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LIVRE IV, CHAPITRE XIX

les vices de la bouche et des yeux doyveiit eslre coupez : ou pour signifier le délaissement et résiynalion des biens temporels : et que le circuit des cheveux qui demeure, ligure le reste des biens qu'ils relienent pour la substenialion de leur vie *; le tout en ligure : pourtant que le voile du temple n'a pas encores esté rompu : j'enten, quant à eux. Et pourtant se faisans à croire qu'ils se sont trèsbien acciuiitez de leur office, quand ils ont ligure telles choses par leur couronne, ils n'en accomplissent rien à la vérité. Jusques h quand nous abuserontils par tels mensonges et illusions? I^es clercs en tondant un touppet de cheveux, monslrenl (|u'ils se sont desmis de l'abondance des biens terriens : qu'eslans délivrez de tout eni|)eschement, ils contemplent la gloire de Dieu : qu'ils ont mortifié les concupiscences de leurs yeux et aureilles : et il n'y a nul estât entre les hommes plus plein de rapacité, ignorance et paillardise. Que ne monstrent-ils plustost leur saincieté véritablement, que d'en représenter la figure par signes faux et mensongers?

26 Finalement, quand ils disent que leur couronne a prins son origine et raison des Nazariens ^, qu'est-ce qu'ils apportent autre chose, sinon que leurs mystères sont descendus des cérémonies judaïques, ou plustost sont une pure Juifverie? En ce qu'ils adjoustent que Priscilla, Acylas et sainct Paul, ayans fait veu se tondirent pour estre purifiez, ils monstrent une grande bestise ^. Car cela n'est nullement dit de Priscilla, et n'est dit que de l'un des autres : et est incertain duquel des deux, veu que la tonsure de laquelle parle sainct Luc se peut aussi bien rapporter à sainct Paul qu'à Acylas. Et mesmes, afin que nous ne leurs laissions ce qu'ils demandent, c'est qu'ils ayent prins leur exemple de sainct Paul, les simples ont à noter que jamais sainct Paul ne s'est tondu la teste pour sanctification aucune, mais pour s'accomoder à l'infirmité de ses prochains. J'ay coustume d'appeler telles manières de vœus, Yœus de charité, et

1) Sent., lib. IV, disl. XXIV, cap. Duo sunt.

2) Noinb. VI, b. 3) Ad. XVIU, 18.

non de piété : c'est-à-dire prins non pour religion aucune, ou service de Dieu, mais pour supporter la rudesse des infirmes : comme il dit qu'il a esté fait Juif aux Juifs \ etc. Ainsi il a fait cela, voire pour un coup et pour peu de temps, pour s'accomoder aux Juifs. Mais ceux-ci voulans imiter les purifications des Nazariens 2 sans quelque fruit, que font-ils autre chose que dresser un nouviau Judaïsme *? C'est d'une mesme conscience qu'est composée l'épislre décrétai;', qui défend aux clercs, selon l'Apostre, de ne nourrir leurs cheveux, mais de les raser en rond en manière de sphère : comme si l'Aposlre enseignant ce qui est honneste à tous hommes '', s'estoit beaucoup soucié de la ronde tonsure de leurs clercs. Que les lecteurs esiiment de ces commandemens, quelles sont les autres ordres, ausquelles il y a telle entrée pour venir à la vérité.

27 11 appert par le tesmoignage de sainct Augustin quelle est l'origine de la tonsure des clercs ^. Car comme ainsi soit que jadis nul homme ne nourrist cheveleure sinon ceux qui estoyent efféminez, et appétoyent d'estre veus braves et mignons, il fut advisé que ce seroit mauvais exemple de permettre cela aux clercs. Il y eut doncques ordonnance faite que tous clercs se tondissent, afin de ne donner nul souspeçon ny apparence (ju'ils se vousissent parer et orner délicatement. Or la façon de se tondre estoit si commune de ce temps-là, que d'aucuns moines pour se monstrer plus sainctsque les autres, et avoir quelque monstre pour se distinguer, nourrissoyentciieveleure®.

Voylà comment la tonsure n'esloil point une chose spéciale aux clercs, mais estoit à usance quasi à tous. Depuis, comme ainsi soit que le monde recomm nçast à porter cheveleure comme au paravaMt,et que plusieurs nations se convertissoyent à Jésus-Christ, lesquelles avoyent tousjours accoustumé de porter cheveleure, comme la France, l'Alemagne l'Angleterre : il est vray-semblable que les clercs,

1) 1 Cor. IX, 20. 2) Norab. VI, 18.

3) Cap. Prohibent«, disl. XXV. ») 1 Cor. XI, *.

5) AiiijUSl., Df opère î/ionac/*. in Cnc.

6) Item, In relracl.

pour la raison que nous avons dite, se faisoyent tondre par tout. Or puis après que l'Egiise a esié corrompue, et (jue toutes les ordonnances anciennes ont esté ou perverties, ou deslournées à superslilion, d'autant, qu'on ne voyoit Tiulle raison en ceste tonsure cléricale, (comme de faict il n'y avoit qu'une folle imitation des prédécesseurs, sans sçavoir pourquoy) ils ont forgé ce beau mystère que maintenant avec une si grande audace ils nous allèguent pour approbation de leur Sacrement. Les Huissiers en leur consécration reçoivent les clefs du temple, en signe (|u'ils en doyvent esire gardiens : aux Lecteurs, on baille la Bible : aux Exorcistes, le formulaire ou registre des conjurations : aux Acolytbes, les burettes et les cierges ^ Voylà les notables cérémonies,, lesquelles contienent si grande vertu, si on les veut croire, qu'elles sont non- seulement signes et mereaux, mais aussi causes de la grâce invisible de Dieu. Car selon leur délinilion, ils prétendent cela quand ils veulent qu'on les ait pour Sacremens. Pour en conclurre en brief, je di que cela est contre toute raison, que les théologiens sophistes et canonistes ont fait des Sacremens de toutes ces ordres, qu'ils appellent Moindres : veu que par leur confession mesme elles ont esté incognues à l'Eglise primitive, et inventées long temps après. Or puis que les Sacremens contienent promesses de Dieu, ils ne se peuvent instituer des Anges ne des hommes, mais de celuy seul auquel il appartient de donner promesse.

28 Restent les trois ordres, qu'ils appellent Grandes, desquelles la Sousdiaconie, couime ils disent, a esté translatée en ce nombre et degré, et depuis que ceste multitude des petites est venue en avant. Or pource qu'il leur semble advis qu'ils ayent tesmoignage de la Parole de Dieu pour ces trois, ils les appellent par singulière prérogative. Ordres sacrées.

Mais il faut veoir combien ils abusent perversement de l'Escriture, à prouver leur intention. Nous commencerons par l'ordre de Prestrise ou de Sacrificalure.

1) Sent., lib. IV, diil. XXIV, e. Vm.

Car par (;es deux mots ils signifient une mesme chose : et appellent Sacrificateurs ou Prestres, ceux desquels l'office est, comme ils disent, de faire en l'autel sacrifice du corps et du sang de Jésus- Christ, dire les oraisons, et bénir les dons de Dieu. Pourtant en leurs promotions ils'prenent un calice avec la patène et l'hostie, en signes qu'ils ont puissance d'offrir à Dieu sacrifices de réconcilia (ion. Et leur oinct-on les mains pour donner à cognoistre qu'ils ont puissance de consacrer. De toutes ces choses tant s'en faut qu'ils ayent tesmoignage de la Parole de Dieu, qu'ils ne pouvoyent plus meschamment corrompre son ordre et ses constiluiions. Premièrement ce que nous avons dit au chapitre précédent, doit estrepour tout conclud : c'est asçavoir que tous ceux font injure à Christ, qui se disent Prestres, pour offrir sacrifice de réconciliation. C'est luy qui a esté ordonné du Père, et consacré avec jurement, pour estre Prestre selon l'ordre de Melchisédec, sans lin et sans succession ^ C'est luy qui a une fois offert hostie de purgalion et réconciliation éternelle : et qui maintenant estant entré au Sanctuaire du ciel, prie pour nous. Nous sommes bien tous Prestres en luy, mais c'est seulement pour offrir louanges et actions de grâces à Dieu, et principalement de nous offrir nous-mesmes, et en somme tout ce qui est nostre. 3Iais c'a esté une prééminence spéciale au Seigneur Jésus, d'appaiser Dieu, purger les péchez par son oblation. Puis que ceux-ci usurpent une telle aulhorité, que reste-il plus sinon que leur prestrise soit un sacrilège damnable? Certes c'est une trop grande impudence à eux, de l'orner du filtre de Sacrement. Quant est de l'imposition des mains, qui se fait pour introduire les vrais Prestres et Ministres de l'Eglise en leur estât, je ne répugne point qu'on ne la reçoyve pour sacrement. Car c'est une cérémonie prinse de l'Escriture, pour le premier : et puis laquelle n'est point vaine, (comme dit sainct Paul) mais est un signe de la grâce spirituelle de Dieu*. Ce que je ne l'ay pas rais en conte avec

)) Ps.CX, V;i;éb.V, «; YII, S.

5) 1 Tim. IV, n.

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