‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 332 sur 346 · LIVRE IV, CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE XIX

renonçant Jésus- Christ ils retournent aux cérémonies l<'!viti(iues, et aux ombres de la Loy mosaïque.

33 Touchant lesSousdiacres,qu'est-il mestier d'en parler? Car comme ainsi soit (jue jadis ils eussent le soin des povres, on leur a attribué je ne sça\ (|uel estât frivole, d'apporter les burettes et le mantii près de l'autel, donner à laver aux Prestres, colloquer sur l'autel le calice et la patène, et choses semblables. Car ce qu'ils disent de recevoir les offrandes, c'est de ce qu'ils engloutissent et dévorent. La cérémonie dont ils usent pour les mettre en possession de leur office, est bien convenable à cela : c'est que l'Evesnue leur baille en la main le calice et la patène : l'Archediacre, la burette avec l'eau, et telles manigances de leur fripperie. Ils veulent que nous pensions que le sainct Esprit soit enclos en ces badinages : mais à qui est-ce qu'ils le pourront persuader? Pour faire lin, et que nous n'ayons à répéter de plus haut ce qui a esté paravant exposé, ceci pourra satisfaire à ceux qui se rendront dociles et modestes , ausquels ce livre est addressé : c'est qu'il n'y a nul Sacrement, sinon où apparoist une cérémonie conjoincle avec la promesse : ou plustost, sinon où la promesse reluit eu la cérémonie. Yci on ne voit une seule syllabe de promesse spéciale. En vain doncques on y chercheroil cérémonie, pour confermer la promesse. Derechef, on n'y voit cérémonie aucune ordonnée de Dieu : il n'y peut doncques avoir Sacrement.

Du Mariage.

34 Le dernier Sacrement qu'ils content, est Mariage : lequel comme chacun confesse avoir esté institué de Dieu, aussi d'autre part nul n'avoit apperceu que ce fust un Sacrement, jusques au temps du Pape Grégoire. Et qui eust esté l'homme de sens rassis qui s'en fust advisé? C'est certes une ordonnance de Dieu bonne et saincte. Aussi sont bien les mesliers de laboureurs, maçons, cordonniers et barbiers : qui toutesfois ne sont pas Sacremens. Car cela n'est pas seulement requis au Sacrement, que ce

soit une œuvre de Dieu : mais il faut que ce soit une cérémonie extérieure ordonnée de Dieu, pour confermer quelque promesse. Ou'i! n'y ait rien tel au mariage, les enfans mesnies en pourront juger. 3Iais ils disent que c'est un signe de chose sacrée : c'esl-à-dire, de la conjonction spirituelle de Christ avec l'Eglise. Si par ce mot de Signe, ils en tendent une marque ou enseigne qui nous ait esté proposée de Dieu pour soustenir nostre foy, ils n'approchent point du but. S'ils enlendent simplement un signe, ce qui est produit pour similitude, je monsireray comment ils arguent subtilement. Sainct Paul dit, Comme une estoille diffère de l'autre en clairté : ainsi sera la résurrection des morts *. Voylà un Sacrement. Christ dit, Le royaume des cieux est semblable à un grain de sénevé. En voylà un autre. Derechef, Le royaume des cieux est semblable au levain ^. Voylà un troisième. Isaïe dit. Le Seigneur conduira son troupeau comme un pasteur^. Voylà le quart. En un autre passage, Le Seigneur sortira comme un Géan ^ Voylà le cinquième. Et quand en seroitla fin? Il n'y auroit rien qui selon ceste raison ne fust Sacrement. Autant qu'il y auroit de similitudes et paraboles en l'Escriture, autant y auroit-il de Sacremens. Et mesmes larrecin sera ainsi Sacrement : d'autant qu'il est escrit, Le jour du Seigneur sera comme un larron'*. Qui pourroit endurer ces Sophistes habillans si follement? Je confesse bien que toutes les fois que nous voyons quelque vigne, il est trèsbon de réduire en mémoire ce que dit nostre Seigneur : Je suis la vigne, vous estes les ceps, mon Père en est le laboureur *. Quand un berger se présente devant nous, qu'il est bon de nous souvenir de la Parole de Christ, quand il dit, Je suis le bon berger : mes brebis escoutent ma Parole ^ Mais si quelqu'un venoit à faire des Sacremens de telles similitudes, il le faudroit envoyer au médecin.

35 Toutesfois ils allèguent les paroles

0 1 Cor. XV, 41.

3) Is. XL, M.

5) 1 Thess. V, 2. 7) Jean X, 11,27

2) Matlh. Xni, 32, 33.

k) U. XLII, 13.

6) Jean XV, 1,

de sainct Paul, ausquelles ils dist'iU que le nom de Sacrement est attribué à Mariage. Les paroles sont, Qui aime sa femme, il s'aime soy-mesme. Nul jamais n'a eu sa chair en haine : mais il la nourrit el entrelient conmie Christ l'Eglise. Car nous sommes membres de son corps, de sa chair et de ses os: pour ceste cause l'homme laissera son père et sa mère , et sera conjoincl avec sa femme, et seront deux en une chair. Ce sacrement est grand : je di en Christ et en son Eglise ^ ftlais de traitter en ceste façon les Escritures, c'est confondre le ciel avec la terre. Sainct Paul pour nionstrer aux maris (juelle amitié singulière ils doyvent porter à leurs femmes, leur propose Christ pour exemple, Car comme iceluy a espandu tous les thrésors de douceur envers l'Eglise, à laquelle il s'estoit conjoincl, il faut qu'un chacun se maintiene en telle affection avec sa femiDe. 11 s'ensuyt après, Oui aime sa femme s'aime soy-mesme, comme Christ a aimé son Eglise. Or pour déclairer comment Christ a aimé l'Eglise comme soy-mesme, voire plustost comment il s'est fait un avec l'Eglise son espouse, il lire à luy ce que Moyse récite avoir esté dit par Adam. Car quand nostre Seigneur eut amené Eve devant Adam, laquelle il savait bien avoir esté formée de sa cosle, il dit, Ceste-ci est os de mes os, el chair de ma chair ^. Sainct Paul lesmoigne que tout cela a esté accomply en Christ et en nous, (juand il nous appelle membres de son corps, de sa chair, de ses os, ou plustost une chair avec luy. A la lin il conclud par une exclamation, disant, C'est un grand mystère. Et afin que nul ne s'abusast à l'ambiguïté, expressément il met ([u'il n'entend pas de la compagnie charnelle de l'homme et de la femme, mais du mariage spirituel de Christ et son Eglise. Et vrayement c'est un grand secret et mystère que Christ a souffert qu'une cosle luy fust ostée, dont nous fussions formez : c'est-à-dire, que comme ainsi fust qu'il fust fort, il a voulu estre foible, alin que de sa verlu nous fussions

1) Ephés.V, 2S-33

2) Gen. U, '

corroborez : tellement que nous ne vivions pas seulement, mais qu'il vive en nous.

36 Ils ont esté trompez du mot de Sa- (Tement qui est en la translation commune. 31ais esloit-ce raison que toute l'Eglise porlasl la peine de leur ignorance? Sainct Paul avoit usé du nom de î\iystère, (jui signitie Secret : leiiuel combien que le translateur peust exposer Secret, ou bien le laisser en son entier, veu qu'U est assez accoustumé entre les Latins, il l'a mieux aimé exposer par Sacrement : non pas toutesfois en autre sens «jue sainct Paul avoit dii en Grec, Mystère. Qu'ils voisenl maintenant crier contre la cognoissance des langues , nar l'ignorance desquelles ils s'abusent en une chose si facile et si manifeste. Mais pourquoy en ce lieu s'arrestent-ils tant en ce mot de Sacrement, et (juand bon leur semble ils le laissent légèrement passer, sans y prendre garde? Car le translateur l'a aussi bien mis en l'Epistre première à Timothée*, et en ceste mesme Epistre aux Ephésiens plusieurs fois^, non en autre signitication par tout, que pour Mystère. Encores qu'on leur pardonne ceste faute, si faloit-il toutesfois qu'en leur mensonge ils eussent boime mémoire, pour ne se point contredire. Maintenant après avoir orné le Mariage du tiltre de Sacrement, l'appeller immondicité, pollution et souilleure charnelle, quelle inconstance et légèreté est-ce? Quelle absurdité esi-ce d'interdire aux Prestres un Sacrement? S'ils nient qu'ils leur défendent le Sacrement, mais la volupté de l'acte charnel, si n'eschappent-ils pas encores ainsi. Car ils enseignent que l'acte charnel est Sacrement, et que par iceluy est tigurée l'union laquelle nous avons avec Christ en conformité de nature, d'aulant que l'homme et la femme ne sont pas faits une chair, sinon en conjonction charnelle. Combien qu'aucuns d'eux ayent yci trouvé deux Sacremens, l'un de Dieu et de l'âme, au liancé el en la fiancée : l'autre de Christ et l'Eglise, au mari et en la femme. Quoy qu'il en soit, néantmoins selon leur dire l'acte

i) i Tim. III, 9.

i) Ephés. I, 9.

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