‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 82 sur 346 · LIVRE llï, CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE llï, CHAPITRE XIII

qui a cognu le vouloir du Seigneur, ou a esté son conseiller* ? Il faut qu'en cest cndroict la foy nous subvient'. Il faut que la vérité nous secoure, afin que ce qui est caché de nous au cœur du Père, nous soit révélé par l'Esprit : et que son Esprit en nous rendant tesmoignage, nous persuade que nous sommes enfans de Dieu : qu'il le nous persuade , di-je,' en nous appelant, et en nous justifiant gratuitement par la foy, qui est comme le moyen entre la prédeslination de Dieu et la gloire de la vie éternelle. Brief, il nous faut ainsi conclurre : L'Escriture dénonce que les promesses de Dieu n'ont nulle vigueur et effect, qu'elles ne soyent receues de certaine fiance de cœur : d'autre part, elle déclaire que s'il y a doute ou incertitude au cœur, qu'elles sont rendues vaines. Puis après elle enseigne que nous ne pouvons autre chose que vaciller et trembler, si icelles promesses sont appuyées sur nos œuvres. Il faut doncques ou que toute justice nous soit ostée, ou que les œuvres ne vienent point en considération : mais plustost que la seule foy ait lieu, de laquelle la nature est de fermer les yeux, et dresser lesaureilles : c'est-à-dire , d'estre fichée du tout en la seule promesse de Dieu, sans avoir esgard à aucune dignité ou mérite de l'homme. Ainsi est vérifiée ceste belle promesse de Zacharie : que quand l'iniquité de la terre aura esté effacée, un chacun appellera son voisin sous sa vigne et sous son figuier^. Auquel lieu le Prophète signifie, que les fidèles n'ont autre jouissance de paix, qu'après avoir obtenu rémission de leurs péchez. (Car il faut entendre la coustume ordinaire des Prophètes : c'est que quand ils traittent du règne de Christ, ils proposent les bénédictions terriennes de Dieu comme figures, pour nous représenter les biens spirituels.) De là vient aussi que Christ est nommé maintenant Roy de paix^ maintenant Nostre paix*^ : pource que c'est luy qui appaise tous les troubles de la conscience. Si on demande par quel moyen : il faut nécessairement venir au sacrifice, par lequel Dieu a esté appaisé. Car jamais

1) 1 Cor. Il, 16.

S) Is.lX, 5.

a) z^ch. III, 10.

4) Epliés. II, l't.

l'homme ne cessera de trembler en soymesnie, jusques à ce qu'il viene à se bien résoudre que Dieu nous est fait propice seulement par la satisfaction que Christ a faite en portant la pesanteur de son ire. Brief , il ne nous faut chercher paix ailleurs qu'aux espovantemens et frayeurs de Christ nostre Rédempteur.

5 Mais qu'est-ce que j'ameine un tesmoignage aucunement obscur, veu que sainct Paul déclaire si ouvertement par tout qu'il n'y demeure nulle joye paisible aux consciences, si ce point n'est résolu, que nous sommes justifiez par foy? Il explique quant et quant dont vient telle certitude : asçavoir quand l'amour de Dieu est espandue en nos cœurs par le sainct Esprit* : comme s'il disoit que nos âmes ne peuvent autrement estre appaisées, que nous ne soyons du tout persuadez que nous sommes agréables à Dieu. Et voyià pourquoy ailleurs il s'escrie en la personne de tous fidèles : Qui est-ce qui nous séparera de l'amour de Dieu qui est en Jésus-Christ ^ ? Car jusques à ce que nous soyons arrivez à ce port, nous tremblerons à chacune bouffée de vent : mais ce pendant que Dieu se monstrera Pasteur envers nous, il y aura asseurance, voire en obscureté demort^.

Parquoy tous ceux qui babillent que nous sommes justifiez par foy d'autant qu'après estre régénérez nous vivons justement, n'ont jamais gousté la douceur de ceste grâce, pour se confier que Dieu leur seroit propice. Dont il s'ensuyt qu'ils ne sçavent que c'est de bien et deuement prier, non plus que les Turcs et tous autres Payens. Car il n'y a vraye foy, tesmoin sainct Paul, sinon celle qui nous suggère ce nom tant doux et amiable de Père pour invoquer Dieu franchement : et mesmes qui nous ouvre la bouche pour oser crier haut et clair, Abba, Père *. Ce qu'il explique ailleurs encores mieux, en disant que nous avons hardiesse et accès à Dieu en Jésus-Christ, avec fiance par la foy d'iceluy^ Cela ne peut venir du don de régénération, lequel comme il est imparfait pendant que nous vivons en la

1) Rom. V.1,S.

3) Ps. SXIII, 4.

S) Epliés. m, 12

2) Rom. VIII, 33.

4) Rom. Via, 15; Gai. IV, 6.

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chair, aussi est enveloppé en beaucoup d'occasions de douter. Dont il est nécessaire de venir à ce remède, que les fidèles s'asseurent que le seul droict et tiltre qu'ils ont d'espérer que le royaume des cieux leur appartient, c'est qu'estans en-

tez au corps de Christ ; ils sont gratuitement réputez justes. Car la foy n'apporte point de soy vertu pour nous justifier, ou nous acquérir grâce devant Dieu : mais reçoit de Christ ce qui nous défaut.

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