‹ Institution de la religion chrestienneChapitre 188 sur 335 · LIVRE I, CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XIII

de soy le nom de Bon, conforme encores mieux nostre sentence : car pource que c'est un tiltre singulier appartenant à un seul Dieu, d'autant qu'il avoit esté nommé bon à la façon accoustumée : en remettant cest honneur frivole il admonneste que la bonté qui est en luy est divine. Je demande aussi, quand sainct Paul enseigne que Dieu seul est immortel , sage et véritable1, si par ces mots il renvoyé Jésus- Christ au nombre des créatures humaines, où il n'y a que fragilité, folie et vanité : car par ce moyen celuy qui a esté la vie dés le commencement, voire pour donner immortalité aux Anges, ne seroit pas luymesme immortel : celuy qui est la sagesse de Dieu, ne seroit point sage : celuy qui est la vérité, ne seroit point véritable. Et combien cela est-il détestable? Je demande oulreplus, s'ils estiment qu'on doive adorer Jésus-Christ, ou non : car si cest honneur luy appartient de droit, que tout genouil se ployé devant luy2, il s'ensuit qu'il est le Dieu qui a défendu en la Loy qu'on n'adorast point autre que luy. S'ils veulent que ce qui est dit en Isaïe, C'est moy qui suis, et n'y a nul que moy3, se rapporte au Pèreseul : je dy qu'il est propre à confondre leur erreur, veuquel'Apostre en l'alléguant de Christ, luy attribue tout ce qui est. de Dieu. S'ils allèguent que Jésus-Christ a esté ainsi exalté en sa chair, en laquelle il avoit esté abaissé, et que c'est au regard de la chair que tout empire luy est donné au ciel et en la terre : ceste cavillation ne leur sert de rien ; car combien que la majesté de Juge et de Roy s'estende à toute la personne du Médiateur : toutesfois s'il n'estoit Dieu manifesté en chair, il ne pourroit estre eslevé en telle hautesse, que Dieu ne fust contraire à soy. Et sainct Paul décide trèsbien ce différent, quand il dit qu'il estoit égal à Dieu, devant que s'anéantir sous la forme de serviteur*. Orcomment ceste équalité pourroit-elle convenir, sinon qu'il fust le Dieu duquel le nom est souverain et éternel, lequel chevauche sur les Chérubins, et qui est Roy de toute la terre, voire Roy

permanent? Quoy qu'ils grondent, ce qu'Isaïe dit en l'autre passage ne peut est iv ravi à Christ : asçavoir, C'est-cy, c'est-cy nostre Dieu, nous l'avons attendu1. Car là il est notamment parlé de la venue du Rédempteur, qui devoit nonseulement délivrer le peuple de la captivité de Bahylone, mais aussi remettre plenement son Eglise au-dessus. C'est aussi en vain qu'ils tergiversent, que Jésus-Christ a esté Dieu en son Père ; car combien que nous confessons qu'au regard de l'ordre et degré, la source de divinité soit au Père : toutesfois nous disons que c'est une illusion détestable, que l'essence soit réservée à luy seul à part, comme s'il avoit déifié son Fils : car par ce moyen il y auroit essence diverse et desebiquetée en pièces, ou Jésus-Christ seroit appelé Dieu à fausses enseignes, et par imagination. S'ils accordent que le Fils soit Dieu, mais second après le Père : il s'ensuyvra que l'essence laquelle est au Père sans génération ne forme, aura esté engendrée et formée en Jésus-Christ. Je say que beaucoup de gaudisseurs se mocquent, quand nous tirons la distinction des personnes du passage de Moyse, Faisons l'homme à nostre image2: et toutesfois quiconque, sera de sens rassis voit bien que telle forme de deviser seroit froide et inepte, s'il n'y avoit plusieurs personnes en Dieu. Or il est certain que ceux ausquels le Père s'addresse n'ont point esté créez. De chercher rien qui n'ait esté créé, c'est un abus : excepté Dieu, voire luy seul. Maintenant s'ils n'accordent que la puissance de créer et droict de commander a esté commun au Fils et au sainct Esprit aussi bien qu'au Père, il s'ensuyvra que Dieu n'a point lors parlé en soy, mais qu'il aura addressé son propos à des ouvriers forains; brief un seul passage nous despeschera de leurs deux objections; car quand Jésus-Christ dit que Dieu est Esprit3, de restreindre cela au Père, il n'y auroit ordre, comme si la Parole n'estoit point de nature spirituelle. Or si le nom d'Esprit convient au Fils, je conclu qu'il est aussi bien

1) 1 Tim. I, 17.

3) Is. LXIV, 6.

2) Phil. II, 10.

*) Phil. II, 6. 1.

1) Is. XXV, 9.

3) Jean IV, S*.

2) Gen. I, 26.

comprins sous le nom de Dieu. Tantost après il est adjousté, que le Père n'approuve point autre service que celuy qui luy est fait en esprit et vérité; dont il s'ensuit que Jésus-Christ en exerçant l'office de Docteur sous le souverain chef, attribue au Père le nom de Dieu : non pas pour abolir sa déitè de luy, mais pour nous eslever à icelle comme par degrez.

23 Mais voicy en quoy ils s'abusent , asçavoir d'en imaginer trois, desquels chacun ait une partie de l'essence divine. Or nous enseignons selon l'Escriture, qu'il n'y a qu'un seul Dieu essenciellement : et que l'essence du Fils n'est engendrée non plus que celle du Père:

mais d'aulant que le Père est premier en ordre, et qu'il a engendré de soy sa sagesse, c'est à bon droict qu'il est tenu pour principe et source de toute divinité, comme il a esté dit. Ainsi Dieu absoluement n'est point engendré : et le Père aussi au regard de sa personne n'est point engendré. Ils se trompent aussi en une autre illusion, c'est qu'il leur semble que nous establissons une quaternité : mais ils nous imposent faussement ce qu'ils ont forgé en leur cerveau, comme si nous disionsque trois personnes descoulassent d'une essence comme trois ruisseaux.

Or au contraire il appert par toute nostre doctrine, que nous ne tirons pas les personr.es de l'essence pour en estre séparées : mais en disant qu'elles y résident, nous.nfeltons distinction de l'une à l'autre. Si les personnes estoyent séparées de l'essence, leur raison auroit quelque couleur: mais en ce faisant il y auroit une trinité de dieux, non point de personnes, lesquelles nous disons qu'un seul Dieu comprend en soi : et ainsi la question frivole qu'ils esmeuvent est solue : asçavoir quand ils demandent si l'essence n'entrevient point à faire la Trinité : comme si nous estions si bestes de penser que trois dieux descendissent d'icelle. Or nous disons que Dieu estant entier en soy, a seulement ses propriétez distinc tes. En ce qu'ils répliquent que la Trinité sera doncques sans Dieu, ils se montrent tousjours aussi lourds et hébétez. Car combien qu'elle n'entreviene

point à distinguer les personnes comme une partie ou portion, toutesfois les personnes ne sont pas sans icelle, ne hors d'icelle veu que le Père sans estre Dieu ne pouvoit estre Père : elle Fils ne pouvoit autrement estre Fils sinon estant Dieu. Pourquoy nous disons absoluement que la Déilé est de soy : et vojlà pourquoy nous confessons que le Fils entant qu'il est Dieu, sans avoir esgard à la personne a son estre de soy-mesme : entant qu'il est Fils, nous disons qu'il est du Père : par ce moyen son essence est sans commencement, et le commencement de sa personne est Dieu. Et defaict tous les anciens docteurs de l'Eglise, en parlant de la Trinité ont rapporté seulement ce nom aux personnes : pourceque ce seroit un erreur trop énorme, voire mesmes une impiété trop brutale, de mettre l'essence en la distinction. Car ceux qui se forgent une concurrence de l'essence et du Fils et de l'Esprit, comme si l'essence estoit au lieu de la personne du Père, anéantissent ouvertement l'essence du Fils et de l'Esprit. Carie Fils a quelque estre, ou il n'en a point. S'il en a, voylà deux essences pour jouster l'une contre l'autre : s'il n'en a point, ce ne seroit qu'une ombre. Brief si ces deux noms, Père et Dieu, valoyent autant l'un comme l'autre, et que le second n'appartins!

point au Fils, le Père seroit tellement déifiant, qu'il ne resteroil au Fils qu'un ombrage de fantosme : et la Trinité ne seroit autre chose qu'une conjonction d'un seul Dieu avec deux choses créées.

26 Quant à ce qu'ils objectent, que si Christ est vrayement Dieu il seroit mal nommé Fils de Dieu : desjà j'ay respondu, puisque lors il se fait comparaison d'une personne à l'autre, que le nom de Dieu n'est point pris absoluement : mais qu'il est spécifié du Père entant qu'il est le commencement de Déité : non pas en donnant essence à son Fils et à son Esprit, comme ces fantastiques babillent, mais au regard de l'ordre que nous avons déclairé. En ce sens se doit prendre le propos du Seigneur Jésus- Christ, C'est la vie éternelle de croire que tu es le seul Dieu, et Jésus-Christ

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