‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 336 sur 346 · LIVRE IV, CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE XX

vions pnisiblemeiU sou? rux, en loute crainic de Dieu el lionnostelé^ Par lesquels mois il appert (ju'il les fait tuteurs ou gariiieus de Testât de l'Eglise.

6 A (juoy les Magistrats doyvenl bien penser continuellement : veu que cesle considéraiion leur peut eslre un bon aiguillon pour les picquer à faire leur devoir, et leur peut apporter une merveilleuse eonsokilion, pour leur faire prendre en patienee les diflicullés et. fascheries qu'ils ont à porter en leur oflice. Car à combien grande intégrité, priulence, clémence, modération et innocence se doyvent-ils ranger et reigler, (juand ils se cognoissenl estre ontlonnez ministres de la justice divine? En quelle conliaiice oseront -ils donner entrée à ([uelque iniquité en leur siège, lequel ils entendront estre le tbrone de Dieu vivant? En quelle bardiesse prouoncerout-ils sentence injuste de leur bouche, laquelle ils cognoistront estre destinée pour estre organe de la vérité de Dieu? En quelle conscience signeront-iis quelque mauvaise ordonnance de leur main, laquelle ils sçauroiit estre ordonnée pour escrire les arrestsde Dieu? En somme, s'ils se souvienent qu'ils sont vicaires de Dieu , ils ont à s'employer de toute leur estude, et mettre tout leur soin de représenter aux hommes en tout leur faict, comme une image de la Providence, sauvegarde, bonté, douceur el justice de Dieu. D'avantage, ils ont à se mettre tousjours devant les yeux, que si tous ceux qui besongnent laschement en l'œuvre de Dieu sont maiulils-, quand il est question de faire sa vengence, par plus forte raison ceux-là sont maudits, qui en si juste vocation versent desloyaument. Pourtant Moyse et josaphat, voulans exhorter leurs Juges à faire leur devoir, n'ont rien peu trouver pour mieux esmouvoir leur cœur, que ce que nous avons récité cidessus : c'est asçavoir, Voyez que vous ferez : car vous n'exercez point justice au nom des hommes, mais au nom de Dieu, lequel vous assiste aux jugemens. Maintenant doncques la crainte de Dieu soit sur vous, rt regardez de faire comme il

1) 1 Tim. U, J.

Jér. •«^r.t'iir, 10.

appartient : car il n'y a point de perversité envers le Seigneur nnstre Dieu-'. Et en un autre lieu il est dit, que Dieu s'est assis en la compagnie des dieux : et (ju'au milieu des dieux il fait jugement^. Ce qui doit bien toucher les canirs des supérieurs. Car par ce ils sont enseignezqu'ils sont comme lieutenans de Dieu, auquel ils auront à rendre conte de leur charge. Et à bon droict les doit bien picquer cest advertissement : car s'ils font (pielque faute, ils ne font pas seulement injure aux hommes, lesquels ils tormentent injusiement, mais aussi à Dieu, duquel ils polluent les sacrez jugemens. Derechef, ils ont à se consoler trèsampleraent, en considérant que leur vocation n'est pas chose profane ny estrange d'un serviteur de Dieu : mr.is une charge trèssaincte, veu qu'ils font mesmes et exécutent l'oflice de Dieu.

7 Au contraire, ceux qui ne se tienent pas conlens de tant de tesmoignages de l'Escriture, qu'ils ne blasmeqt encores ceste saincte vocation comme chose du tout contraire à la religion et piété chrestienne, que font-ils autre chose que brocarder Dieu mesme, sur lequel chéent tous les reproches qu'on fait à son ministère? Et certes telle manière de gens ne réprouvent point les supérieurs, à ce qu'ils ne régnent sur eux, mais du tout ils rejettent Dieu. Car si ce qui fut dit par iiostre Seigneur du peuple d'Israël , est véritable : c'est qu'ils ne pouvoyent souffrir qu'il régnast sur eux, pourtant qu'ils avoyent rejette la domination de Samuel ■': i'ourquoy ne sera-il aujourd'huy aussi bien dit de ceux qui prenenl licence de inesdire contre toutes les prééminences oi'données de Dieu? Mais ils objectent (pie nostre Seigneur défend à tous Chrestiens de ne s'entremettre de royaume ou supérioritez, en ce qu'il dit à ses disci- . pies, que les Rois des gens dominent sur 1 icelles : mais qu'il n'est pas ainsi entre ) eux, où il faut (|ue celuy qui est le pre- ! mier, soit fait le plus petit*. 0 les bons expositeurs! Une contention s'estoit eslevée entre les Apostres, lequel seroil entre

1) Deut. 1, 16 ; î Chron. XIX, 6.

2) Ps. LXXXU, 1 ; Is. III, 14.

3) 1 Sam. VIII, '

4 Luc XXII, 25. Ï6.

eux estimé de plus grande dignité. Nostrc Seigneur pour réprimer ceste vaine ambition , déclaire que leur ministère n'est pas semblable aux royaumes, ausquels un précède comme chef sur tous les autres. Qu'est-ce, je vous prie, que ceste comparaison diminue de la dignilé des Rois : et mesmes que prouve-elle du tout, sinon que l'esiat royal n'est pas

i ministère apostolique ? D'avantage , combien qu'il y ait diverses formes et espèces de supérieurs : toutesfois ils ne diffèrent r.en en ce point, que nous ne les devions tous recevoir pour ministres ordonnezde Dieu. Car sainctPaulacomprins toutes lesdites espèces quand il a dit qu'il n'y a nulle puissance que de Dieu ^ Et celle qui est la moins plaisante aux hommes, est recommandée singulièrement par-dessus toutes les autres : c'est asçavoir la seigneurie et domination d'un seul homme, latjuelle pourtant (ju'elle emporte avec soy une servitude commune de tous, excepté celuy seul au plaisir duquel elle assujetit tous les autres, elle n'a jamais esté agréable à toutes gens d'excellent et haut esprit. 3Iais l'Escriture d'autre part, pour obvier à ceste malignité des jugemens humains, afferme nommément que cela se fait par la providence de la sapience divine, que les Rois régnent^ : et en spécial commande d'honorer les Rois ^.

8 Et certes c'est vaine occupation aux hommes privez: lesquels n'ont nulle authorité d'ordonner les choses publiques, de disputer quel est le meilleur estât de police. Et outre c'est une témérité d'en déterminer simplement, veu que le princi|ial gisl en circonstances. Et encores quand on compareroit les polices ensemble sans leurs circonstances, il ne seroil pas facile à discerner laquelle seroit la plus utile : tellement elles sont quasi égales chacune en son pris. On conte trois espèces de régime civil : c'est asçavoir. Monarchie, qui est la domination

* d'un seul, soit qu'on le nomme Roi, ou Duc, ou autrement : Aristocratie, qui est

s une domination gouvernée par les principaux et gens d'apparence : et Démo-

0 Rom. XIII, 1.

3) 1 Pierre II, 17.

2) Prov. Vni, IS.

cratie, q"ui est une domination populaire, en laquelle chacun du peuple a puissance. Il est bien vray qu'un Roy ou autre à qui appartient la domination , aisément décline à estre tyran. Mais il est autant facile quand les gens d'apparence ont la supériorité, qu'ils conspirent à eslever une domination inique : et encores il est beaucoup plus facile, où le populaire a authorilé, qu'il esmeuve sédition. Vray est que si on fait comparaison des trois espèces de gouvernemens que j'ay récitées, que la prééminence de ceux qui gouverneront tenans le peuple en liberté, sera plus à priser: non point de soy, mais pource qu'il n'advien* pas souvent, et est quasi miracle, que les Rois se modèrent si bien, que leur volonté ne se fourvoyé jamais d'équité et droicture. D'autre part, c'est chose fort rare qu'ils soyent munis de telle prudence et vivacité d'esprit, que chacun voye ce qui est bon et utile. Parquoy le vice, au défaut des hommes, est cause que l'espèce de supériorité la plus passable et la plus seure, est que plusieurs gouvernent, aidans les uns aux autres, et s'advertissans de leur oftice, et si quelqu'un s'eslève trop haut, que les autres luy soyent comme censeurs et maislres. Car cela a tousjours esté approuvé par expérience : et Dieu aussi l'a confermé par son authorilé, quand il a ordonné qu'elle eust lieu au peuple d'Israël, du temps qu'il l'a voulu tenir en la meilleure condition qu'il estoit possible, jusques à ce qu'il produisist l'image de nostre Seigneur Jésus en David, Et de faict, comme le meilleur estât de gouvernement est cestuy-là, où il y a une liberté bien tempérée et pourdurer longuement: aussi je confesse que ceux qui peuvent estre en telle condition sont bien heureux, et di qu'ils ne font que leur devoir, s'ils s'employent constamment à s'y maintenir. Mesmes les gouverneurs d'un peuple libre doyvent appliquer toute leur estude à cela, que la franchise du peuple, de laquelle ils sont protecteurs, ne s'amoindrisseaucunement entre leurs mains.

Que s'ils sont nonchalans à la conserver, ou souffrent qu'elle s'en aille?» en décadence, ils sont iraistres et desloyaux.

Mais si ceux qui par la volonté de Dieu

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