‹ Institution de la religion chrestienneChapitre 171 sur 335 · II. VI · texte numérisé non relu

II. VI

est général à tous, et par ce moyen nous endormir en vaines flatteries, comme si nous n'estions point coulpables, ressemblans à ceux que nous condamnons.

4 Ce qui est dit au Pseaume, que les idoles des payens sont or et argent, ouvrage de main d'homme , tend à une mesme fin1. Car le Prophète démonstre par la matière, que ce ne sont point dieux, quand ils sont figurez par or et argent : et prend pour article résolu, que tout ce que nous concevons de Dieu en nostre sens propre, n'est que sotte resverie. Il nomme plustost l'or et l'argent que la boue ou les pierres, afin que le prix ou beauté ne nous induise point à quelque révérence. Toutesfois il conclud finalement, qu'il n'y a nulle raison ne propos, de forger des dieux d'une matière morte : mais notamment il insiste sur ce poinct, que c'est une audace furieuse aux hommes mortels, de s'eslever si haut que d'attribuer l'honneur de Dieu à leurs idoles, veu qu'à grand'peine sont-ils asseurez d'avoir souffle à respirer pour une minute. L'homme sera contraint de confesser que sa vie est d'un jour, et néantmoins il voudra qu'on tiene pour dieu quelque métal auquel il aura donné origine de divinité. Car d'où vient le principe de majesté à toutes les idoles, sinon du plaisir et appétit des hommes ? Sur quoy il y a une risée d'un certain Poète payen bien à propos2 : c'est qu'il introduit une idole parlant, J'estoye jadis un tronc de figuier, une pièce inutile de bois, quand le menusier estant en doute de ce qu'il en devoit faire, a mieux aymé que je fusse un dieu. N'est-ce pas merveille qu'un homme terrien, duquel en respirant la vie s'escoule quasi à chacune minute, présume de transférer par son artifice à un tronc tout sec le nom et l'honneur de Dieu? Mais pour que ce Poëte-là estant un Épicurien ne s'est soucié de nulle religion, mais a seulement voulu brocarder la folie du monde : laissans à part ses facéties et de ses semblables, que nous soyons points, voire transpercez au vif, de la remonstrance que nous fait le Prophète : C'est que ceux qui se

1) Ps. CXV, 4 ; CXXXV, 1*.

2) tloralïus, serin. I, sat. VIII.

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