LIVRE II, CHAPITRE VI
teur, et de Jérusalem que j'ay esleue : mais il demeurera une lignée à (on fils K Ce propos est réitéré et deux et trois fois : et notamment ce mot est adjousté, J'affligeray la semence de David , mais non pas à tousjours. Quelque temps après il est dit que Dieu avoit laissé une lampe en Jérusalem pour l'amour de David son serviteur, afin de luy susciter semence, et de garder Jérusalem2. Mesmes comme les choses tendoyent à ruine et extrême confusion, derechef, il fut dit que Dieu n'avoit point voulu espardre la lignée de Jiula à cause de David son serviteur, auquel il avoit promis de donner une lampe, et à ses enfans à perpétuité. La somme de ce propos revient là, que Dieu a esleu David seul pour faire reposer en luy sa faveur et amour : comme il est dit en l'autre passage, lia rebouté le tabernacle de Silo et de Joseph, et n'a pas esleu la lignée d'Ephraïm, mais celle de Juda, et la montagne de Sion qu'il a aimée. Il a esleu son serviteur David, pour paistre son peuple et son héritage d'Israël3.
Brief, Dieu a tellement voulu maintenir son Eglise, que Testât, bonheur, et salut d'icelle dépendoit de ce chef. Et pourtant David s'escrie, L'Eternel est la force de son peuple, et la vertu du salut de son Christ4. Puis il adjousté une prière :
Sauve ton peuple, et béni ton héritage : signifiant par ces mots, que tout le bien de l'Eglise est uni d'un lien inséparable avec la supériorité et empire de Jésus- Christ. Suyvant ceste raison il dit aussi ailleurs, 0 Dieu, sauve ! que le Roy nous exauce au jour que nous prierons5. Car il enseigne clairement que les fidèles n'ont jamais eu leur recours à l'aide de Dieu en autre fiance, que pource qu'ils estoyent cachez sous la protection du Roy. Ce que nous pouvons recueillir par l'autre Pseaume : 0 Dieu, sauve : bénit soitceluy qui vient au nom de l'Eternel6; où on voit que les fidèles se sont addressez à Jésus-Christ, pour espérer d'estre garantis sous la main de Dieu. Auquel but regarde aussi l'autre prière, où toute l'Eglise implore la miséricorde de Dieu :
1) i Rois XI, 12, 3V.
8) Ps. LXXVIli, 60,67, 70,71.
5) Ps. XX, (0.
2) 1 Rois XV, 4.
4) Ps. XXVIII, S.
6) Ps.CXVlll, Î5,26.
0 Dieu, quêta main soit sur l'homme de ta dextre, sur le fils de l'homme que tu as approprié à ton service l. Car combien (pie Pautheur du Pseaume se lamente de la dissipation de tout le peuple, il en demande toutesfois la restauration par le moyen du seul chef, Et quand Jérémie, après que le peuple a esté transporté en pays estrange, la terre gastée et saccagée, pleure et gémit sur la calamité de l'Eglise: sur tout il fait mention de la désolation du règne, pource qu'en icelle l'espérance des fidèles estoit comme coupée : Le Christ, dit-il, qui estoit l'esprit de nostre bouche, a esté prins à cause de nos péchez, voire celuy auquel nous disions, Nous vivrons sous ton ombre entre les peuples2. Par ceci il est assez liquide, pource que Dieu ne peut estre propice au genre humain sans quelque médiateur, qu'il a tousjours mis au devant sous la Loy Jésus -Christ, afin que les Pères y addressassent leur foy.
3 Or quand il promet quelque soulagement aux afflictions, sur tout quand il est parlé de la délivrance de l'Eglise, il fait dresser la bannière de fiance et d'espoir en Jésus-Christ. Dieu est sorti, dit Habacuc, pour le salut de son peuple, voire en salut avec son Christ3. Brief, quand il est fait mention aux Prophètes de la restauration de l'Eglise, le peuple est rappelé à la promesse faite à David, quant à la perpétuité du siège royal. Et ce n'est point merveille, veu qu'autrement il n'y eust eu nulle fermeté en l'alliance sur laquelle ils estoyent appuyez. A quoy se rapporte ceste sentence notable d'Isaïe.
Car en voyant que ce qu'il annonçoit du secours que Dieu vouloit donner présentement à la ville de Jérusalem, estoit rejette par le Roy incrédule Achab, sautant par manière de dire, d'un propos à l'autre, il vient au Messias : Voyci, la Vierge concevra et enfantera un Fils* * signifiant par mots couvers, combien que le roy et le peuple rejettoyent par leur malice la promesse qui leur estoit offerte, et quasi de propos délibéré s'efforçoyent à renverser la vérité de Dieu, que toutesfois l'alliance ne seroit point anéantie,
1) Ps. IXXX (S.
3) Uab. 111, 13.
2) Ument. IV, 20.
») Is. Vil, 1*.
INSTITUTION CHREST1ENNE.
que le Rédempteur ne veinst en son temps. Parquoy les Prophètes voulans asseurer le peuple qu'il trouveroit Dieu appaisé et favorable, ont tousjours observé ce style, de mettre en avant le règne de David, duquel devoit provenir la rédemption et le salut éternel : comme quand Isaïe dit, J'establiray mon alliance avec vous, les miséricordes infallibles de David '. Voyci je l*ay donné tesmoin aux peuples. Voire, d'autant que. les fidèles voyans les choses si confuses et désespérées, ne poirvoyent espérer que Dieu leur fust propice ou enclin à merci, sans qu'un tel tesmoin leur fust produit. Semblablement Jérémie pour remettre sus ceux qui estoyent désespérez, Voyci, dit-il, les jours vienent, je susciteray à David un germe juste, et lors Juda et Israël habiteront seurement2. Et Ezéchiel de son costé, Je susciteray sur mes brebis un Pasteur, asçavoir mon serviteur David. Moy l'Eternel je leur seray pour Dieu, et mon serviteur David pour pasteur. J'establiray avec eux alliance de paix 3. Item en un autre passage, après avoir traitté du renouvellement qui estoit incroyable, Mon serviteur David, dit-il, sera leur Roy, et sera luy seul Pasteur sur tous : et ratifieray alliance permanente de paix avec eux4. Je choisi d'une grande quantité de tesmoignages quelque petit nombre, pource que seulement je veux advenir les lecteurs, que l'espoir des fidèles n'a jamais reposé ailleurs qu'en Jésus-Christ. Tous les autres Prophètes parlent aussi un mesme langage :
comme il est dit en Osée, Les fils de Juda et les fils d'Israël seront rassemblez en un, et ordonneront un chef sur eux. Ce qui est encores mieux exprimé après, Les fils d'Israël retourneront et chercheront l'Eternel leur Dieu, et David leur Roy 5. Pareillement Miellée, traittant du retour du peuple, déclaire notamment que le Roy passera devant eux, et l'Eternel sera leur chef6. Parquoy Amos voulant promettre le restablissement de l'Eglise : Je susciteray, dit-il, le pavillon de David, lequel est décheu : je muniray toutes ses
1) Is. LV, 3.
3) Elécll. XXXIV, 23, !
5) Osec 1, 12; 111, 5.
2) Jér. XXIII, 5, 6.
41 Ezéeh. XXXVII, 25, 6) Mich. H, 13.
brèches, et répareray ses ruines1. En quoy il monstre qu'il n'y avoit autre signe de salut , sinon que la gloire et majesté royale fust derechef redressée en la maison de David : ce qui a esté accompli en Christ. C'est pourquoy Zacharie, d'autant que son temps estoit plus prochain de la manifestation de Christ, s'escrie plus ouvertement, Esjouy-toy, fille de Sion, esgaye-toy , fille de Jérusalem , voyci ton Roy vient à toy juste et sauveur2. Comme desjà nous avons allégué un lieu semblable du Pseaume, l'Eternel est la force du salut de son Christ : 0 Dieu, sauve3! Car par ces mots il est monstre que le salut s'estend du chef à tout le corps.
4 Or Dieu a voulu que les Juils fussent imbus de telles Prophéties, afin de les accoustumer à dresser les yeux à Jésus- Christ, toulesfois et quantesqu'ilsavoyent à demander d'estre délivrez. Et de faict, combien qu'ils se soyent abastardis vilenement, jamais la mémoire de ce principe général n'a peu estre abolie : c'est que Dieu, selon qu'il avoit promis à David, seroit rédempteur de son Eglise par la main de Jésus-Christ : et que par ce moyen l'alliance gratuite, par laquelle Dieu avoit adopté ses esleus, seroit ferme. De là est advenu qu'à l'entrée de Jésus-Christ en Jérusalem un peu devant sa mort, ce Cantique résonnoit comme chose commune en la bouche des petis enfans : Hosianna au fils de David *. Car il n'y a nulle doute que cela n'ait esté tiré de ce qui estoit receu entre tout le peuple, et qu'ils ne le chantassent journellement : asçavoir qu'il ne leur restoit autre gage de la miséricorde de Dieu, qu'en l'advénement du Rédempteur. Pour ceste raison Christ commande à ses disciples de croire en luy, pour distinctement et parfaitement croire en Dieu 5. Car combien qu'à parler proprement, la foy monte là-haut au Père par Jésus-Christ, toutesfois il signifie qu'estant mesmes appuyée en Dieu, elle s'esvanouit petit à petit, sinon qu'il interveinst au milieu pour la retenir en plene fermeté. Au reste, !a
1) Ainos IX, 11.
3) Ps. XXVIU, 8.
5) Jean XIV, 1.
î) Zach. IX, 9.
*) Matlb. XXI, ».