‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 36 sur 346 · LIVRE 111, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE 111, CHAPITRE IV

forme nous voyons la confession du Publicain estre composée : Seigneur, sois propice à moy qui suis pécheur' ; comme s'il disoit, Tout ce qui est en moy n'est autre chose que péché, tellement que ma pensée ne ma langue n'en peut comprendre la grandeur ; que l'abysme doncques de la miséricorde engloutisse l'abysme de mes péchez. Quoy doncques? dira yci quelqu'un, ne faut-il pas confesser chacun péché? N'y a-il doncques confession agréable à Dieu, sinon celle qui est enclose en ces trois mots. Je suis pécheur? Je respon, que [lustostil nous faut estudier d'exposer, entant qu'il est en nous, tout nostre cœur devant Dieu : et non pas seulement de nous confesser pécheurs, mais pour nous réputer véritablement tels, de recognoistre de toute nostre cogitation combien est grande et diverse l'ordure de nos péchez, de non pas seulement nous recognoistre immondes, mais de réputer quelle est nostre immondicité, et combien grande et en combien de parties : de non pas seulement nous recognoistre debteurs, mais réputer de combien de debtes nous sommes chargez et oppressez : de non pas seulement nous recognoistre blessez, mais de combien et griefves et mortelles playes nous sommes navrez. Néantmoins quand un pécheur se sera descouvert à Dieu en telle cognoissance : encores faut-il qu'il pense pour vray, et qu'en sincérité il juge que beaucoup plus de maux luy restent qu'il ne peut estimer : et que la profondité de sa misère est telle, qu'il ne la sçauroit bien esplucher, n'en trouver la fin. Et pourtant qu'il s'escrie avec David, Oui entendra ses fautes ? Seigneur purge-moy de mes maux occultes^. Oulreplus, en ce qu'ils afferment les péchez n'estre point remis, sinon sous condition qu'on ait certain propos de se confesser, et que la porte de Paradis est close à ceux qui en auront omis l'opportunité : jà n'advienne que nous leur accordions ce point : car la rémission des péchez n'est pas maintenant autre qu'elle a lousjours esté. Tous ceux que nous lisons avoir obtenu de Christ la rémission de leurs péchez, ne

1) Luc XVIII, 13.

Ps. XIX, 13.

sont pas dilss'estre confessez h l'aureille de quelque messire Jehan. Et certes ils ne se pouvoyent confesser, veu qu'il n'y avoit lors ne confesseurs, ne confession mesmes : et encores longues années après a es!é ceste confession incognue, auquel temps les péchez ont esté remis sans la condition qu'ils requièrent. Mais afin que nous ne disputions comme d'une chose douteuse, la Parole de Dieu, hupielle demeure éternellement, est manifeste. Toutes les fois que le pécheur se repentira, j'oublieray toutes ses iniquitez^ Celuy qui ose adjouster à ceste Parole ne lie pas les péchez, mais la miséricorde de Dieu. Car ce qu'ils allèguent, qu'on ne peut pas asseoir jugement sinon que la cause soit cognue, et pourlant qu'un prestre ne peut absoudre devant que d'avoir entendu le mal : la solution est facile, que ceux qui se sont créez juges d'eux -mesmes, usurpent témérairement ceste authorité. Et c'est merveille comment ils usent de telle présomption à se forger des principes, lesquels nul de sain jugement ne leur accordera. Ils se vantent que la charge leur est donnée de lier et deslier. Voire, comme si c'estoit une jurisdictlon qui s'exerçast par forme de procès. Or que ce droict qu'ils prétendent ait esté incognu aux Apostres, toute leur doctrine en crie haut et clair. Et de faict il n'appartient point à un prestre de sçavoir pour certain si le pécheur est absous : mais à celuy duquel il faut demander l'absolution, asçavoir à. Dieu :

veu que celuy qui oit ne pourra jamais sçavoir si la confession est deuement faite. Parquoy l'absolution seroit nulle, sinon qu'elle fust restreinte aux paroles de celuy qui se confesse. Il y a encores plus, que toute la vertu d'absoudre gist en la foy et repen tance de celuy qui demande paçdon. Or ces deux choses ne peuvent estre cognues à un homme mortel, pour en donner sentence. Il s'ensuit doncques que la certitude de lier et deslier n'est point sujette à la cognoissance d'un juge terrien; tellement qu'un ministre de la Parole en exécutant deuement son office ne peut absoudre que

1) Eiéch. XVni, îî.

INSTITUTION GHRESTIENNE.

condilionnellement : mais que ceste sentence est prononcée en faveur des povres pécheurs : Ce que vous nurez remis en terre, sera remis au ciel , afin qu'ils ne doutent point que la grâce qui leur est promise par le commandement de Dieu, sera ralillée au ciel.

19 Ce n'est pas doncques de merveilles si nous rejettons ceste confession auriculaire : chose si pestilenie, et en tant de manières pernicieuse à l'Eglise. Et mesmes quand ce seroit une chose indifférente, toutesfois veu qu'elle n'apporte aucun fruit ni utilité, au contraire a esté cause de tant d'erreurs, sacrilèges et impiélez, qui sera celuy qui ne dise qu'elle doit estre abolie? Bien est vray qu'ils racontent aucuns proufils lesquels ils disent en provenir, et les font valoir le plus qu'ils peuvent : mais ils sont tous ou controuvez ou frivoles. Ils en ont un en singulière recommandation par-dessus les autres : c'est asçavoir que la honte de celuy qui se confesse est une griefve peine par laquelle il est fait plus advisé pour le temps advenir, et prévient la vengence de Dieu en se punissant soy-mesme. Comme si nous ne confondions point l'homme d'une assez grande honte, quand nous l'appelons à ce haut siège céleste, et au jugement de Dieu : et comme si c'estoit beaucoup proufité, quand pour honte d'un homme nous laissons de pécher, n'ayans honte aucune d'avoir Dieu tesmoin de noslre mauvaise conscience.

Combien que leur dire mesme soit trèsfaux. Car on voit communément à l'œil, que les hommes ne s'acquièrent si grande hardiesse ne licence de mal faire d'autre chose, sinon quand ayans fait leur confession au prestre , ils estiment qu'ils peuvent torcher leur bouche, et dire qu'ils n'ont rien fait. Et non-seulement sont faits plus hardis à pécher tout au long de l'an, mais ne se soucians de confession pour le reste de l'année, ne souspirans point à Dieu, jamais ne reviennent à se considérer en eux-mesmes : mais assemblent péchez sur péchez, jusques à ce que, comme il leur est advis, ils les desgorgent tous ensemble une fois. Or quand il les ont desgorgez, ils se pensent bien cslre deschargez de leur far-

deau, et avoir osté le jugement de Dieu, lequel ils ont donné et transféré au prestre : et cuident avoir fyit que Dieu ait oublié ce qu'ils ont fait cognoistre au prestre. D'avantage, qui est celuy qui de bon courage voit approcher le jour de confesse? Qui est celuy qui y va d'un franc cœur? et non plustost comme si on le tiroit en prison par le collet, y vient maugré son cœur et par force? Fors possible les prestres, qui se délectent joyeusement de réciter leurs faits les uns aux autres, comme de faire plaisans contes. Je ne souilleray beaucoup de papier à réciter les horribles abominations desquelles est plene la confession auriculaire : seulement je dy : Si le sainct homme Nectarius (duquel nous avons ci-dessus parlé) ne lit pas inconsidérément en estant de son Eglise ceste confession, ou plustost l'abolissant de toute mémoire, pour un seul bruit de paillardise : nous sommes aujourd'huy assez advertis d'en faire autant, pour les infinis macquerelages , paillardises, adultères et incestes qui en procèdent.

20 Ce qu'ils mettent en avant la puissance des clefs, et qu'en icelles ils colloquent toute la force de leur règne, nous avons à veoir que cela vaut. Les clefs doncques, disent-ils, auroyent-elles esté données sans cause? Auroit-il sans cause esté dit. Tout ce que vous aurez deslié sur ferre, sera deslié au ciel* ? Rendons-nous doncques la Parole de Christ frustratoire? Je respon qu'il y a eu assez grand'cause pourquoy les clefs furent données : comme j'ay desjà monstre n'aguères en partie, et sera encorés mieux exposé en traittanl de l'excommunication, niais que sera-ce, si d'un seul Cousteau je coupe la broche à toutes telles demandes, niant que leurs prestres soyent vicaires ne successeurs des Apostres? Toutesfois ce point sera encores traitté ailleurs. Maintenant de ce dont ils se veulent bien munir, ils dressent une machine pour renverser toutes leurs forteresses. Car Christ n'a pas oitroyé à ses Apostres la puissance de lier et soudre, devant que leur avoir eslargi le sainct

1) Matlli. XVIII, 18.

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