‹ Institution de la religion chrestienneChapitre 165 sur 335 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Comme aucuns esprits escervelez pervertissent tous [es principes de religion en quittant l'Escriture pour voltiger après leurs fantasies, sous ombre de révélations du sainct Esprit.

\ Or ceux-là qui en délaissant l'Escriture, imaginent je ne say quelle voye pour parvenir à Dieu, ne sont point tant abusez d'erreur, qu'ils sont agitez de pure rage. De telle manière de gens sont venus en avant je ne say quels acariastres, lesquels prétendent orgueilleusement la doctrine de l'Esprit, mesprisant quant à eux toute lecture : et se mocquent de la simplicité de ceux qui suyvent encore la lettre morte et meurtrissante, comme ils l'appellent.

Mais jevoudroye bien sçavoir d'eux, qui est cest esprit par l'inspiration duquel ils sont si haut ravis, qu'ils osent conlemner toute doctrine de l'Escriture. comme puérile et trop vile. Car s'ils respondent que c'est l'Esprit de Christ, leur asseurance est par trop ridicule. Car je pense qu'ils concéderont les Apostres et les tidèles de l'Eglise primitive avoir esté inspirez par l'Esprit de Christ. Or il est ainsi que nul d'eux n'a pourtant appris de contemner la Parole, de Dieu, mais un chacun plustost en a esté induit à plus grande révérence, comme leurs escrits en rendent clairs tesmoignages. Et de faiet, il avoit esté ainsi prédit par la bouche d'Isaïe. Car en prononçant que Dieu mettra son Esprit en l'Eglise, et mettra aussi sa Parole en la bouche d'icelle, afin que l'un et l'autre n'en départent jamais 4 : il n'adresse pas cela au peuple ancien, pour l'attacher à la prédication des hommes, comme s'ils eussent esté petis enfans à l'A, b, c : mais plustost déclare que le plus grand bien et félicité que nous puissions souhaiter sous le règne de Christ, est d'estre aussi bien gouvernez par la Parole de Dieu que par son Esprit. Dont je conclu que ces trompeurs desmembrent par leur sacrilège détestable ces deux choses que le Prophète a conjointes d'un lien inviolable. Qui plus est,

1) Is. LIS 21.

S. Paul ayant esté ravy jusques au troisième ciel, n'a point laissé pourtant de proufiter en la doctrine de la Loy et des Prophètes : comme aussi il exhorte Timotliée, combien qu'il fust docteur excellent, d'y vaquer, et y employer son estude1. Etpuisceste louange est bien notable et digne de mémoire, quand il dit que l'Escriture est utile à enseigner, advenir, rédarguer, pour rendre tous serviteurs de Dieu parfaits2. N'est-ce pas une fureur trop diabolique, de dire que l'usage de l'Escriture est temporel et caduque, veu que tesmoin le S. Esprit elle conduit les enfans de Dieu jusqu'au dernier but de leur perfection? D'avantage je désireroye qu'ils me respondissent à ce poinct : asçavoir s'ils ont receu un autre esprit que celuy que promettoit le Seigneur à ses disciples. Combien qu'ils soyent enragez tout outre : néantmoins je ne les pense point transportez de telle phrénésie, qu'ils s'osent vanter de cela. Or quel dénonçoit-il son esprit devoir estre, en le promettant? asçavoir, qui ne parleroit point de soy-mesme : mais suggéreroit en l'entendement des Apostres ce que par sa Parole il leur avoit enseigné3. Ce n'est pas donc l'office du S. Esprit (tel qu'il nous est promis) de songer nouvelles révélations et incognues au paravant, ou forger nouvelle espèce de doctrine , pour nous retirer de la doctrine de l'Evangile après l'avoir une fois receue : mais plustost de seeller et confermer en nos cœurs la doctrine qui nous y est dispensée.

2 Dont nous entendons facilement , qu'il faut diligemment travailler tant à ouïr qu'à lire l'Escriture, si nous voulons recevoir quelque fruit et utilité de l'Esprit de Dieu. Comme aussi S. Pierre loue l'affection de ceux qui sont attentifs à la

1) I Tim. IV, 13.

8) Jean XYI, 13.

2 Tim. III, 16.

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