‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 67 sur 346 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

De la justification de lafoy: et premièrement de la définition du mot, ■ et de la chose.

\ Il me semble advis que j'ay assez diligemment exposé ci-dessus, comment il ne reste qu'un seul refuge de salut aux hommes: asçavoir en lafoy, puis que par la Loy ils sont tous maudits. 11 me semble aussi que j'ay suffisamment traitlé que c'est que foy, et quelles grâces de

Dieu elle communique à l'homme, et quels fruits elle produit en luy. Or la somme a esté, que nous recevons et possédons par foy Jésus-Christ, comme il nous est présenté par la bonté de Dieu : et qu'en participant à luy, nous en avons double grâce. La première est, qu'estans

INSTlTUTlOrs CHRESTIENNE.

par son innocence réconciliez à Dieu, au lieu d'avoir un Juge au ciel pour nous condamner, nous y avons un Père trèsclairemenl. La seconde est, que nous sommes sanctifiez par son Esprit pour méditer saincteté et innocence de vie. Or quant à la régénération, qui est la seconde grâce, il en a esté dit selon qu'il me sembloit eslre expédient. La justification a esté plus légèrement touchée :

pource qu'il estoit mestier d'entendre premièrement combien la foy n'est point oisive et sans bonnes œuvres, combien que par icelle nous obtenions justice gratuite en la miséricorde de Dieu : aussi d'entendre quelles sont les bonnes œuvres des saincts, esquelles gist une partie de la question que nous avons à traitter. Il faut doncques maintenant considérer plus au long ce point de la justification de foy, et tellement considérer, qu'il nous souviene bien que c'est le principal article de la religion chrestienne, afin qu'un chacun mette plus grand'peine et diligence à en sçavoir la résolution. Car comme nous n'avons nul fondement pour establir nostre salut, si nous ne sçavons quelle est la volonté de Dieu envers nous : aussi nous n'avons nul fondement pour nous édifier en piété et crainte de Dieu. Mais la nécessité de bien entendre ceste matière apparoistra mieux de l'intelligence d'icelle.

2 Or de peur de chopper dés le premier pas (ce quiadviendroit, si nous entrions en dispute d'une chose incertaine) il nous faut premièrement expliquer que signifient ces locutions, Estre justifié devant Dieu, et Estre justifié par foy ou par les œuvres. Celuy est dit estre justifié devant Dieu qui est réputé juste devant le jugement de Dieu, et est agréable pour sa justice. Car comme l'iniquité est abominable à Dieu, aussi le pécheur ne peut trouver grâce devant sa face, entant qu'il est pécheur, et pendant qu'il est tenu pour tel. Pourtant, par tout où il y a péché, là se déclaire l'ire et la vengence de Dieu. Celuy doncques est justifié qui n'est point estimé comme pécheur, mais comme juste : et à ceste cause peut consister au Ihrone judicial de Dieu, auquel tous pécheurs trébuschent et sont confus.

Comme si quelque homme accusé à tort, après avoir esté examiné du juge, est absous et déclairé innocent, on dira qu'il est justifié en justice : ainsi nous dirons l'homme estre justifié devant Dieu, lequel estant séparé du nombre des pécheurs, a Dieu pour tesmoin et approbateur de sa justice. En cesie manière nous dirons l'homme estre justifié devant Dieu par ses œuvres, en la vie duquel il y aura une telle pureté et saincteté, qu'elle méritera tiltre de justice au siège judicial de Dieu : ou bien, lequel par intégrité de ses œuvres pourra respondre et satisfaire au jugement de Dieu. Au contraire celuy sera dit justifié par foy, lequel estant exclu de la justice des œuvres, appréhende par foy la justice de Jésus- Christ : de laquelle estant vestu, il apparoist devant la face de Dieu, non pas comme pécheur, mais comme juste. Ainsi nous disons en somme, que nostre justice devant Dieu est une acceptation, par laquelle nous recevant en sa grâce, il nous tient pour justes. Etdisons qu'icelle consiste en la rémission des péchez, et en ce que la justice de Jésus-Christ nous est imputée.

3 Nous avons plusieurs tesmoignages de l'Escrilure et bien clairs pour confermer cela. Premièrement on ne peut nier que ceste ne soit la propre signification du mot, et la plus usitée. Mais pource qu'il seroit trop long d'amasser tous les passages pour les comparer l'un à l'autre, il suffira d'en donner quelque advertissement aux lecteurs. J'en allégueray doncques quelque peu des plus exprès.

Premièrement, quand sainct Luc récite que le peuple ayant ouy Jésus-Christ, a justifié Dieu : et quand Jésus-Christ prononce que la sagesse est justifiée par ses enfans * : ce n'est pas à dire ou que les hommes donnent justice à Dieu, laquelle demeure tousjours parfaite en luy, combien que tout le monde taschede l'en despouiller : ou bien qu'ils puissent faire la doctrine de salut juste, laquelle a cela de soy-mesme. Mais le sens est, que ceux desquels il est parlé, ont attribué à Dieu et à sa Parole la louange qu'ils méri-

1 Luc VI!, 29, 35.

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