LIVRE 1, CHAPITRE VIII
ils seront assez munis pour repousser ces chiens mas tin s , qui abbayent contre la vérité tant cerlaine et infallible : car ces argumens sont par trop patens, pour en évader par cavillalion.
8 Je saybien qu'ont acc.oustumé de gazouiller certains brouillons, pour se moristrer subtils à conibalre contre la vérité de Dieu. Ils demandent qui c'est qui nous a rendus certains que Moyse et les Prophètes ayent escrit ce que nous lisons sous leurs noms : mesme ils n'ont point de honte de mettre en doute si jamais il ya eu quelque Moyse. Or si quelqu'un estrivoit, asçavoir s'il y a eu un Platon, ou un Arislote, ou un Cicéron, je vous prie, nel'cslimeroit-on pas digne d'estre souffleté, ou d'estre chaslic de bonnes estrivières ? Car c'est se desborder par trop, de mettre en question ce que chacun voit à l'œil. La loy de Moyse a esté miraculeusement conservée, plustost par la providence de Dieu, que par le soin des hommes. Et combien que par la nonchalance des Prestres elle fust comme ensevelie pour quelque temps, depuis que le bon Roy Josias l'eust retrouvée, elle a esté leue de tous par successions continuelles. Et aussi Josias ne la mit pas en avant comme chose nouvelle , mais qui avoit esté commune tant et plus, et dont la mémoire estoit publique et récente.
L'original s'en gardoit au Temple. Il y en avoit une copie entre les Chartres Royales. Seulement il estoit advenu, que les Sacrificateurs avoient délaissé pour un temps d'en faire publication solennelle, et le peuple n'avoit tenu conte d'en avoir la cognoissance. Qui plus est, jamais ne s'est passé aage, où l'autorité d'icelle n'ait esté confermée et renouvellée. Moyse n'estoit-il pas cognu de ceux qui lisoient David-? Mais pour dire en général ce qui est de tous les Prophètes, il est plus que certain que quand leurs escrits sont parvenus de pères à fils, ceux qui les avoyent ouy parler en ont rendu tesmoignage de vive voix : et que de main en main cela a esté si bien testifié, qu'il n'y avoit que douter.
9 Ce que ces canailles amènent du livre desMachabées, tant s'en faut qu'il délègue à la certitude de l'Escriture saincte,
comme ils prétendent qu'il est trèssuffisant à l'eslablir. Mais il sera expédient en premier lieu de leur osier la couleur dont ils abusent : et puis nous retournerons leur argument contre eux-mesmes.
Il est récité audit livre, que ce grand tyran Antiochus commanda de faire brusler tous les livres de la Loy l. Sur cela ces mocqueurs demandent, D'où sont sorties les copies qui nous en restent? Or je leur demande au contraire, en quelle boutique ils eussent esté si tost forgez, sinon qu'ils fussent demeurez. Car il est tout notoire, qu'incontinent après que la persécution fut cessée, lesdits livres se trouvèrent entiers, et furent recognas par les fidèles qui en avoyent esté privément enseignez. Mesme combien que de ce temps-là tout le monde conspirast contre les Juifs pour extirper leur religion, et que chacun s'efforçast de les calomnier : toutesfois nul n'a jamais osé leur impropérer qu'ils eussent supposé de faux livres. Car tous les incrédules et blasphémateurs qui furent jamais, en mesdisant de la religion Judaïque, ont néantmoins confessé que Moyse en estoit l'autheur.
Ainsi ces canaillesmonstrenlbien une rage désespérée, en chargeant de fausseté les livres qui ont tesmoignage de leur ancienneté par toutes les histoires, voire par la bouche de leurs propres ennemis et détracteurs. Mais afin que je ne m'amuse trop longuement à réfuter des badinages tant sots et lourds : plustost recognoissons en cest endroit, quel soin Dieu a eu de garder sa Parole, quand par-dessus et outre l'opinion de tout le monde il l'a retirée saine et sauve de la cruauté de cest horrible tyran, comme d'un feu embrasé qui devoit tout consumer : qu'il a fortifié d'une telle constance les bons Sacrificateurs et autres fidèles, qu'ils n'ont point espargné leur propre vie pour garder ce thrésor à leurs successeurs , ce qu'ils ne pouvoyent faire qu'en danger de mort :
qu'il a esblouy les yeux des brigans et satellites de Satan, tellement qu'avec toutes leurs inquisitions ils sont demeurez frustrez, ne pouvans abolir comme ils pensoyent ceste vérité immortelle. Qui
1) I Macli. I. 59.
ne recognoistra une œuvre miraculeuse de Dieu el digne de mémoire, que quand les adversaires cuidoyent avoir tout gaigné, soudain il a remis au-dessus les livres qu'ils avoyent si diligeiwment cherchez pour tout brusler, voire avec plus grande majesté qu'ils n'avoient eue au paravant? Car l'interprétation Grecque tantost après survint, qui a esté le moyen de les espandre par tout le monde. D'avantage, le miracle n'a pas seulement esté en ce que Dieu a maintenu l'instrument de son alliance contre les cruelles menaces d'Antiochus : mais aussi en ce que parmi tant de calamitez et désolations qui ont esté sur les Juifs, la Loy et les Prophètes ont esté réservez, combien qu'on pensoit bien qu'ils deussent cent fois périr. La langue Hébraïque n'estoit pas seulement sans renom , mais rejettée comme barbare. Et de faict, si Dieu n'eust pourvu à la vraye religion en la conservant, c'en estoit fait. Car il appert par les Prophètes qui ont enseigné depuis leur retour de la captivité de Babylone, combien les Juifs estoyent eslongnez en ce temps-là de leur langue pure et nay fve : ce qui est bien à notter, pource que de telle comparaison, l'ancienneté de la Loy et des Prophètes est plus évidente. Et par quelles gens Dieu nous a-il gardé sa doctrine contenue en la Loy et aux Prophètes, afin de nous manifester par icelle Jésus-Christ en temps opportun Paseavoir par les plus grans ennemis de la Chrétienté : que S. Augustin à bon droict appelle libraires de l'Eglise, pource qu'ils nous ont fourni des livres, dont euxmesnies ne se peuvent aider ne servir.
10 Si on vient au Nouveau Testament, encores y trouvera-on plus ferme approbation. Les trois évangélistes récitent leur histoire «en style bas. Plusieurs arrogans desdaignent cette simplicité, pource qu'ils ne regardent point à la substance. Dont il seroit aisé de recueillir combien ils surmontent toute capacité humaine en traittant les mystères du ciel. Certes quiconque aura une goutte d'honnesteté, sera confus en lisant seulement le premier chapitre de sainct Luc. D'avantage, le sommaire des sermons de Jésus-Christ, selon qu'il est là
briefvement récité, ne souffre point qu'une doctrine si haute soit mesprisée. Mais sur toussainct Jehan, comme tonnant du ciel, doit bien assujetir tous esprits en obéissance de foy : ou bien s'ils demeurent revesches, il est suffisant plus que toutes les foudres du monde, pour abatre tant et plus leur obstination. Que ces contrerolleurs se monstrent un peu, et puisqu'ils se baignent à rejetter des cœurs humains toute révérence de l'Escriture, qu'ils se bandent hardiment pour maintenir leur querele : mais ayans leu l'évangile sainct Jehan, maugré qu'ils en ayent, ils trouveront là mille sentences, lesquelles pour le moins resveilleront leur brutalité : mesme qui imprimeront chacune un horrible cautère en leurs consciences, pour rabatre leurs risées. Autant en est -il de sainct Pierre et de sainct Paul : car combien que la pluspart du monde soit si eslourdie, que de ne point recevoir leur doctrine : si est-ce qu'elle a en soy une majesté céleste pour tenir en bride, voire attacher de près tous ceux qui font des restifs. Quand il n'y auroit que cecy, c'est bien pour magnifier leur doctrine pardessus le monde : asçavoir que Matthieu estant du tout adonné à son gain de changeur et péager, Pierre et Jehan n'estans accoustumezqu'à pescher en une nasselle, et tous les autres Aposlres estans idiots et lourds, n'avoyent rien appris à l'eschole des hommes qu'ils peussent enseigner aux autres. Quant à sainct Paul , après avoir esté non-seulement ennemi déclaré, mais cruel et quasi enragé à espandre le sang, estant converty en nouvel homme, n'a-il pas monstre à veue d'œil , par un changement si soudain, et que jamais on n'eust espéré, qu'il avoit esté contraint par l'empire et vertu de Dieu, de maintenir la doctrine, laquelle il avoit combatue? Que ces chiens-cy abbayent tant qu'ils voudront, que le sainct Esprit n'est point descendu sur les Apostres, qu'ils tienent une histoire si patente pour fable : toutesfois la chose crie haut et clair. Quand ceux qui estoyent mesprisez entre le commun populaire, comme les plus rudes et grossiers, commencent en une minute de temps d'exposer les profonds mystères de Dieu, d'une façon si