‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 63 sur 346 · LIVRE III, CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE IX

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de disputer yci au long contre une si grande perversité. Et de faict, j'ay du commencement protesté, que je ne vouloye point yci traiiter ujie chacune matière par forme d'exhortation. Je conseilleroye à telles gens d'un courage si timide, de lire le livre de sainct Cyprien, qu'il a intitulé, De la mortalité: n'estoit qu'ils sont dignes qu'on les renvoyé aux Philosophes, ausquels ils trouveront un contemnement de mort qui leur devra faire honte. Toutesfois il nous faut tenir ceste maxime, que nul n'a bien proufité en l'eschole de Christ, sinon celuy qui attend en joye et liesse le jour de la mort, et de la dernière résurrection. Car sainct Paul descrit tous les fidèles par ceste marque * : et l'Escriture a ceste coustume de nous rappeler là , quand elle nous veut proposer matière de resjouissance, Esjouissez-vous, dit le Seigneur, et levez la teste en haut, car vostre rédemption approche». Quel propos y a-il, je vous prie, que ce que Jésus-Christ a pensé estre propre à nous resjouir, n'engendre en nous sinon tristesse et estonnement? Si ainsi est, pourquoy nous glorifions-nous d'estre ses disciples ? Retenons-nousdonc en meilleur sens, et combien que la cupipidité de nostre chair, comme elle est aveugle et stupide, répugne, ne doutons point de souhaiter l'advénement du Seigneur comme une chose trèsheureuse :

et non-seulement par simple désir, mais jusques à gémir et souspirer après. Car il nous viendra Rédempteur pour nous introduire en l'héritage de sa gloire, après nous avoir retirez de ce gouffre de tous maux el misères.

6 Pour vray il estaigsi, c'est qu'il faut que tous fidèles, ce pendant qu'ils habitent en terre soyent comme brebis destinées à la boucherie^, afin d'estre faits conformes à leur chef Jésus-Christ. Ils seroyent doncques désespérément malheureux, sinon qu'ils dressassent leur entendement en haut pour surmonter tout ce qui est au monde, et outrepasser le regard des choses présentes*. Au contraire, s'ils ont une fois eslevé leurs pensées par-dessus les choses terriennes,

1) Tile II, 13.

3) Rom. VIII, 36.

'il

2) Luc XXI, 28.

V) 1 Cor. XV, 29.

quand ils verront les iniques fleurir en richesses et honneurs, estre en bon repos, avoir toutes choses à souhait, vivre en délices et pompes, voire mesmes quand ils seront traitiez par iceux inhumainement, quand ils endureront contumélie, quand ils seront pillez ou affligez de quelque manière d'outrage que ce soit, encores leur sera-il facile de se reconforter en tels maux. Car ils auront tousjours devant les yeux ce jour dernier, auquel ils sçauront que le Seigneur doit recueillir ses fidèles au repos de son royaume, torcher les larmes de leurs yeux, les couronner de gloire, les vestir de liesse , les rassasier de la douceur infinie de ses délices, les exalter en sa hautesse, en somme, les faire participans de sa félicitée Au contraire, jetter en extrême ignominie les iniques qui se seront magnifiez en terre , changer leurs délices en horribles tormens, leur ris et joye en pleurs et grincement de dents, inquiéter leur repos par merveilleux troubles de conscience': en somme, les plonger au feu éternel, et les mettre à la sujétion des fidèles, lesquels ils auront mal traitiez iniquement. Car ceste-ci est la justice (comme tesmoigne sainct Paul) de donner repos aux misérables et injustement affligez : et rendre affliction aux meschans, qui affligent les bons, en ceste journée-là que le Seigneur Jésus sera révélé du cieP. Yoylà certes nostre consolation unique : laquelle ostée, ou il nous sera nécessaire de perdre courage, ou bien nous flatter et amieller par soûlas vains et frivoles qui nous tourneront en ruine. Car le Prophète mesme confesse qu'il a vacillé, et que ses pieds sont quasi glissez ce pendant qu'il s'arrestoit trop à réputer la félicité présente des iniques : et qu'il n'a peu consister jusques à ce qu'il a réduit sa cogitalion à contempler le sanctuaire de Dieu, c'est-à-dire, à considérer quelle sera une fois la fin des bons et iniques*. Pour conclurre en un mot, je di que la croix de Christ lors finalement triomphe dedans les cœurs des fidèles, à rencontre du diable, delà chair,

1) Is.XXV, 8; Apoc. VII, 17.

2) 2 Thess. I, 6, 7.

S) PS. LXXIII, 2, 3, n, etc.

du pécbé, de la mort et des iniques, s'ils I regarder la puissance de sa résurrecconvertissent pareillement les yeux àltion.

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