‹ Institution de la religion chrestienneChapitre 193 sur 335 · LIVRE I, CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XIV

questions vaincs, desquelles se débalent les esprits oisifs, traittans sans la Parole de Dieu, de la nature et multitude des Anges et de leurs ordres. Jesay bien que plusieurs sont plus convoileux d'enquérir de ces choses, et y prenent plus de plaisir qu'à ce qui nous doit estre familier par l'usage continuel : mais s'il ne nous fasehe pas d'estre disciples de Jésus Christ, qu'il ne nous soit point grief de suivre la façon de proutiler qu'il nous a monstrée. En ce faisant nous serons contens de la doctrine qu'il nous baille, en nous abstenant de toutes questions superflues, desquelles il nous retire : et nonseulement pour nous en faire abstenir, mais à ce que nous les ayons en horreur. Nul ne niera que celuy qui a escrit la hiérarchie céleste, qu'on intitule de sainct Denys, n'ait là disputé de beaucoup de choses avec grande subtilité : mais si quelqu'un espluche de plus près its matières, il trouvera que pour la plus grand part il n'y a que pur babil. Or un théologien ne doit pas appliquer son estude à délecter les aureilles en jasant, mais de confermer les consciences en enseignant choses vraves, certaines et utiles. Il semble en lisant ce livre -là que ce soit un homme tombé du ciel qui récite les choses qu'il a non-seulement apprinses, mais veues à l'œil. Or sainct Paul, qui avoit esté t slevé par-dessus le troisième ciel, non- seulement n'a pas ainsi enseigné, mais a protesté qu'il n'esloit point licite de révéler les secrets qu'il avoit veus1. Pourtant en laissant la toute ceste folle sagesse, considérons seulement selon la simple doctrine de l'Escriiure ce que Dieu a voulu (pie nous seussions des Anges.

o Nous lisons par toute l'Escriiure, que les Anges sont esprits célestes, du ministère desquels Dieu se sert pour faire et exécuter sa volonté : et de là leur est aussi imposé le nom d'Anges, d'autant que Dieu les fait ses messagiers envers les hommes, pour se manifester à eux.

Semblablemeni les autres noms que l'Escriture leur donne, sont prins d'une mesme raison. Ils sunt appelez Armées s,

I) 2 Cor. SI!.

S) Li c II, 13.

d'autant que comme les gendarmes sont autour de leur Prince ou Capitaine, aussi ils sont présens devant Dieu pour orner et honorer sa majesté : et sont tousjours prests attendans son bon plaisir, pour s'employer par tout où il ordonne, ou plustost avoir la main à l'œuvre. En telle magnificence nous est descrit le throne de Dieu par tous les Prophètes, et nommément en Daniel, quand il dit que Dieu estant monté en son siège royal, avoit des millions d'Anges en nombre irifiny tout à l'entour1. D'avaniage, pource que Dieu déclaire par eux la force de sa main, ils sont de là nommez Vertus 2. Pource qu'il exerce par eux son Empiré par tout le monde, selon ceste raison ils sont nommez maintenant Principautez, maintenant Puissances, maintenant Seigneuries 3. Finalement pource que la gloire de Dieu réside en eux, ils sont aussi nommez ses Thrones : combien que touchant ce dernier mot je n'en veux rien affermer, pource que l'autre exposition convient aussi bien ou mieux. Mais laissant là le nom de Thrones : quant aux précédens d'ont nous avons parlé, lesaincl Esprit use souven lesfois de ces tilt res, pour magnifier la dignité du ministère des Anges. Car ce n'est pas raison que les créatures dont le Seigneur use comme d'instrumens pour déelairer spécialement sa présence au monde, soyent laissées là sans honneur. Mesmes plusieurs foisils sont nommez dieux, d'autant que par leur ministère ils nous représentent aucunement comme en un miroir l'image de Dieu. Car combien que ce qu'ont escrit les anciens Docteurs me plaise bien : asçavoir, que quand PEscriture fait mention que l'Ange de Dieu est apparu à Abraham, ou à Jacob, ou à quelque autre, ils exposent cela de Jésus-Christ*: toutesfois si voit-on bien que les Anges en commun sont appelez souvent dieux, comme j'ay dit : et ne nous devons pas esbahir de cela : car si le mesme honneur est fait aux Rois et aux l'rinces, lesquels aussi bien l'Escriiure appelle dieux5, d'autant

1) Dan. VII, 10. 2) Col. I, 10.

S) Kphés. I, 21.

4) Gen. XVIII, 1; XXXII, V, 28; Jos. Y, 15; Jng. VI, '.; XIII, 22.

:.i Ps. LX.XXU, 6.

qu'ils sont en leur office comme lieutenans de Dieu, qui est le souverain Roy et supérieur de tous : il y a plus de raison qu'il soit donné aux Anges, veu que la clairié de la gloire de Dieu reluit abondamment en eux.

6 Or PEscriture s'arreste principalement à enseigner ce qui peut servir le plus à nostre consolation et à la confirmation de nostre foy : c'est que les Anges sont dispensateurs et ministres de la libéralité de Dieu envers nous. Pourtant elle dit qu'ils sont toujours au guet pour

disciples son advénement glorieux l. Pourtant afin de s'acquitter de l'office qui leur est donné d'estre nos défenseurs, ils combatent contre le diable et contre tous nos ennemis, et font la vengence de Dieu sur ceux qui nous molestent : comme nous lisons que l'Ange du Seigneur tua pour une nuict cent quatre-vingts et cinq mille hommes au camp des Assyriens, pour délivrer Jérusalem du siège 2.

7 Au reste, si chacun fidèle a un Ange propre qui luy soit assigné pour sa défense, ou non, je n'en oseroye rien affer-

nostre salut, qu'ils sont tousjours prests mer. Certes quand Daniel dit que l'Ange

à nous défendre, qu'ils dressent nos voyes, et ont le soin de nous en toutes choses, pour nous garder de mauvaise rencontre. Car ces sentences qui s'ensuivent sont universelles, appartenantes premièrement à Jésus-Christ, comme chef de toute l'Eglise, puis après à tous les fidèles : asçavoir, Il a commandé de toy à ses Anges, qu'ils te gardent en toutes tes voyes. Ils te porteront en leurs mains, tellement que tu ne chopperas point.

Item, Les Anges du Seigneur sont à l'environ de ceux qui le craignent, et les retirent du danger1. Par ces sentences Dieu monstre qu'il commet à ses Anges la tutèle de ceux qu'il veut garder. Suivant cela l'Ange du Seigneur consoloit Agar en sa fuite, et luy commandoit de se réconcilier à sa maistresse 2. Semblablement Abraham promettoit à son serviteur, que l'Ange de Dieu luy seroit pour guide au chemin. Jacob en bénissant Ephraïm et Manassé, prioit que l'Ange de Dieu qui luy avoit tousjours assisté, les tist prospérer. Semblablement il est dit que l'Ange de Dieu estoil sur le camp du peuple d'Israël : et toutesfois et quantes que Dieu a voulu délivrer ce peuple de la main de ses ennemis, il s'est servy de ses Anges pour ce faire 3. Et alin que je ne soye plus loog, il est dit que les Anges servoyent à nostre Seigneur Jésus, après qu'il fut tenté au désert. Item, qu'il luy assistoyent en son angoisse du temps de sa passion. Semblablement ils annoncèrent aux femmes sa résurrection, et aux

1) Ps. XCI, 11 ; XXXIV, 8. 2) Gen. XXVI, 9; XXIV, 7. 3) Gen XLVIII, 16 ; Ex. XIV, 19 ; XXIII, 20 ; Jug. II, 1 ; VI, 11 ; XIII, 9.

des Persienscombatoit, et semblablement l'Ange des Grecs, à rencontre des ennemis 3 : par cela il signifie que Dieu commet aucunesfois ses Anges, comme pour eslre gouverneurs des pays et provinces. Semblablement Jésus-Christ, en disant que les Anges des petis enfans voyent tousjours la face du Père *, démonstre bien qu'il y a certains Anges qui ont la charge des petis enfans : mais je ne say pas si de cela on pourroit inférer que chacun eust le sien propre. Il faut bien tenir ce point résolu, que non-seulement un ange a le soin de chacun de nous, mais que d'un commun accord ils veillent pour nostre salut : car il est dit de tous les anges en commun, qu'ils se resjouissent plus du pécheur quand il se convertist à repentance, que de nonante justes, quand ils auront tousjours persévéré à bien faire 5. Il est dit semblablement que l'âme de Lazare a esté portée au sein d'Abraham par plusieurs anges 8. Ce n'est pas aussi en vain qu'Elisée monstre à son serviteur tant de chariots flamboyans qui luy estoyent ordonnez en particulier pour le garder 7. 11 y a un passage qui sembleroit avis plus exprès pour confermer ceste opinion : c'est que quand sainct Pierre estant sorty miraculeusement de la prison, heurta à la maison où les frères estoyent assemblez, iceux ne pouvans penser que ce fust, ils disoyent que c'estoit son ange 8. Or il est à conjecturer

1) Matin. IV, 11; Luc XXII, 43 ; Malth. XXVUI, 5, 7 ; LucXXlV, 5 ; Act. I, 10.

2) 2 Rois XIX, 35 ; Is. XXXVII, 36.

3) Dan X, 13, 20 ; XII, 1. 4) Mallh. XVIII, 10. 5) Luc XV, 7. 6) Luc XVI, 22.

7) 2 Rois VI, 17. 8) Ad. XII, 15.

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