LIVRE IV, CHAPITRE XIX
rémission des péchez est substance du Sacrement, non pas Sacrement'. Atin de respondre à toutes ces choses, ceux qui ont souvenance de la déllnition du Sacrement ci-dessus mise, qu'ils rapportent à icelle tout ce que ceux-ci disent eslre Sacrement : et ils trouveront qu'il n'y a nulle convenance, veu que ce n'est point une cérémonie externe instituée du Seigneur à la confirmation de nostre foy.
S'ils répliquent que ma définition n'est pas une loy à laquelle ils soyent nécessairement tenus d'obéir : qu'ils escoutent sainct Augustin, auquel ils font semblant de porter une révérence inviolable. Les Sacremens, dit-il, sont instituez visibles pour les charnels : afin que par les degrez des Sacremens ils soyent transférez des choses qui se voyenl à l'œil, à celles qui se comprenent en l'entendement 2. Qu'est-ce qu'ils voyent ou peuvent raonsirer aux autres de semblable, en ce qu'ils appellent Sacrement de Pénitence? Sainct Augustin en un autre lieu dit. Sacrement est ainsi appelé, pource qu'en iceluy une autre chose est veue, et une autre entendue. Ce qui s'y voit, a figure corporelle : (;e qui y est entendu, a fruit spirituel *. Ceci ne convient non plus au Sacrement de Pénitence, tels qu'ils l'imaginent : où il n'y a nulle figure corporelle qui représente le fruit spirituel.
i6 Mais encores, afin que je les surmonte mesmes en leur limite : je demande. S'il y avoityci Sacrement aucun, n'y avoit-il pas meilleure couleur de dire que l'absolution du Prestre fusl Sacrement, que la Pénitence, ou intérieure ou extérieure ? Car il estoit facile de dire que c'est une cérémonie ordonnée pour confermer nostre foy de la rémission des péchez , et ayant promesse des clefs, comme ils appellent : c'est asçavoir, Ce que tu auras lié ou deslié sur terre, sera lié ou deslié aux deux. Mais quelqu'un eust objecté à rencontre que plusieurs sont absous des Prestres, ausquels telle absolution ne proufite de rien : comme ainsi soit que par leur doc-
1) Sentent., lib. IV, distinct. XXII, cap. II.
2) Quaest.vet. Testam,, lib. III.
8) In sermone quodam de Bapt. infant.
trine les Sacremens de la nouvelle loy doyvent en efficace faire ce qu'ils figurent. A cela la response est preste : c'est asçavoir que comme il y a double manducation en la Cène de nostre Seigneur, l'une sacramentale, qui est pareillement commune aux bons et aux mauvais, l'autre qui est spécialement propre aux bons: aussi ils peuvent feindre que l'absolution se reçoit doublement. Combien que jusques yci je n'ay peu comprendre comment ils entendent que les Sacremens de la nouvelle Loy ayent une opération si vertueuse ; ce que j'ay monstre n'accorder nullement à la vérité de Dieu, quand je traittoye ceste matière en son lieu. Seulement j'ay voulu yci déclairer, que ce scrupule n'empesche de rien, à ce qu'ils ne puissent nommer l'absolution du Prestre, Sacrement. Car ils respondront par la bouche de sainct Augustin, que la sanctification est aucunesfois sans Sacrement visible, et que ce Sacrement visible est aucunesfois sans intérieure sanctification. Item, que les Sacremens font ce qu'ils figurent es esleus seulement. Item, que les uns vestent Christ jusques à la perception du Sacrement, les autres jusques à la sanctification ^. Le premier advient semblablement aux bons et aux mauvais : le second n'advient sinon aux bons. Certes ils se sont trop puérilement abusez : et ont esté aveuglez au soleil, quand estans en telle perplexité et difficulté, ils n'ont pas cognu une chose si facile et vulgaire.
17 Toutesfois afin qu'ils ne s'enorgueillissent pas, en quelque part qu'ils mettent leur Sacrement, je nie-qu'il doyve estre réputé Sacrement. Premièrement, veu qu'il n'y a nulle promesse de Dieu, qui est le fondement unique de Sacrement. Car comme nous avons assez déclairé ci-dessus, la promesse des clefs n'appartient nullement à faire quelque estât particulier d'absolution, mais seulement à la prédication de l'Evangile, soil qu'elle soit faite ou à plusieurs, ou à un seul, sans y mettre différence: c'està-dire, que par icelle promesse nostre Seigneur ne fonde point une absolution
1) Quaest. veter. Testant., lih. III; De Bapt. parvulorum; De Baptismo, contra Donat., lib. V.
spéciale, qui soit faite distinctement à un chacun : mais celle qui se fait indifféremment à tous pécheurs, sans addresse particulière. Secondement, veu que toute cérémonie qui se pourra yci produire, est pure invention des hommes, comme ainsi soit qu'il ait jà esté déterminé que les cérémonies des Sacremens ne se peuvent ordonner sinon de Dieu. C'est doncques mensonge et tromperie, tout ce qu'ils ont forgé et fait à croire du Sacrement de Pénitence. D'avantage, ils ont orné ce Sacrement contrefait d'un tel tiltre qu'il appartenoit, disans que c'estoit une seconde planche après le naufrage. Car si quelqu'un a maculé par péché la robbe d'innocence qu'il avoit receue au Baptesme, par pénitence il la peut lavera Mais c'est le dire de sainct Hiérosme, disent-ils. De qui qu'il soit, il ne se peut excuser qu'il ne soit plenement meschant, si on l'expose selon leur sens : comme si le Baptesme esloit effacé par le péché, et non pas plustost que les pécheurs le deussent révoquer en mémoire, toutes les fois qu'ils cherchent rémission de péché, pour en icelle mémoire se conforter, prendre courage et confermer leur fiance qu'ils impétreront rémission de péché, laquelle leur a esté promise au Baptesme. Ce que sainct Hiérosme a enseigné un peu trop rudement, asçavoir que le Baptesme duquel ceux qui méritent estre excommuniez sont décheus, est réparé par pénitence : ces faussaires le destournent à leur impiété. Parquoy on parlera trèsproprement, en appelant le Baptesme Sacrement de pénitence : puis qu'il a esté donné en consolation à ceux qui s'estudient à faire pénitence. Et afin qu'on ne pense que ce soit un songe de ma teste, il appert que c'a esté une sentence commune et résolue en l'Eglise ancienne.
Car au livre intitulé De la Foy, qu'on attribue à sainct Augustin, il est nommé Sacrement de Foy et de Pénitence ''. Et qu'est-ce que nous recourons à lesmoignages incertains, comme si on pouvoit
1) Sent., lib. IV, dist. XIV, cap. I; De rœiiit., distinct. I, cap. II.
î) Cap. XXX, Citatur dccrel. XV ; Qiiiesf. I, cap. Firnistimc.
requérir quelque chose plus claire que ce (jue récite l'Evangéliste, asçavoir que Jehan a presché le Baptesme de péniten(^e en rémission des péchez K
De l' Extrême-onction.
1 8 Le troisième Sacrement contrefaict, est l'ExIrême-onction , laquelle ne se doime que par un prestre, et ce en extrémité de vie : et de l'huile consacrée par l'Evesque, et par telle forme de paroles .-Dieu par ceste saincte Onction et par sa miséricorde te pardonne tout ce que tu as offensé par l'ouye, et la veue, le flairer, l'attouchement tt le goust. Et feignent qu'il y a deux vertus de ce sacrement : c'est asçavoir la rémission des péchez, et l'allégement de la maladie corporelle, s'il est expédient, ou la santé de l'âme. Or ils disent que l'institution en est mise par sainct Jaques, duquel les mots sont tels : Y a-il quelqu'un malade entre vous? Qu'il appelle les anciens de l'Eglise, et qu'ils prient sur luy, l'oignans d'huile au nom du Seigneur : et il recouvrera sa santé, et s'il est en péchez, ils luy seront remis ^, Ceste onction est d'une mesme raison que nous avons cidessus démonstré l'imposition des mains : c'est asçavoir une bastellerie et singerie, par laquelle sans propos et sans utilité ils veulent contrefaire les Apostres.
Sainct Marc récite que les Apostres en leur premier voyage, selon le mandement qu'ils avoyent eu du Seigneur, ressuscitèrent les morts, chassèrent les diables, nettoyèrent les ladres, guairirent les malades : et adjouste qu'en la guairison des malades ils usèrent d'huile.
Ils oignirent, dit-il, plusieurs malades d'huile, et ils estoyent guairis ^ Ce qu'a regardé sainct Jaques, quand il a commandé d'appeler les Anciens pour oindre le malade. Mais ceux qui auront considéré en quelle liberté nostre Seigneur et ses Apostres se sont gouvernez en ces choses extérieures, jugeront facilement que sous telles cérémonies il n'y a pas fort haut mystère caché. Nostre Seigneur voulant restituer la veue à l'aveugle, feit de la boue de poudre et de salive*. Il
1) Marc I, t ; Luc III, 3.
3) Marc VI, 13.
î) Jacq. V, 14, 15.
k) Jean IX, 6.