‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 75 sur 346 · Rom. III · texte numérisé non relu

Rom. III

4) Gai. UI, 21, 2

luy demander aucun loyer, sinon qu'il l'ait promis ? C'est doncques de la bénéficence de Dieu que les œuvres seront dignes du tiltre de justice, et auront loyer, si aucunement elles en peuvent estre dignes. Et de faict, toute la valeur des œuvres est fondée en ce point, quand l'homme tend par icelles de rendre obéissance à Dieu. Pourtant l'Apostre voulant prouver en un autre lieu, qu'Abraham ne pouvoit estre justifié par ses œuvres, allègue que la Loy a esté publiée environ quatre cens ans après que l'alliance de grâce luy avoit esté donnée ^ Les ignorans se mocqueroyent de cest argument, pensans qu'il y pouvoit bien avoir des bonnes œuvres devant que la Loy fust publiée. Mais pource qu'il sçavoit bien que les œuvres n'ont autre dignité, qu'entant qu'elles sont acceptées de Dieu : il prend cela comme une chose notoire, qu'elles ne pouvoyent justifier devant que les promesses de la Loy fussent données.

Nous voyons pourquoy nommément il exprime les œuvres de la Loy, voulant oster aux œuvres la faculté de justifier : asçavoir pource qu'il n'y pouvoit avoir controversie que d'icelles. Combien qu'aucunesfois simplement et sans addition il exclud toutes œuvres ; comme quand il dit que David attribue la béatitude à l'homme auquel Dieu a imputé justice .sans aucunes œuvres^. Ils ne peuvent doncques faire par toutes leurs cavillations que nous ne retenions la diction exclusive en sa généralité. C'est aussi en vain qu'ils cherchent une autre subtilité, c'est qu'ils disent que nous sommes justifiez par la seule foy, laquelle œuvre par charité : voulans par cela signifier que la justice est appuyée sur charité. Nous confessons bien avec sainct Paul, qu'il n'y a autre foy qui justifie sinon celle qui est conjoincte avec charité *. Mais elle ne prend point de charité la vertu de justifier: mesmes elle ne justifie pour autre raison, sinon qu'elle nous introduit en la communication de la justice de Christ. Autrement seroit renversé l'argument de l'Apostre, lequel il poursuyt tant vivement, quand il dit qu'à ce-

l)Gal. m, 17.

3) Gai. V, 6.

2) Rom. IV, 6.

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