceu et vouloir de l'Evesque. A quoy se doit rapporter le décret du Concile de Carthage second : où il est dit qu'un Prestre ne doit point publiquement réconcilier un pénitent. Et en un autre décret du Concile arosiquain : Ceux qui décèdent de ce monde devant la fin de leur pénitence, pourront eslre admis à la communion sans l'imposition des mains réconciliatoire : mais si quelqu'un revenoit en santé, qu'il soit réconcilié par l'Evesque. 11 y a un autre semblable décret du Concile de Carthage troisième^. Tous ces statuts tendoyent à ce but, que la sévérité qu'ils vouloyent estre observée, ne s'en allast en déca-

1) £piit., lib. I, epist. II.

a) Chap. XXXI.

dence. Ainsi, d'autant qu'il y pouvoit avoir des Prestres trop faciles, il estoit dit que l'Evesque auroit cognoissance de cause. Combien que sainct Cyprien tesmoigne en un autre passage, que l'Evesque n'imposoit pas seul les mains sur les pénitens, mais tout le Clergé avec luy ^ Depuis par succession de temps ceste façon a esté pervertie, tellement qu'on a usé de ceste cérémonie en absolutions privées : c'est-à-dire hors la pénitence publique. Et de là vient ceste distinction que met Gratien, qui a fait le recueil des Décrets '-', entre la réconciliation publique et particulière. Quant à moy, je confesse que ceste observation dont parle sainct Cyprien, est saincte et utile à l'Eglise, et voudroye qu'elle fust aujourd'huy en usage. Quant à l'autre, encores que je ne la réprouve point du tout, néantmoins j'estime qu'elle n'est point fortexpédiente. Quoy qu'il en soit, nous voyons que l'imposition des mains en la pénitence, est une cérémonie dressée des hommes et non pas instituée de Dieu : et par ainsi, qu'elle doit estre mise entre les choses indifférentes, ou entre les observations dont on ne doit pas tenir tel conte, que des Sacremens fondez en la Parole de Dieu.

15 Or les Théologiens ronianisques, qui ont ceste bonne coustume de corrompre et dépraver tout par leurs belles gloses, se tormenlent fort à y trouver un Sacrement. Et n'est point de merveille s'ils en sont en peine : car ils cherchent ce qui n'y est point. Finalement ne pouvans mieux, comme gens qui sont au bout de leur sens, ils laissent tout enveloppé, suspens, incertain et confus par diversité d'opinions. Ils disent doncques que la Pénitence extérieure est Sacrement : s'il est ainsi, qu'il la faut réputer estre signe de la Pénitence intérieure, c'est-à-dire la contrition du cœur, qui sera par ceste raison la substance du Sacrement : ou bien que toutes les deux sont Sacrement : non pas deux, mais un accomply. Et que l'extérieure est Sacrement tant seulement : l'intérieure, Sacrement et substance d'iceluy : et que la

1) Êpis(.,Ub. ni, epist. XIV.

I 2) In decr. XXVI, quasi. VI.

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