‹ Institution de la religion chrestienneChapitre 182 sur 335 · LIVRE 1, CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE 1, CHAPITRE XIII

appelé, Le Dieu fort, et Père du siècle advenir1, etc. Les Juifs répliquent encores icy, et renversent la lecture des mots, Voicy le nom 'duquel le Dieu fort et Père du siècle advenir l'appellera. Ainsi ils retranchent à Jésus-Christ tout ce qui est là dit de luy, en ne luy laissant que le tiltre de Prince de paix. Mais je vous prie, dequoy eust-il servi d'avoir entassé un si grand amas de tiltres en les attribuant au Père, veu qu'il n'est question que de l'office et des vertus de Jésus- Christ, et des biens qu'il nous a apportez? Ainsi l'intention du Prophète n'est que de l'emparer des marques qui édifient nostre foy en luy. Il n'y a doncques nulle doute qu'il ne soit par mesme raison yci appelé le Dieu fort, qu'un peu au paravant Immanuel. Mais on ne sauroit rien chercher de plus clair que le passage de Jérémie, où il prononce que le germe de David sera appelé le Dieu de nostre justice2. Car puis que les Juifs mesmes enseignent que les autres noms de Dieu sont comme tiltres, et que cestuy-cy dont use le Prophète, lequel ils tiennent ineffable, est substantif, exprimant seul son essence : de là je conclu que le Fils est le seul Dieu et éternel, qui afferme en l'autre passage qu'il ne donnera point sa gloire à autre3. Les Juifs cherchent aussi ici une eschappatoire : c'est que Moyse a imposé le mesme nom à l'autel qu'il avoit dressé, etEzéchiel à la nouvelle Jérusalem. Mais qui est-ce qui ne voit que cest autel-là estoit dressé pour mémorial que Dieu avoit exalté Moyse? et que Jérusalem n'est pour autre cau?e intitulée du nom de Dieu, sinon d'autant qu'il y réside? car voilà comment parle le Prophète :

Voici d'oresenavant le nom de la cité, Dieu est là4. Les mots de Moyse n'emportent sinon qu'il a imposé nom à l'autel, l'Eternel est ma hautesse5 .11 y a plus grand débat d'un autre passage de Jérémie, où ce mesme tiltre est transporté à Jérusalem, Voici, dit-il, le nom dont on l'appellera, L'Eternel nostre justice6. Mais tant s'en faut que ce tesmoignage obscurcisse

1) Is. IX, s. 3) Is. XLII. 8.

5) Kx. XVII, 15.

2) Jér. XXIII. 6.

4) Ezécli. XLVUI, 35

6) Jér. XXXIII, 16.

la vérité, laquelle je défen ici, que plustost il ayde à la confermcr. Car comme ainsi soit que Jérémie au paravant eust testilié que Jésus-Christ est le vray Dieu éternel, il adjouste que l'Eglise sentira tant au vif cela estre vray, qu'elle se pourra glorifier du nom mesme. Parquoy au premier passage la source et cause de la justice est mise en la personne de Jésus-Christ : ce qui ne peut compéter qu'à Dieu : au second l'effect est adjouste.

10 Si cela ne contente les Juifs, je ne voy point par quelles cavillations ils puissent effacer ce que tant souvent en l'Escriture le Dieu éternel est proposé en la personne d'un Ange. Il est dit qu'un Ange est apparu auxsaincts Pères1. Cest Ange-là s'attribue le nom de Dieu éternel. Si quelqu'un réplique que c'est au regard de la charge qui luy a esté commise : ce n'est pas soudre la difficulté; car un serviteur ne souffriroit jamais qu'on luy offrist sacrifice, pour ravir a Dieu l'honneur qui luy appartient. Or l'Ange après avoir refusé de manger du pain, commande d'offrir sacrifice à l'Eternel2: et puis il prouve de faict que c'est luy-mesmes.ParquoyManuahetsafemme cognoissent par ce signe, qu'ils n'ont pas seulement veu un Ange, mais Dieu : dont ils s'escrient, Nous mourrons : car nous avons veu Dieu. Et quand la femme respond, Si l'Eternel nous eust voulu mettre à mort, il n'eust pas receu l'offerte de nostre main3: en cela certes elle confesse que celuy qui avoit esté nommé Ange est vray Dieu. Qui plus est, la response de l'Ange en oste toute question, Pourquoy m'interrogues-tu de mon nom, qui est admirable4? Et d'autant plus est détestable l'impiété de Servet, quand il a osé dire, que jamais Dieu ne s'est manifesté aux saincts Pères, mais qu'au lieu de luy ils ont adoré un Ange. Pluslost suyvons ce que les saincts docteurs ont interprété, que cest Ange souverain estoit la Parole éternelle de Dieu, laquelle commencoit desjà de faire office de Médiateur. Car combien que le Fils de Dieu ne fust pas encore revestu de chair, tou-

1) Jug. VI, Vil."

3) A» mesme lieu, XXII, XXIII.

4) Au mesme lieu, XVIII.

2) Jug. XIII, 16.

tesfois il est de tout temps descendu en terre pour approcher plus familièrement des fidèles. Ainsi telle communication luy a donné le nom d'Ange, et ce pendant il a retenu ce qui estoit sien, asçavoir d'estre le Dieu de gloire incompréhensible. Et c'est ce que signifie Osée, lequel après avoir raconté la luitte de Jacob avec l'Ange, dit, L'Eternel Dieu des armées, l'Eternel est son mémorial et son nom1. Servet abbaye yci, que c'est d'autant que Dieu avoit pris la personne d'un Ange; voire, comme si le Prophète ne confermoit pas ce qui avoit desjà esté dit par Moyse, Pourquoy t'enquiers-tu de mon nom? Et la confession du sainct Patriarche déclaire assez, que ce n'estoit pas un Ange créé, mais le Dieu auquel réside toute perfection de majesté souveraine, quand il dit, J'ai veu Dieu face à face2. A quoy s'accorde le dire de sainct Paul, que le Christ a esté le conducteur du peuple au désert3. Car combien que le temps auquel il se devoit abaisser et assujetir, ne fust encores venu : toutesfois il a déslors proposé quelque figure de l'office auquel il estoit destiné. D'avantage si on poise bien et sans contention ce qui est contenu au second chapitre de Zacharie, l'Ange qui envoyé l'autre Ange est tantost après déclairé le Dieu des armées, et tout pouvoir souverain luy est attribué. Je laisse force tesmoignages ausquels nostre foy se peut seurement reposer, combien que les Juifs n'en soyent point esmeus; car quand il est dit en Isaïe, Voici c'est cestuy-cy qui est nostre Dieu, c'est l'Eternel, nous espérerons en luy, et il nous sauvera'*: toutes gens de sens rassis voyent qu'il est notamment parlé du Rédempteur, lequel devoit sortir pour le salut de son peuple: et ce que par deux fois il est monstre comme au doigt ne se peut rapporter qu'à Christ. Il y a un passage en Malachie encores plus clair, quand il promet que le dominateur qu'on attendoit, viendra en son temple5. Uesttoutnotoireque le temple de Jérusalem n'a jamais esté dédié qu'au seul et souverain Dieu : et

I) Osée XII, 6.

3) 1 Cor. X, 4.

5) Malacb.UI, I.

2) Gen.XXXIl. 29, 30.

4) Is. XXV, S.

toutesfois le Prophète en donne la maistrise et possession à Jésus-Christ; dont il s'ensuit qu'il est le mesme Dieu qui a tousjours esté adoré en Judée.

W Le nouveau Testament est plein de tesmoignages infinis : et pourtant il me faut plustost mettre peine d'eslire les plus propres, que de les assembler tous. Or combien que les Apostres ayent parlé de Jésus-Christ depuis qu'il est apparu en chair pour Médiateur : néantmoins tout ce que j'amèneray conviendra très bien à prouver sa Déité éternelle. Pour le premier, c'est un poinct bien à noter, que tout ce qui avoit esté prédit du Dieu éternel, les Apostres l'appliquent à Jésus-Christ, disans qu'il a esté accompli en luy, ou le sera. Comme quand Isaïe dit, que le Dieu des armées sera en pierre de scandale, et en rocher d'achoppement à la maison de Juda et d'Israël1 : sainct Paul déclaire que cela a esté accompli en Jésus-Christ; enquoy il monstre quant et quant qu'il est le Dieu des armées s. Pareillement en un autre passage; Il nous faut, dit-il, tous comparoistre devant le siège judicial de Christ : car il est escrit, Tout genouil se ployera devant moy, et toute langue jurera en mon nom3. Puis que Dieu parle ainsi de soy en Isaïe, et que Christ monstre, par effect que cela lui convient : il s'ensuit bien qu'il estee Dieu mesme duquel la gloire ne peut estre donnée à autruy. Autant en est-il de ce qu'il allègue du Pseaume en l'Epistre aux Ephésiens, Dieu montant en haut a mené ses ennemis captifs4. Car il veut monstrerque ceste ascension avoit seulement esté figurée en ce que Dieu avoit desployé sa vertu pour donner victoire à David contre les Payens, et qu'elle s'est monstrée plus à plein en Jésus-Christ. Suyvantcela sainct Jehan tesmoigne que c'estoit la gloire du Fils de Dieu qui apparut à Isaïe : combien que le Prophète dit que c'estot la majesté du Dieu vivanl?. Outreplus, il n'y a nulle doute que les passages que cite l'Apostre en l'Epistre aux Hébrieux, n'appartienent qu'au seul Dieu: asçavoir, Sei-

1) Is. VII, H. 9) Rom. IX, 33.

3) Rom. XIV, 10; Ii.XLV, «3.

t) Ephés. IV. 8 ; Ps. LXVIII, 18.

S; Jean XH, U ; Es. VI, 1-5.

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