‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 47 sur 346 · LIVRE III, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE V

combatre contre Dieu d'une malice destinée , car une telle rébellion emporte la mort éternelle : car quiconque se sera efforcé de propos délibéré d'esteindre la lumière de l'Esprit à luy présentée, n'obtiendra pardon ni en ceste vie, laquelle est assignée aux pécheurs pour se convertir : ni au dernier jour, auquel les Anges de Dieu sépareront les agneaux des boucs, et purgeront le royaume de Dieu de tout scandale. Ils ameinent aussi ceste parabole de sainct Matthieu, Accorde avec ta partie adverse, alin qu'elle ne t'ameine devant le juge, et le juge ne te livre au sergent, et le sergent ne te mette en prison ; dont tu ne puisses après sortir devant qu'avoir payé jusques à la dernière maille ^ Je respon que si le juge signifie Dieu en ce passage, la partie adverse signifie le diable, le sergent un Ange, la prison purgatoire : je leur donne gaigné. Mais si c'est chose notoire , que Christ a voulu là monslrer à combien de dangers s'exposent ceux qui aiment mieux poursuyvre leurs querelles et procès jusques au dernier bout, que de transiger amiablement, alin de nous inciter par cest advertissement à demander tousjours concorde avec tout le monde : où est-ce que sera là trouvé purgatoire ?

Brief, que le passage soit regardé et prins en sa simple intelligence , et il n'y sera rien trouvé de ce qu'ils prétendent.

8 Ils prenent aussi une probation de ce que dit sainct Paul , que tout genouil sefleschira devant Christ, tant de ceux qui sont au ciel, comme en terre, et aux enfers^: car ils prenent cela pour tout résolu, que par ceux d'enfer on ne peut entendre ceux qui sont en la mort éternelle : pourtant il reste que ce soyent les âmes de purgatoire. Ce ne seroit point mal argué à eux, si par le mot d'Agenouillement l'Apostre signilioit la vraye adoration que rendent les fidèles à Dieu. Mais veu que simplement il enseigne que Jésus-Christ a receu la seigneurie souveraine du Père sur toutes créatures, quel mal y a-il, que par ceux d'enfer nous entendions les diables, lesquels certes comparoistront au throne du Seigneur,

i] Mallh. XII, 31, 32 i Marc 111, 28 ; Luc XU, 10.

1) Mallh. V, 25, 26.

2) Phil. II, 10.

pour le recognoistre leur juge avec terreur et tremblement? comme sainct Paul mesme expose en un autre lieu ceste prophétie: Nous viendrons tous, dit-il, au throne de Christ ^ Car le Seigneur dit, que tout genouil fleschira devant luy, etc. Ils répliqueront qu'on ne peut ainsi exposer ce qui est dit en l'Apocalypse : J'ay ouy toutes créatures, tant célestes que terrestres, et qui sont sous terre et en la mer, disans, Louange, honneur et gloire, et puissance es siècles des siècles à celuy qui est assis au throne, et à l'Agneau ^. Cela je leur concède volontiers : mais de quelles créatures pensent-ils qu'il soit yci parlé ? Il est plus que certain que mesmes celles qui n'ont âme ny intelligence y sont comprinses. Pourtant il n'est autre chose signifié, sinon que toutes les parties du monde, depuis le comble du ciel jusques au centre de la terre, chacune en son endroict magnifient la gloire de leur Créateur. Je ne donneray nulle response à ce qu'ils produisent de l'histoire des Machabées^, afin qu'il ne semble que je vueille advouer ce livre-là pour canonique. Ils diront que sainct Augustin le reçoit comme canonique : mais je demande, En quelle certitude ? Les Juifs, dit-il , ne tienent point l'histoire des Machabées comme la Loy et les Prophètes et les Pseaumes, ausquels le Seigneur rend tesmoignage comme à ses tesmoins , en disant qu'il faloit que ce qui a esté escrit de luy en la Loy, aux Pseaumes et aux Prophètes, fust accompli : toutesfois l'Eglise, dit-il, l'a receu, et non sans utilité, moyennant qu'on le lise sobrement*. Sainct Hiérosme sans difficulté prononce que ce n'est pas un livre qui doyve avoir authorité, pour y prendre fondement, pour y prendre quelque doctrine ou article de foy. Et en l'exposition du Symbole, qu'on attribue à sainct Cyprien, laquelle est ancienne, de quelque aulheur qu'elle soit, il est démonstré que pour lors on ne l'avoit point pour un livre canonique. Mais je suis mal advisé de me débatre en vain. Car l'autlieur mesme démonstre combien on

t) Rom. XIV, 10. î) Apoc. V, 13.

3) 2 Mach. XII, V3.

4] Cuntra sccund. Gaudcnt. Epist., cap. XXIII ; Luc XXIV, 4*.

luy doit déférer, quand il prie qu'on luy pardonne, s'il a dit quelque chose à la traverse *. Certes celuy qui confesse d'avoir mestier qu'on le supporte , et qu'on luy pardonne, proteste assez par cela, que ce qu'il dit ne doit pas estre tenu pour un arrest du sainct Esprit. Il y a d'avantage, qu'en ce qu'ils allèguent pour eux, seulement la piété de Judas Machabée est louée, en ce que pour l'espérance qu'il avoit de la dernière résurrection, il a envoyé oblation pour les morts en Jérusalem. Carl'autheur de l'histoire, quel qu'il soit, ne tire pas la dévotion de Judas jusques-là, qu'il voulust racheter les péchez par son offerte : mais afin que ceux au nom desquels il offroit, fussent accompagnez aux fidèles qui estoyent morts pour maintenir la vraye religion.

Ce faict n'a point esté sans un zèle inconsidéré : mais ceux qui tirent à nostre temps un sacrifice fait sous la Loy, sont doubles fols: veu qu'il est certain que toutes telles choses qui estoyent lors en usage : ont prins fin à la venue de Christ. 9 Mais ils ont une forteresse invincible en sainct Paul, quand il dit. Si quelqu'un en édifiant met sur ce fondement or, ou argent, ou pierres précieuses, ou bois, ou foin, ou chaume, l'œuvre d'un chacun sera manifestée par le jour du Seigneur, d'autant qu'il sera révélé en feu : et le feu discernera quelle sera l'œuvre d'un chacun. Si l'œuvre de quelqu'un brusle, il en fera perte : quant à luy, il en sera sauvé, toutesfois par le feu ^. De quel feu parle, disent-ils, sainct Paul, sinon de purgatoire, par lequel nos macules sont purgées, afin que nous entrions purs au royaume de Dieu? Je respon, que plusieurs mesmes des Anciens l'ont autrement exposé, prenans le nom de Feu pour croix et tribulation, par laquelle le Seigneur examine les siens pour les purger de toutes leurs ordures '. Et de faict, cela est beaucoup plus vray-semblable, que d'imaginer un Purgatoire.

Combien que je ne reçoy ceste opinion, pource qu'il me semble advis que j'en ay une plus certaine et plus claire. Mais devant que venir là, je leur demande s'ils

1) 2 Mach. XV, 39. 2) 1 Cor. III, 12, 15.

3) Clirjsosloiae, Auguslin, et autres.

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