‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 49 sur 346 · LIVRE III, CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE VI

d'elle à la communion de l'autel : mais je di que c'est un souhait de vieille, lequel son lils estant esmeu d'humanité n'a pas bien compassé à la reigle de l'Escriture, en le voulant faire trouver bon. Le livre qu'il a composé tout exprès de cest argument, et qu'il a intitulé. Du soin pour les morts, est enveloppé en tant de doutes, qu'il doit suffire pour refroidir ceux qui y auroyent dévotion, pour le moins en voyant qu'il ne s'aide que de conjeclures bien légères et foibles, on verra qu'on ne se doit point fort empescher d'une chose où il n'y a nulle importance. Car voyci le seul fondement oii il s'appuye : c'est qu'on ne doit pas mespriser ce qui a esté receu de long temps, et est communément accoustumé. Au reste, encores que j'accorde que les Docteurs anciens ayent estimé qu'on ne deust pas rejetter les suffrages pour les morts, si devons-nous tenir la reigle laquelle ne peut faillir : c'est qu'il n'est licite de rien mettre en avant en nos prières, que nous ayons forgé de nous-mesmes : mais plustost devons assujetir nos désirs et requestes à Dieu, pource que l'aulhorité luy appartient de nous dire ce que nous luy devons demander. Or puis qu'il n'y a pas une seule syllabe en toute la Loy et l'Evangile qui nous donne congé de prier pour les morts, je di que d'attenler plus qu'il ne nous a permis, c'est profaner son nom. Mais encores afin que nos adversaires ne se glorifient d'avoir l'Eglise ancienne pour compagne en cest erreur : je di qu'il y a grande différence. Anciennement on faisoit mémoire des trespassez, afin qu'il ne semblast advis qu'on les eust oubliez du tout. Mais les Pères anciens ont confessé qu'ils ne sça-

voyenl rien de Testât d'iceux. Certes tant s'en faut qu'ils affermassent rien de Purgatoire, qu'ils n'en parloyent qu'en doute. Ces nouveaux prophètes veulent qu'on liene leur songe pour article de foy, duquel il ne soit licite de s'enquérir. Les anciens Pères ont fait quelque mention des morts en leurs prières sobrement et peu souvent, et comme par forme d'acquit : les Papistes sont tousjours après, préférans ceste superstition à toutes œuvres de charité. Mesmes il ne me seroit pas difficile d'amener quelques tesmoignages des Anciens, qui renversent toutes les prières qui se faisoyent adoncques pour les trespassez : comme quand sainct Augustin dit. Que tous attendent la résurrection de la chair et la vie étertelle : mais que du repos qui vient après la mort, ceux qui en sont dignes en jouissent ^ Et pourtant, que tous fidèles ont un tel repos que les Prophètes, Apostres et 3Iartyrs, si tost qu'ils sont décédez. Si leur condition est telle, je vous prie, qu'est-ce que nos prières leur apporteront d'avantage ? Je laisse à parler de tant de lourdes superstitions dont ils ont ensorcelé les simples gens : et tqutesfois il y auroit matière assez ample de les pourmener en ceste campagne, veu qu'ils n'ont nulle couleur pour s'excuser, qu'ils ,ne soyent convaincus d'estre les plusvileins trompeurs qui furent jamais. Je laisse aussi les vilenes traffiques et marcbandises qu'ils ont fait" des âmes à leur plaisir, pendant que le monde a esté hébété. Car ce ne seroit jamais fait, si je vouloye déduire ce propos au long. Et d'autre part les fidèles ont assez en ce que j'ay dit, pour se résoudre en leurs consciences.

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