LIVRE I, CHAPITRE XIII
gneur, (u as fondé dès le commencement le ciel et la terre. Item, adorez-le, vous tous ses Anges1. Combien que ces tiltres soyent pour honorer la majesté de Dieu : toutesfois de les appliquer à Jésus-Christ, ce n'est point en abuser : car c'est chose notoire que tout ce qui est là prédit a esté accompli en luy seul. C'est luy qui s'est mis en avant pour faire miséricorde à Sion. C'est luy qui a pris possession de tous peuples et de toutes régions du monde, en dilatant son Royaume partout.
Et pourquoy sainct Jehan eust-il douté d'attribuer la majesté de Dieu à Jésus- Christ, ayant affermé au commencement de son Evangile, qu'il estoit Dieu éternel2? Pourquoy eust craintsainetPaul de le colloquer au throne de Dieu, ayant si clairement auparavant parlé de sa Divinité, en disant qu'il est le Dieu bénit éternellement3? Et afin que nous voyons comment il persévère constamment en ce propos, en un autre lieu il dit qu'il est Dieu manifesté en chair. S'il est le Dieu bénit éternellement, c'est celuy auquel en un autre passage le mesme Apostre enseigne que toute gloire est deue 4. Ce que de faictil monstre ouvertement, escrivant que Jésus-Christ, entant qu'il avoit la gloire de Dieu, n'eust point estimé rapine de se faire égal à Dieu : mais qu'il s'est voulu anéantir5. Et afin que les meschans ne murmurassent que ce fust quelque Dieu fait à haste, sainct Jehan passe outre, disant qu'il est le vray Dieu et la vie éternelle6. Combien toutesfois qu'il nous doit suffire, quand nous entendons qu'il est nommé Dieu : principalement par la bouche de sainct Paul, qui ouvertement dénonce qu'il n'y a point plusieurs dieux, mais un seul : Combien, dit-il, qu'on renomme plusieurs dieux au ciel et en la terre, nous n'avons toutesfois qu'un seul Dieu, duquel sont toutes choses7. Quand nous oyons deluy-mesme que Dieu a esté manifesté en chair : que Dieu a acquis son Eglise par son sang8: pourquoy imaginerions - nous un second Dieu, lequel il ne recognoist point?
1) Hébr. I, 10; «. î) Jean I, I, 14.
3) * Cor. V, 10 ; Rom. IX, 5. 4) \ Tim. VI, 1«. 5) Pliil. II, «. 6) 1 Jean V, ÏO.
7) 1 Cor. VIII, 5. 8) 1 Tim. 111, 19 ; Act. XX, i».
Finalement, c'est chose certaine que tous les fidèles ont eu ce mesme sentiment.
Certes sainct Thomas confessant qu'il est son Dieu et son Seigneur, déclaire qu'il est le Dieu unique qu'il avoit toujours adoré '.
42 D'avantage, si nous estimons sa divinité par ses œuvres, lesquelles luy sont attribuées enl'Escriture : elle apparoislra encore plus clairement ; car en ce qu'il dit, que depuis le commencement jusques à ceste heure il a toujours ouvré avec son Père : les Juifs, combien qu'ils fussent autrement bien stupides, entendirentbien que par cela il s'attribuoit la puissance de Dieu. Et à ceste cause , comme dit sainct Jehan, cherchoyent plus que devant de le meurtrir : veuque non-seulement il violoit le Sabbat, mais se portoit pour FilsdeDieu, se faisant égal à Dieu2. Quelle sera donc nostre stupidité, si nous ne cognoissons que sa divinité est en ce passage plenement certifiée? Et de vray, gouverner le monde par sa providence et vertu, tenir toutes choses à son commandement (ce que l'Apostre dit luy appartenir) ne convient qu'au seul Créateur3. Et non seulement l'office de gouverner le monde luy compète communément avec le Père, mais tous autres offices qui ne peuvent estre transférez à créature aucune. Le Seigneur dénonce par le Prophète, Ce suis— je, ce suis-je, Israël, qui efface tes iniquitez à cause de moy '*. En suyvant ceste sentence, les Juifs pensoyent que Jésus-Christ faisoit injure à Dieu, prenant l'authorité de remettre les péchez. Mais luy au contraire, non-seulement de paroles maintint ceste puissance à soy,ains l'approuva par miracle5. Nous voyons donc que non-seulement le ministère de remettre les péchez est par devers Jésus-Christ, mais aussi la puissance, laquelle Dieu a une fois dénoncée devoir demeurer à soy éternellement.
Quoy ? de savoir et entendre les secrètes pensées des cœurs des hommes, n'est-ce pas le propre d'un seul Dieu6? Or est-il ainsi que cela a esté en Jésus-Christ : dont sa divinité est démontrée.
\) Jean XX, 28.
3) Héb. I, i.
5) Malth. IX, 6.
î) lean V, 17.
4) Is. XLUI, 85 6) Matlh. IX, 4.
13 Quant aux miracles, elle y est approuvée quasi à l'œil. Car combien que les Prophètes et Apostres en ayent fait de semblables, toutesfois il y a grande différence en ce qu'ils ont esté seulement ministres des dons de Dieu : Jésus-Christ a eu en soy-mesme la vertu. Il a bien aucunes fois usé de prières pour référer la gloire à son Père : mais nous voyons que le plus souvent il a démonstré la puissance eslre sienne. Et comment celuy ne seroit-il le vray autheur des miracles, qui de son authorité ottroye aux autres la faculté d'en faire? Car l'Evangéliste récite qu'il a donné à ses Apostres la puissance de ressusciter les morts, guairir les ladres, chasser lesdiables1, etc. Et les Apostres de leur part en ont tellement usé, qu'ils démonstroyent assez que la vertu ne procédoit point d'ailleurs que de Jésus-Christ. Au nom de Jésus- Christ, dit sainct Pierre au paralytique, lève-toy et chemine2. Parquoy ce n'est point de merveilles si Jésus -Christ a mis en avant ses miracles, pour convaincre l'incrédulité des Juifs : comme ainsi soit qu'estans faits de sa propre vertu, ils rendoyent ample tesmoignage de sa divinité. Outreplus, si hors de Dieu il n'y a nul salut, nulle justice, nulle vie : certes en contenant toutes ces choses en soy, il est démonstré estre Dieu. Et ne faut point que quelqu'un allègue, que ces choses luy ont esté concédées de Dieu : car il n'est pas dit qu'il ail receu le don de salut, mais que luy-mesme est le salut. Et s'il n'y a nul bon fors qu'un seul Dieu, comment pourroit estre l'homme , je ne dy pas bon et juste, mais la bonté et justice luy-mesme3? Et que dirons-nous à ce qu'enseigne l'Evangéliste, que dès le commencement du monde la vie estoit en luy : et que luy estant la vie estoit aussi la lumière des hommes4? Pourtant ayans telles expériences de sa majesté divine, nous osons mettre nostre foy et espérance en luy : comme ainsi soit que nous sachions estre un blasphème , de mettre sa fiance en la créature : et ne faisons point cela témérairement, mais se-
11 Maltli. X, 8; Marc I, 40 ; VI, 7.
2) Act. III, 6 ; Jean V, 36 ; X, 37 ; XIV, 1 1 .
3) Matt». XIX, 17. 4) JeanI,V.
Ion sa parole. Croyez -vous en Dieu?
dit-il, croyez aussi enmoy1. Et en ceste manière sainct Paul expose deux passages d'Isaïe, Quiconque croit en luy, ne sera point confus. Item, Il sortira de la racine de Jessé un prince, pour régir les peuples : les gens espéreront en luy2. Et quel mestier est-il d'en raconter beaucoup de tesmoignages, veu que ceste sentence est si souvent répétée, Quiconque croit en moy , il a la vie éternelle ? D'avantage, l'invocation qui dépend de la foy, luy est aussi deue : laquelle néantmoins est propre à la majesté de Dieu, si elle a quelque chose de propre. Car le Prophète dit, Quiconque invoquera le nom de Dieu sera sauvé3. Item, Salomon, Le nom de Dieu est une bonne forteresse : le juste y aura son refuge et sera sauvé4. Or le nom de Christ est invoqué à salut : il s'ensuit donc qu'il est Dieu. Nous avons exem pie de ceste invocation en sainct Estiene, quand il dit, Seigneur Jésus, reçoy mon esprit5 : puis après en toute l'Eglise Chrestienne, comme tesmoigne Ananias au mesme livre, Seigneur Jésus, dit-il, tu sais combien il a affligé tous lesSaincts qui invoquent ton Nom 6. Et afin qu'on entende que toute plénitude de Divinité habite corporellement en Jésus-Christ7, sainctPaul confesse qu'il n'a voulu savoir autre doctrine entre les Corinthiens, que la cognoissance de son Nom : et qu'il n'a presché autre chose que luy seul8. Qu'estce là, de ne prescher autre chose que Jésus-Christ aux fidèles, ausquels Dieu défend de ne se glorifier en autre nom qu'au sien9? Qui osera maintenant dire, que celuy est une simple créature, duquel la cognoissance est nostre gloire unique ?
Cela aussi n'est point de petite importance que les Apostres, aux salutations qu'ils ont accoustumé de mettre au commencement de leurs Escrits, requièrent les mesmes bénéfices de Jésus-Christ , qu'ils font de Dieu son Père. En quoy ils démonstrent que non-seulement par son intercession et moyen nous obtenons
1) Jean XIV, 1.
2) Is.XXVlM, 16 ; XI, 10
3) Joël 11,32.
5) Act.VII, 59.
7) Col. II, 9.
9) Jër. IX, 23.
Rom. X, Il ; XV, 12.
4) Prov. XVIII, 10.
6) Act. IX, 13.
8) 1 Cor. Il, 2.