‹ Institution de la religion chrestienneChapitre 157 sur 335 · LIVRE I, CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE VI

une telle certitude de doctrine, pariaquelle ils fussent persuadez et entendissent que ce qui leur estoit révélé et presché, estoit procédé du vray Dieu : car il a tousjours ratifié sa Parole, afin qu'on y adjouslast foy par-dessus toute opinion humaine. Finalement, afin que d'un train continuel la vérité demeurast tousjours en vigueur d'aage en aage, et fust cognue en la terre, il a voulu que les révélations qu'il avoil commises en la main des Pères comme en dépost, fussent enregistrées : et ù cest effect il a fait publier sa Loy, à laquelle il a puis après adjousté les Prophètes comme expositeurs. Car combien que la doctrine de la Loy contiene plusieurs usages, comme nous verrons en temps et lieu : et surtout que Moïse et les Prophètes ayent insisté à monstrer comment c'est que les hommes sont réconciliez avec Dieu (dont aussi vient que saint Paul nomme Jésus-Christ la fin de la Loy1) toutesfois derechef j'adverty les lecteurs, qu'outre la doctrine de foy et de pénitence, laquelle nous propose Jésus-Christ pour médiateur, l'Escriture a ce regard de magnifier le vray Dieu et unique, qui a créé le monde et le gouverne par marques et enseignes notables, afin qu'il ne fust meslé parmy la troupe des faux dieux. Parquoy, combien que les hommes doivent dresser les yeux pour contempler les œuvres de Dieu, d'autant qu'ils en sont ordonnez spectateurs, et que le monde leur est dressé comme un théâtre à cest effect, toutesfois le principal est, pour mieux proutiter, d'avoir les aureilles dressées à la Parole pour s'y rendre attentifs. Ainsi il ne se faut esmerveiller, si eslans nais en ténèbres ils s'endurcissent de plus en plus en leur stupidité, pource qu'il n'y en a guères qui se rendent dociles à la Parole de Dieu, pour se tenir entre les barres qui leur sont là mises : mais plustost s'esgayent avec toute licence en leur vanité. Voici donc un poinct résolu, que pour estre esclairez et addressez en la vraye religion, il nous faut commencer par la doctrine céleste, et que nul ne peut avoir seulement un petit goust de saine

1 Rom.X, V.

doctrine pour sçavoir que c'est de Dieu, jusques à ce qu'il ait esté à cesteeschole, pour estre enseigné par l'Escrituresaincte : car de là procède le commencement de toute droicte intelligence, voire nous recevons révéremment tout ce que Dieu y a voulu testifier de soy. Car non-seulement la foy en sa perfection et toutes ses parties est engendrée d'obéissance, mais aussi tout ce que nous avons à cognoislre de Dieu. Et de faict, ilausé d'une providence singulière pourleproutit des hommes en tous aages, par le moyen que nous traittons.

3 Car si on regarde combien l'esprit humain est enclin et fragile pour tomber en oubliance de Dieu : combien aussi il est facile à décliner en toutes espèces d'erreurs, de quelle convoitise il est mené pour se forger des religions estranges à chacune minute : de là on pourra veoir combien il a esté nécessaire que Dieu eust ses registres authentiques pour y coucher sa vérité, afin qu'elle ne périst point par oubly, ounes'esvanouist par erreur, ou ne fust corrompue par l'audace des hommes. Puis donc que c'est chose notoire, quand Dieu a voulu instruire les hommes avecproulit, qu'il a usé du moyen et aide de sa Parole, d'autant qu'il voyoit qu'il y avoit peu d'efficace et vertu en son image qui est engravée par tout : si nous désirons de le contempler purement, il nous convient tenir ce mesme chemin. Il faut, dy-je, venir à sa Parole, et nous y ranger : là où Dieu nous est droictement monstre et peint au vif en ses œuvres : car alors elles sont estimées selon qu'il appartient, asçavoir par la vérité immuable qui en est la reigle, et non pas selon la perversité de nostre jugement. Si nous déclinons de là, comme j'ay desjà dit, quoy que nous courions bastivement, toutesfois pource que nostre course sera esgarée hors du chemin, jamais nous ne viendrons où nous prétendons : car il nous faut penser que la clarté de la gloire de Dieu (que saint Paul nomme inaccessible1) nous sera comme un labyrinthe pour nous entortiller de tous costez, si nous n'avons nostre adresse en la Pa-

1) 1 Tim. VI, 16.

rôle : tellement qu'il nous vaut mieux clocher en ce chemin, que de courir bien viste à l'esgarée. Parquoy David enseignant que les superstitions seront raclées du monde, afin que la pure religion y florisse, souvent introduit Dieu régnant : n'entendant pas seulement par ce mot de Régner1, l'empire qu'il a et qu'il exerce à gouverner le cours de nature, mais la doctrine qui est pour establir sa principauté spéciale, à ce qu'on s'assujetisse àiuy. Car les erreurs ne se peuvent jamais arracher du cœur des hommes jusques à ce qu'une vraye cognoissance de Dieu y soit plantée. -

4 Dont vient que le mesme Prophète, après avoir fait mention que les cieux racontent la gloire de Dieu, et le firmament l'œuvre de ses mains2, et que l'ordre continuel et réciproque des jours et des nuits preschent sa majesté, descend tantost après à la Parole disant, La loy de Dieu est sans macule, convertissant les âmes? le tesmoignage du Seigneur est fidèle, donnant sagesse aux petis.

Les justices de Dieu sont droictes, et esjouissent les cœurs : le commandement de Dieu est clair, illuminant les yeux. Car combien qu'il comprene d'autres usages de la Loy, toutesfois il signifie en général, pourceque Dieu neproufite de rien conviant tous peuples à soy par le regard

du ciel et de la terre, qu'il a ordonné ceste eschole particulière pour ses enfants, et à cela aussi tend le Ps. XXIX, où le Prophète, après avoir parlé de la voix terrible de Dieu, laquelle est ouye aux tonnerres, aux vents, orages, tourbillons, gresles : voire faisant trembler la terre et crouler les montaignes, et brisant les cèdres, en la fin pour conclusion adjousle, qu'on luy chante louanges en son sanctuaire. Car par cela il entend que les incrédules sont sourds à toute voix de Dieu qui résonne en l'air, comme en l'autre Pseaume après avoir descrit combien les flots de la mer sont espovantables, il conclud ainsi : Seigneur tes tesmoignages sonr. approuvez : la beauté de ton temple est sainctelé permanente x. Le dire de nostre Seigneur est fondé sur Une mesme raison, quand il reprochoit à la Samaritaine que ceste nation-là et tous autres peuples adoroyent ce qu'ils ne cognoissoyent pas, et qu'il n'y avoit que les Juifs qui servissent au vray Dieu2. Car d'autant que l'entendement humain, selon sa faiblesse, ne peut en façon que ce soit parvenir à Dieu, sinon estant eslevé et aidé par la sacrée parole d'iceluy, il ne se pouvoit faire que toutes créatures mortelles, excepté les Juifs, ne fussent esgarées en erreur et vanité, en cherchant Dieu sans ceste aide nécessaire.

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