‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 95 sur 346 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Que ceux qui s'efforcent de rendre ceste doctrine odieuse, se monstrent calomniateurs en tout ce qu'ils ameinent.

\ Par cela se peut réfuter l'impudence d'aucuns meschans, qui nous imposent que nous abolissons les bonnes œuvres, et retirons les hommes d'icelles, quand nous enseignons que par œuvres nul n'est ^ justifié, et ne mérite salut. Secondement, que nous faisons le chemin à justice trop aisé, disant qu'elle gist en la rémission gratuite de nos péchez : et que par ceste flatterie nous allcichons les hommesà mal faire, qui autrement y sont trop enclins de nature. Ces calomnies, di-je, sont assez réfutées par ce que nous avons dit : loutesfois je respondray briefvement à l'un et à l'autre. Ils allèguent que les bonnes œuvres sont destruites quand on presche la justification de la foy; et qu'est-ce si plustost elles sont dressées et establies? Car nous ne songeons point une foy qui soit vuide de toutes bonnes œuvres, ou une justilication qui puisse consister sans icelles : mais voylà le nœud de la matière, que jà soit que nous confessions la foy et les bonnes œuvres estre nécessairement conjoincles ensemble : toutesfois nous situons la justice en la foy, non pas aux œuvres. La raison pourquoy, il est facile à expliquer, moyennant que nous regardions Christ , auquel la foy s'addresse, et dont elle prend toute sa force. Car dont vient que nous sommes justifiez par foy? c'est pource que par icelle nous appréhendons la justice de Christ, laquelle seule nous réconcilie à Dieu. Or nous ne pouvons appréhender

1) Rom. VIII, 29, 39.

ceste justice, que nous n'ayons aussi sanctification. Car quand il est dit que Christ nous est donné en rédemption, sagesse et justice :il est pareillement ad jousté qu'il nous est donné en sanctification ^. De cela s'ensuyt que Christ ne justifie personne qu'il ne le sanctifie quant et quant. Car ces bénéfices sont conjoincts ensemble comme d'un lien perpétuel, que quand il nous illumine de sa sagesse, il nous rachète : quand il nous rachète, il nous justifie : quand il nous justifie, il nous sanctifie. Mais pource qu'il n'est maintenant question que de justice et sanctification, arrestons-nous en ces deux. Combien doncques qu'il les fale distinguer, toutesfois Christ contient inséparablement l'une et l'autre. Voulonsnous doncques recevoir justice en Christ? il nous faut posséder Christ premièrement. Or nous ne le pouvons posséder que nous ne soyons participans de sa sanctification, veu qu'il ne se peut deschirer par pièces. Puis qu'ainsi est, di-je, que le Seigneur Jésus jamais ne donne à personne la jouissance de ses bénéfices, qu'en se donnant soy-mesme : il les eslargit tous deux ensemble, et jamais l'un sans l'autre. De là il appert combien est ceste sentence véritable, que nous ne sommes point justifiez sans les œuvres : combien que ce ne soit point par les œuvres, d'autant qu'en la pariicipation de Christ, en laquelle gist nostre justice, n'est pas moins contenue sanctification.

1) 2 Pierre 1, 10.

2) { Cor. I, 30.

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