‹ Institution de la religion chrestienneChapitre 164 sur 335 · LIVRE I, CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE VIII

magnifique, il faut bien qu'ils ayent eu le sainct Esprit pour maistre.

41 II y a encores d'autres bonnes raisons, pour lesquelles le consentement de l'Eglise n'est pas sans importance. Car il ne faut pas estimer cela comme rien, que par tant d'aages qui ont esté depuis que l'Escriture a esté publiée, il y ait eu un perpétuel consentement en l'obéissance d'icelle. Et combien que le diable se soit efforcé par plusieurs manières de l'opprimer, ou renverser, voire mesmes de l'effacer du tout de la mémoire des hommes, néantmoins qu'elle est tousjours comme la palme demeurée inexpugnable et victorieuse. Car il n'y a eu guères de Philosophes ou Rhétoriciens d'excellent entendement, qui n'ayent appliqué leur subtilité à rencontre d'icelle: néantmoins tous n'y ont rien proufité. Toute la puissance de la terre s'est armée pour la destruire, et tous ses efforts sont tournez en fumée. Comment eust-elle résisté, estant si durement assaillie de toutes pars, si elle n'eust esté défendue que de support humain? Parquoy il est plustost à conclure, que l'Escriture saincte que nous tenons, est de Dieu : puis que maugré toute la sagesse et vertu des hommes elle est néantmoins venue en avant par sa vertu. Outreplus il n'y a pas eu seulement une cité ou nation qui ait conspiré à la recevoir : mais tant que s'eslend au long et au large toute la terre, elle a obtenu son authorité par un conforme consentement de tous les peuples, qui autrement n'avoyent rien entre eux de commun. Or comme ainsi soit qu'une telle convenance de peuples tant divers, et qui autrement discordent en façon et manière de vivre, nous doivent esmouvoir ( veu que c'est une chose apparente que la vertu de Dieu a besongné à les accorder :) toutesfois encore aura ceste considération plus de poids, quand nous contemplerons la preudliommie et saincteté de ceux qui sont convenus à recevoir l'Escriture. Je ne dy pas de tous : mais de ceux que nostre Seigneur a constituez comme lampes en son Eglise, pour l'esclairer par la lumière de leur saincteté.

12 D'avantage en quelle certitude de-

vons-nous recevoir ceste doctrine, laquelle nous voyons avoir esté seellée et teslitiée par le sang de tant de saincts personnages? Iceux n'ont fait nulle difficulté de^mourir courageusement, et mesme joyeusement pour icelle, après l'avoir une fois receue. Et nous, comment ne la recevrons-nous d'une persuasion certaine et invincible, puisqu'elle nous a esté donnée avec une telle arre et confirmation? Ce n'est point donc une petite approbation de l'Escriture, de ce qu'elle a esté signée par le sang de tant de tesmoins. Principalement quand nous recognoissons qu'ils n'ont pas souffert la mort pour le tesmoignage de leur foy par furie et phrénésie (comme font aucunesfois les esprits d'erreur transportez:) mais par un zèle de Dieu, autant sobre et tempéré, comme ferme et constant. Il y a plusieurs autres raisons, et icelles bien apparentes, par lesquelles la majesté et dignité de l'Escriture non-seulement peut estre acertenée aux cœurs des fidèles, mais aussi puissamment maintenue contre la malice des calomniateurs. Lesquelles raisons néantmoins ne sont point de soy suffisantes pour fonder droitement sa certitude, jusques à ce que le Père céleste, faisant là reluire sa divinité, l'exempte de toute doute et question, luy donnant ferme révérence. Pourtant lors finalement l'Escriture nous satisfera à une cognoissance de Dieu, qui nous apporte salut, quand la certitude d'icelle sera appuyée sur la persuasion intérieure du S. Esprit. Les tesmoignages humains, qui servent pour la coufermer, lors ne seront point vains, quand ils suyvront ce tesmoignage principal et souverain, comme aides et moyens seconds pour subvenir à nostre imbécillité. Mais* ceux qui veulent prouver par.argumens aux incrédules, que- l'Escriture est de Dieu, sont inconsidérez. Or cela ne se cognoist que par foy. Ainsi S. Augustin à bon droict dit, qu'il faut que la crainte de Dieu, et une mansuétude paisible du cœur aille devant, pour faire rien entendre aux hommes, quant aux mystères de Dieu 1.

t) Au livre De Util. cred.

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