‹ Institution de la religion chrestienneChapitre 209 sur 335 · LIVRE I, CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XVII

ment déterminer de ce qu'on leur demande : si est-ce qu'ils attribuent l'adversité partie à Dieu, partie à fortune. Si l'arche, disent-ils, passe par ceste voye-là, nous saurons que c'est Dieu qui nous a affligez : si elle tend ailleurs, il nous est advenu un malheur *, C'est bien une grande folie, si lcurdevinement les trompe, de recourir à fortune : ce pendant nous voyons qu'ils sont là tenus enserrez de n'oser croire simplement que leur malheur soit fortuit. Au reste, comment Dieu fleschit et tourne ça et là tous événemens par la bride de sa providence, il nous apperra par un exemple notable :

Voicy, au mesme instant que David fut surprins et enclos par les gens de Saiil au désert de Manon, les Philistins se ruent sur la terre d'Israël, tellement que Saiil est contraint de se retirer pour secourir à son pays 2. Si Dieu donnant tel empeschement à Saiil, a voulu pourvoir au salut de son serviteur David : combien que les Philistins ayent soudain prins les. armes et outre l'opinion des hommes, nous ne dirons pas toutesfois que cela soit venude casd'adventure : mais ce qui nous semble estre quelque accident, la foy le recognoist estre une conduite se-

crelte de Dieu. Il n'y apparoist pas semblable raison par tout : mais si faut-i! tenir pour certain, que toutes les révolutions qu'on voit au monde, provienent du mouvement secret de la main de Dieu.

Au reste, il est tellement nécessaire que ce que Dieu a> ordonné adviene, que toutesfois ce qui se fait n'est pas nécessaire précisément ny de sa nature : et de cecy se présente un exemple familier : Puis que Jésus-Christ a vestu un corps semblable au nostre, nul de sens rassis ne niera que ses os n'ayent esté fragiles : et toutesfois il estoit impossible qu'ils fussent rompus. Yoylà comment ce qui en soy peut advenir ainsi ou ainsi, est déterminé en une sorte au conseil de Dieu : dont nous voyons de rechef que ces distinctions n'ont pas esté inventées sans propos : c'est qu'il y a nécessité simple ou absolue, et nécessité selon quelque regard. Item, qu'il y a nécessité de ce qui s'ensuit et de la conséquence. Car ce que les os du Fils de Dieu n'ont peu estre cassez, cela vient pour le regard que Dieu les avoit exemptez : et par ainsi ce qui naturellement pouvoit escheoir d'un costé ou d'autre, a esté restreint à la nécessité du conseil de Dieu.

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