‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 94 sur 346 · LIVRE III, CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE XV

béral arbitre, récité quekiue tesnioignae;e de luy à ce propos, auscjnels on en trouvera mille semblables en ses escrils.

Comme quand il nous défend de meltre en avant nos mérites pour nous attribuer quelque chose, d'autant qu'Iceux-niesmes sont dons de Dieu : et quand il dit que tout nostre mérite vient de giàce, et qu'il nous est entièrement dotmé par icelle, et non point acquis par nostre suffisance, etc. ^ Ce n'est pas si gramie merveille que ledit Lombard n'a point esté esclairé par la lumière de l'Escrilure, d'autant qu'il n'y estoit guères exercilé. Touiesfois on ne pourroit désirer contre luy et toute sa séquelle une sentence plus claire qu'est celle de sainct Paul , (juand après avoir interdit aux Chresliens toute gloire, il adjouste la raison pourquoy il ne leur est point licite de se glorifier. Car nous sommes, dit-il, l'œuvre de Dieu, créez ù bonnes œuvres, lesquelles il a préparées afin quenousclieminlonsen icelles^. Puis qu'il ne sort nul bien de nous , sinon d'autant que nous sommes régénérez, et nostre régénération est toute de Dieu, sans en rien excepter, c'est sacrilège de nous attribuer un seul grain de la louange des bonnes œuvres. Finalement, combien que ces Sophistes sans lin et sans cesse parlent des bonnes œuvres : touiesfois ils instruisent ce pendant tellement les consciences, que jamais elles ne s'oseroyent fier que Dieu fust propice à leurs œuvres. Nous au contraire, sans faire nulle mention de mérite, donnons toutesfois une singulière consolation aux fidèles par nostre doctrine, quand nous leur testifions qu'ils sont plaisans et agréables à Dieu en leurs œuvres : mesmes noufi requérons que nul n'attente ou entreprene œuvre aucune sans foy, c'est-à-dire, sans avoir déterminé pour certain en son cœur qu'elle plaira à Dieu.

8 Pourtant ne souffrons nullement qu'on nous destourne de ce fondement, et ne fust-ce que de la pointe d'une espingle : car sur iceluy doit reposer tout ce qui appartient à l'édification de l'Eglise. Ainsi tous les serviteurs de Dieu, ausquels il a donné la charge d'édifier

son règne, après avoir mis ce fondement, s'il est mesiier de doctrine et exhortation, ils admonestent (|ue le Fils de Dieu est apparu, afin de destruire les œuvres du diable, ù ce que ceux qui sont de Dieu ne pèchent plus ^ : (ju'il suffit bien que le temps passé nous ayons suyvi les désirs du monde ^ : que les esleus de Dieu sont instrumens de sa miséricorde, et séparez à honneur ^ : ainsi, qu'ils doyvent estre purgez de toute ordure. ]>lais sous ce mot tout est comprins, quand il est dit que Christ veut avoir des disciples, lesquels s'estans renoncez, et ayans prins leur croix pour la porter, le suyvenl*. Celuy qui a renoncé à soy-mesnie a desjà couiié la racine de tous maux : c'est de ne chercher plus ce qui luy plaist. Celuy qui a prins sa croix pour la porter, s'est disposé à toute patience et mansuétude.

Mais l'exemple de Christ comprend tant ces choses que tous autres offices de piété et saincielé. Car il s'est rendu obéissant à son Père jusques à la mort : il a esté entièrement occupé à parfaire les œuvres de Dieu de tout son cœur:

il a tasché d'exalter la gloire d'iceluy : il a mis sa vie en abandon pour ses frères : il a rendu le bien pour le mal à ses ennemis. S'il est mestier de consolation, les mesmes serviteurs de Dieu en donnent de singulières, c'est que nous endurons tribulation, mais nous n'en sommes pas en angoisse : nous sommes en indigence, mais nous ne sommes point destituez : nous avons de grans assauts, mais nous ne sommes point abandonnez, nous sommes comme abatus, mais nous ne périssons point, ains portons la mortification de Jésus-Christ en nostre corps, afin que sa vie soit manifestée en nous^ : si nous sommes morts avec luy, nous vivrons aussi avec luy : si nous endurons avec luy, nous régnerons pareillement *. Que nous sommes configurez à ses passions, jusques à ce que nous parvenions à la similitude de sa résurrection "^ : veu que le Père a ordonné que tousceux qu'il a esleus en Christ, soyent faits conformes à son image, afin qu'il

1) In Psalm. CXLIV ;

opisl. CV. 2) Epliés.IIJO.

1) 1 Jean III. 8, 9.

3) 2TiiiJ.Il, -20.

5) 2 Cor. IV, 8, 9, 10.

-i) Pliil. III, )0.

2) I Pierre IV, 3.

4) Luc IX, 23.

b; 2 Tim. II, 11, 12.

soit premier-nay entre tous ses frères. Et pourtant qu'il n'y a n'adversiré, ne mort, ne choses présentes, ne futures qui nous puissent séparer de l'amour que Dieu nous porte en Clirist * : mais plustost que tout ce qui nous adviendra nous tournera en bien et en salut. Suyvant ceste doctrine, nous ne justifions pas l'homme

devant Dieu par ses œuvres, mais nous disons que tous ceux qui sont de Dieu, sont régénérez et faits nouvelles créatures, à ce que du règne de péché ils vienent au Royaume de justice : que par tels tesmoignages ils rendent leur vocation certaine * : et comme arbres, sont jugez de leurs fruits.

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