‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 328 sur 346 · LIVRE IV, CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE XIX

guairissoit les uns par attouchement, les autres par parole. En ceste manière les Aposlres ont giiairl aucunes maladies par seule parole: les autres avec attouchement, les autres avec onction ^ Mais ils pourront dire que ceste onction n'a pas esté prinse des Apostres témérairement, non plus que les autres choses. Ce que je confesse : non pas toutesfois qu'ils rayent prinse ù ce qu'elle fust instrument de la santé, mais seulement un signe par lequel fust enseignée la rudesse des simples, dont prouvenoit telle vertu, de peur qu'ils n'attrihuassent la louange aux Apostres. Or cela est vulgaire et accoustumé qu'en l'Escrilure le sainct Esprit et ses dons sont signiliez par l'huile. Au reste, icelle grâce de guairir les malades n'a plus de lieu, comme aussi hien les autres miracles: lesquels le Seigneur a voulu estre faits pour un temps, ahn de rendre la prédication de l'Evangile, qui estoit pour lors nouvelle, éternellement admirahle. Encores doncques que nous accordissions que l'Onction eust esté un Sacrement des vertus qui esloyent lors administrées par les mains des Apostres, toutesfois elle ne nous appartient maintenant en rien , veu que l'administration des vertus ne nous est commise.

19 Et pour quelle plus grande raison font-iis de ceste Onction un Sacrement, que de tous autres signes ou symboles desquels il est fait mention en l'Escriture ? Que ne destinent-ils quelque estang de Siloah, auquel en certaines saisons les malades se baignassent^. Cela, disent-ils, se feroit en vain. Certes non pas plus en vain que l'onction. Que ne se couchentils sur les morts, veu que sainct Paul ressuscita un jeune homme mort , en s'estendant sur luy^ ? Pourquoy ne fontils un Sacrement de boue composé de salive et de poudre? Tous autres exemples, disent-ils, ont esté spéciaux, mais cestuy-ci de l'Onction est commandé par sainct Jaques. Voire , mais sainct Jaques parloit pour le temps auquel l'Eglise jouyssoit de ceste bénédiction que nous avons touchée. Bien est vray qu'ils veu-

0 Malth.IX, 29; Luc XVIU, 42; Acl. IU,6; V, 16; XIX, 12 ; Ps. XLV, 8.

2) Jean IX, 7. 3) Acl. XX, 10.

lent faire à croire qu'il y a encores une mesme force à leur Onction : mais nous expérimentons du contraire. Que nul maintenant ne s'esmerveille comment ils ont si hardiment trompé les âmes, lesquelles ils voyoyent estre hébétées et aveuglées, d'autant qu'ils les avoyent desnuées de la Parole de Dieu, c'est-àdire de leur vie et lumière : puis qu'ils n'ont point de honte de vouloir abuser les sens du corps sentans et vivans. Ils se rendent doncques dignes d'estre mocquez, quand ils se vantent d'avoir la grùce de guairison. Nostre Seigneur certes assiste aux siens en tous temps, et subvient quand meslier est à leurs maladies , non moins que le temps passé. Mais il ne démonstre point icelles vertus manifestes , ne les miracles qu'il dispensoit par les mains des Apostres : pource que ce don a esté temporel, et est aussi péry en partie par l'ingratitude des hommes.

20 Parquoy, comme les Apostres ne représentoyent pas sans cause par l'huile la grâce qui leur avoit esté baillée en charge pour donner à cognoistre que c'esl,oit la vertu du sainct Esprit, non pas la leur : aussi au contraire, ceux-ci sont grandement injurieux au sainct Esprit, qui disent qu'une huile puante et de nulle eflicace est sa vertu. Et est un mesme propos , comme si quelqu'un disoit que toute huile fust vertu du sainct Esprit, pourtant qu'elle est appelée de ce nom en l'Escriture : ou que toute colombe fust le sainct Esprit, pour tant qu'il est apparu en telle espèce*; mais qu'ils y regardent. Quant à nous il nous suffira à présent de cognoistre trèscerlainement leur Onction n'estre pas Sacrement laquelle n'est point cérémonie instituée de Dieu , et n'a promesse aucune de luy. Car (juand nous requérons ces deux choses au Sacrement, que ce soit une cérémonie ordonnée de Dieu, et qu'il y ait promesse adjoincte, nous demandons pareillement que ceste cérémonie soit ordonnée pour nous , et que la promesse nous appai'tiene. Pourtant nul ne combat maintenant que la Circoncision soit un Sacrement de l'Eglise chrestienne , com-

1) Mallli. III, IB; Jeaa 1, 33.

INSlTTUnON CHRESTIENNE.

bien que ce fust une ordonnance de Dieu, et qu'il y eust promesse adjoincte : veu qu'elle ne nous a point esté commandée, et que la promesse qui y estoit, ne nous a pas esté donnée. Que la promesse laquelle ils prétendent en leur onction ne nous concerne en rien , nous l'avons paravant clairement enseigné, et eux ils le donnent à cognoistre par expérience. La cérémonie ne se devoit prendre sinon de ceux qui avoyent la grâce de donner guairison : non pas de ces bourreaux qui sont plus puissans à tuer et meurtrir qu'à guairir.

21 Combien qu'encores ils eussent obtenu que ce qui est dit en sainct Jaques de l'onction, conveinst à nostre temps (de quoy ils sont bien loing) si n'auront-ils pas beaucoup fait pour approuver leur onction de laquelle ils nous ont barbouillez jusques yci. Sainct Jaques veut que tous malades soient oincts : ceux-ci souillent de leur graisse non pas les malades, mais des corps à demi morts, quand l'âme est'desjà preste à sortir : ou (comme ils parlent) en extrémité. S'ils ont une présente médecine en leur Sacrement, pour adoucir la rigueur de la maladie, ou bien pour apporter quelque soulagement à l'âme, ils sont fort cruels de n'y remédier jamais en temps. Sainct Jaques entend que le malade soit oinct par les Anciens de l'Eglise ^ : ceux-ci n'y admettent point autre enbuileur qu'un Prestre. Car ce qu'en sainct Jaques par les Anciens ils exposent les Prestres estans Pasteurs ordinaires, et disent que le nombre pluriel a esté mis pour plus grande honnesteté, cela est trop frivole : comme si de ce temps-là les Eglises eussent eu telle abondance de Prestres, qu'ils eussent peu porter et conduire leur boiste d'huile avec longues processions. Quand sainct Jaques commande simplement d'oindre les malades, je n'cnten pas autre onction que d'huile commune, et ne se fait mention d'autre huile au récit de sainct Marc 2. Ceux-ci ne tienent conte d'huile , si elle n'est consacrée par l'Evesque, c'est-à-dire fort eschauffée de

1) Jacq. v, 1».

î] Marc VI, 13.

son haleine, charmée en murmurant, et neuf fois saluée à genoux, en disant trois fois, Je le salue saincte Huile : et trois fois, Je te salue sainct Chresme : et trois fois, Je te salue sainct Baume ; telle est leur solennité. De qui ont-ils prins telles conjurations ? Sainct Jaques dit que quand le malade aura esté oinct d'huile, et qu'on aura prié sur luy, s'il est en péchez, ils luy seront pardonnez, d'autant qu'estant absous devant Dieu, il sera aussi soulagé de sa peine : n'entendant pas que* les péchez soyent effacez par graisse, mais que les oraisons des tidèles, par lesquelles le frère afiligé aura esté recommandé à Dieu, ne seront pas vaines.

Ceux-ci meschamment feignent que par leur sacrée Onction (c'est-à-dire abominable) les péchez sont remis. Voyià comment ils auront proutité, quand on les aura laissé abuser à leur folle fantasie du tesmoignage de sainct Jaques. Et afin de ne nous point travailler en vain pour réprouver leurs mensonges, regardons seulement que disent leurs histoires : lesquelles racontent qu'Innocence pape de Rome, qui estoit du temps de sainct Augustin, institua que non-seulement les Prestres, mais aussi tous Chrestiens usassent d'onction envers leurs malades*. Comment accorderont-ils cela avec ce qu'ils veulent faire ù croire?

Des Ordres ecclésiastiques.

22 Le Sacrement de l'Ordre est mis en leur rolle au quatrième lieu, mais il est si fertile qu'il enfante de soy sept petis Sacrementeaux. Or c'est une chose digne de mocquerie, que quand ils ont proposé qu'il y a sept Sacremens, en les voulant nombrer ils en content treize, et ne peuvent excuser que les sept Sacremens des Ordres , soyent un seul Sacrement, pourtant qu'ils tendent tous à une Prestrise, et sont comme degrez pour monter à icelle. Car puis qu'il appert qu'en chacun d'iceux il y a diverses cérémonies : d'avantage , puis qu'ils disent qu'il y a diverses grâces, nul ne doutera que selon leur doctrine, on n'y

1) Sigebert, abbé, en tet Chroniquts.

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