CHAPITRE V
Combien les objections qu'on ameine pour défendre le jranc arbitre sont de nulle valeur.
1 Nous aurions assez parlé de la servitude de l'âme humaine, n'estoitque ceux qui taschent de la séduire d'une fausse opinion de liberté, ont leurs raisons au contraire pour impugner nostre sentence.
Premièrement, ils amassent quelques absurditez pour la rendre odieuse, comme si elle répugnoit au sens commun des hommes : puis ils usent de tesmoignages de l'Escriture, pour la convaincre. Selon cest ordre nous leur respondrons. Ils arguent doncques ainsi, Que si le péché est de nécessité, ce n'est plus péché : s'il est volontaire, qu'il se peut éviter. C'estoit le baston qu'avoit Pélagius pour combatre sainct Augustin, et toutesfois nous ne voulons point pour cela que leur raison n'ait point d'audience, jusques à ce que nous l'aurons réfutée. Je nie doncques que le péché laisse d'estre imputé pour péché, d'autant, qu'il est nécessaire. Je nie d'autre part qu'il s'ensuive qu'on puisse éviter le péché, s'il est volontaire. Car si quelqu'un veut s'aider de ceste couverture, pour plaider contre Dieu,
comme si c'estoit un bon subterfuge, de dire qu'il n'a peu autrement faire, il aura incontinent sa response preste, asçavoir celle que nous avons desjà amenée : que si les hommes estans asservis à péché, ne peuvent vouloir que mal, cela ne vient point de leur création première, mais de la corruption qui est survenue. Car dont vient la débilité dont les malins se couvri royent volontiers, sinon qu'Adam de son bon gré s'est assujety à la tyrannie du diable? Voylà doncques dont vient la perversité laquelle nous tient tous serrez en ses liens : c'est que le premier homme s'est révolté de son Créateur. Si tous sont à bon droict tenus coulpables de telle rébellion, qu'ils ne pensent point s'excuser sous ombre de nécessité, en laquelle on voit cause trèsévidente de leur damnation. Ce que j'ay exposé par cy-devant : et ay amené l'exemple des diables, par lequel il appert que ceux qui pèchent par nécessité ne laissent pas de pécher volontairement : comme a l'opposite, combien que les saincts Anges ayent