‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 331 sur 346 · LIVRE IV, CIIAPITRI': XIX · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CIIAPITRI': XIX

les deux autres, c'est iraulant qu'il n'est pas ordinaire ne comiiiun entre les litièies, mais pour un oflice particulier. Au reste, (juand j'atirihue cesi honneur au ministère ordonné de Jésus-Christ, il ne faut pas ijue les prestres romanisques, qui sont créez selon l'ordre du Pape, s'enorgut illissent de cela. Car ceux que nous disons, sont ordonnez par la bouche de Jésus-Christ, pour estre dispensateurs de l'Evangile et des Sacremens ^: non pas pour estre bouchers, atin de faire immolations quotidiennes. Le commandement leur est donné de prescber l'Evitngile, et de paistre le Irouiieau de Christ, et non pas de sacrilier. Il leur est fait promesse de recevoir les grâces du sainct Esprit, non pas pour faire expiation des péchez, mais pour gouverner deuement l'Eglise "^

29 Les cérémonies sont bien correspondantes à la chose. Nostre Seigneur envoyant ses Apostres h la prédication de l'Evangile, souffla sur eux •*. Par lequel signe il représenta la vertu du sainct Esprit, laquelle il meltoit en eux. Ces bons preud'homniesont retenu ce soufflemenl, et comme s'ils vomissoyeiit le sainct Esprit de leur gosier, ils murmurent sur leurs Prestres qu'ils ordonnent , disans, Recevez le sainct Esprit. Tellement ils sont adonnez à ne rien laisser qu'ils ne contrefacent perversement, je ne di pas comme basleleurs et farceurs, qui ont quelque art et manière en leurs maintiens, mais comme singes, qui sont frétillans à contrefaire toute chose sans propos et sans discrétion. Nous gardons, disent-ils, l'exemple de nostre Seigneur. Mais nostre Seigneur a fait plusieurs choses qu'il n'a pas voulu estre ensuyvies. Il a dit à ses disciples, Recevez le sainct Esprit *. 11 a dit aussi d'autre part à Lazare, Lazare sors dehors ^ Il a dit au Paralytique, Lève-toy et chemine ^.

Que ne disent-ils de mesmes à tous les morts et Paralytiques? Il a monstre une œuvre de sa vertu divine, quand en soufflant sur ses Apostres, il les a remplis de

t) Mallh. XÏVIII, 19 ; Marc XVI, 15 ; Jean XXI, 15. 2) Actes I, 8. 3) Jean XX, 22.

k) Jean XX, ii. 6) Jean XI, 43.

6) Mallh. IX, 5, Jean V, 8.

la grâce du sainct Esprit. S'ils s'etTorcent d'en faire autant, ils entreprenent sur Dieu, et quasi le provoquent au combat. Mais ils sont bien loing de l'effect : et ne font autre chose par leur folle singerie, que se mocquer de Christ. Bien est vray qu'ils sont si effrontez, qu'ils osent dire que le sainct Esprit est conféré par eux. .Mais l'expérience monstre conibien cela est vray : par laquelle nous cognoissons évidemment que tous ceux qui sont consacrez pour Prestres, de chevaux devienent asnes, et de fols, enragez. Toutesfois je ne leur fay point de combat de cela : seulement je réprouve ceste cérémonie laquelle ne se devoit point tirer en conséquence : et qui a esté prinse de Christ pour un signe spécial du miracle qu'il faisoit : tant s'en faut (\ne l'excuse qu'ils prenent d'estre imitateurs de Christ, leur doyve aider.

30 D'avantage, de qui ont-ils prins l'Onction ? Ils respondent qu'ils l'ont prinse des tils d'Aaron, desipiels est descendu le commencement de leur ordre ^ Ils aiment doncques mieux se défendre d'exemples mal appliquez, que confesser que ce qu'ils font témérairement, soit leur invention. Au contraire, ils ne considèrent point qu'en se maintenant estre successeurs des fds d'Aaron, ils font injure à la Prestrise de Jésus-Christ, laquelle seule a esté figurée par les Prestrises lévitiques : et pourtant elles ont esté toutes accomplies et Unies en icelle, et par ce moyen ont cessé, comme nous avons desjà quelquesfois dit, et l'Epistre aux Hébrieux sans nulle glose le tesmoigne *. Et s'ils se délectent si fort des cérémonies mosaïques, que ne font-ils encores des sacritices de bœufs, de veaux et d'agneaux? Ils retienent bien encores une grande partie du Tabernacle et de toute la religion judaïque : mais cela leur défaut, qu'ils ne sacrifient point de veaux et de bœufs. Oui est-ce qui ne voit ceste observance d'Onction estre beaucoup plus dangereuse et pernicieuse que la Circoncision, principalement quand elle est conjoincte avec une superstition et opinion pharisaïque, de la dignité de

i) Sentent., Ub. IV, distinct. XXIV, cap. VIII, et in Canon., dist. XXI, cap. I. 2) Héb. X, S.

l'œuvre? Les Juifs meltoyent une confiance de leur justice en la Circoncision: ceux-ci mettent en l'Onction les grâces spirituelles. Pourtant ils ne se peuvent faire imitateurs des Lévites, qu'ils ne soyent apostats de Jésus-Christ, et renoncent à l'office de Pasteurs.

31 Voylà leur belle huile sacrée, qui imprime un caractère qui ne se peut effacer, et qu'ils appellent indélébile. Comme si l'huile ne se pouvoit oster et nettoyer de poudre et de sel : ou, si elle est trop fort entachée, de savon. Mais ce caractère est spirituel. Quelle société a l'huile avec l'âme? Ont-ils oublié ce qu'ils allèguent de sainct Augustin? que si on sépare la Parole de l'eau il ne restera plus que l'eau : car c'est parla Parole qu'elle est faite Sacrement *. Quelle Parole monstreronl-ils en leur graisse ? Sera-ce le command(MTient qui fut fait à Moyse, d'oindre les fils d'Aaron ^? Mais il luy fut pareillement commandé de toutes les robbes sacerdotales et autres paremens desquels devoitestre vestu Aaron, et des accoustremens dont ses enfans devoyent eslre ornez. D'avantage, de tuer un veau, et d'en brusler le sang : de trancher des moutons et les brusler, et de consacrer les aureilles et vestemens d' Aaron et de ses enfans du sang de l'un des moutons, et autres cérémonies innumérables, lesquelles je m'esbahi comment ils ont toutes omises, s'arrestaiis à la seule Onction. Et s'ils aiment d'estre arrousez, pourquoy plustost d'huile que de sang? Certes ils machinent une chose ingénieuse, de faire une religion à part, composée de Chreslienté, Juifverie, Paganité, comme cousue de plusieurs pièces. Leur Onction doncques est puante, puis qu'elle a faute de sel, c'est-à-dire de la Parole de Dieu. Reste l'imposition des mains, laquelle je confesse bien pouvoir estre nommée Sacrement, quand on en useroil comme il faut en faisant une vraye promotion de ministres légitimes : mais je nie qu'elle ait lieu en ceste farce qu'ils jouent, en ordonnant leurs Preslres; car ils n'ont nul commandement, et ne regardent point à la fin où tend la pro-

i) Décret. I, quœst. I, cap. Delract.

î) Ex. XXX, 30.

messe. Si doncques ils veulent qu'on leur permette le signe, il faut qu'ils l'accomodent à la vérité, pour laquelle il a esté institué ou introduit.

32 Quant à l'ordre des Diacres, nous serions bien d'accord si cest office estoit restitué en sa pureté entière, telle qu'il l'a eue sous les Apostres et en l'Eglise ancienne. Mais les Diacres que nous forgent ces gens-ci, qu'ont-ils de semblable? Je ne parle point des personnes, afin qu'ils ne se complaignent qu'on leur face injure, d'estimer leur doctrine par les vices des hommes: mais je maintienqu'ils font desraisonnablement, de prendre pour leurs Diacres, tels que par leur doctrine ils nous les peignent, tesm{jignage de ceux qui furent ordonnez par l'Eglise apostolique. Ils disent qu'il appartient à leurs Diacres d'assister aux Prestres, et de ministrer en tout ce qui est requis aux Sacremens, comme au Baistesme et au Chresme : de mettre le vin dedans le calice, et le pain en la patène, d'ordonner bien l'autel, porter la croix, lire l'Evangile et l'Epistreau peuple. Y a-il en tout cela un seul mot du vray office des Diacres? Maintenant oyons comme ils font leur institution? L'Evesque seul pose la main sur le Diacre qu'il ordonne, il luy colloque sur l'espaule gauche l'eslolle, alin qu'il entende qu'il a prins le joug léger de Dieu, pour assujelir à la crainte de Dieu tout ce qui appartient au costé gauche : il luy baille un texte d'Evangile, afin (pi'il s'en cognoisse estre proclamateur. Qu'est-ce qu'appartienent toutes ces choses aux Diacres? Car Us ne font autre chose que comme si quelqu'un voulant ordonner des Apostres, les commetioit à encenser, parer les images, allumer des cierges, bailler les temples, tendre aux soris, et chasser les chiens. Qui est-ce qui souffriroit que telles manières de gens fussent nommez Apostres, et fussent accomparez aux Apostres de Christ? Ci-après doncques qu'ils ne nous introduisent point pour Diacres ceux qu'ils n'ordonnent sinon à leurs farces et baslelleries. Ils les appellent aussi Lévites, déduisans leur origine des fils de Lévi. Ce que je leur concéderay, s'ils confessent aussi ce qui est vray, qu'en

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