‹ Institution de la religion chrestienneChapitre 255 sur 335 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Que la Loy a esté donnée, non pas pour arrester le peuple ancien à soij, mais pour nourrir l'espérance de salut qu'il devoit avoir en Jésus-Christ, jusques à ce qu'il veinst.

\ De tout le discours que nous avons fait, il est facile à recueillir que la Loy n'a pas esté donnée environ quatre cens

1) Coloss. I, 13.

2) Rom. X, 4.

ans après la mort d'Abraham, pour eslongner de Jésus-Christ le peuple esleu : mais plustost pour tenir les esprits en

1) 1 Jeun 11.23.

suspens jusques à l'advénement d'iceluy et les inciter à un désir ardent de telle venue : les confermer aussi en attente, afin qu'ils ne défaillissent pour la longueur du terme. Or par ce mot de Loy je n'enten pas seulement les dix préceptes, lesquels nous monstrenl la reigle de vivre justement et sainctement, mais la forme de religion telle que Dieu a publiée par la main de Moyse. Car Moyse n'a pas esté donné pour Législateur, afin d'abolir la bénédiction promise à la race d'Abrabam : plustost nous voyons que çà et là il rappelle les Juifs à ceste alliance gratuite que Dieu avoit establie avec leurs Pères, et de laquelle ils estoyent hérétiers : comme s'il eust esté envoyé pour la renouveler. Ce qui a esté amplement manifesté par les cérémonies. Car il n'y auroit rien plus sot ou frivole, que d'offrir de la gresse et fumée puante des entrailles des bestes pour se réconcilier avec Dieu, ou avoir son refuge à quelque aspersion de sang ou d'eau, pour nettoyer les souilleures de l'âme. Brief si tout le service qui a esté sous la Loy est considéré en soy, comme s'il ne contenoit nulles ombres ne figures qui eussent leur vérité correspondante, il semblera que ce soit un jeu de petis enfans. Parquoy ce n'est pas sans cause que tant au sermon dernier de sainct Estiene qu'en l'Epistre aux Hébrieux, ce passage où Dieu commanda à Moyse de faire le tabernacle avec ses dépendances selon le patron qui luy avoit esté monstre en la montagne, est si diligemment noté *. Car si le tout n'eust eu son but spirituel, les Juifs y eussent aussi bien perdu leur peine, comme les Payens en leurs badinages. Les gaudisseurs et gens profanes, qui n'ont jamais appliqué leur estude à droicte piété, se faschent d'un tel amas de cérémonies qu'on voit en la Loy : et non - seulement s'esmerveillent comme Dieu a voulu donner tant de peine au peuple ancien, le chargeant de tant de fardeaux : mais se mocquent de tant de façons de faire, comme des menus fatras et jeux de petis enfans : voire pource qu'ils ne regardent pas à la fin, de la-

1) Act. VII, H ; Héb. VIII; 5 ; Exode XXV, W.

quelle quand les figures de la Loy sont séparées, on les peut bien juger vaines et inutiles. Mais ce patron duquel il est parlé, monstre bien que Dieu n'a pas ordonné les sacrifices pour occuper en choses terrestres ceux qui le voudroyent servir, mais plustost pour eslever leurs esprits plus haut. Ce qu'on peut vérifier par sa nature : car comme il est Esprit, aussi ne prend-il plaisir qu'à service spirituel. Ce que plusieurs sentences des Prophètes tesmoignent, quand ils rédarguent les Juifs de leur bestise, en ce qu'ils pensoyent que les sacrifices tels quels fussent aucunement prisez de Dieu. Leur intention n'estoit point de rien déroguer à la Loy : mais estans droicts et vrais expositeurs d'icelle, ils ont ramené le vulgaire des Juifs au but duquel ilss'estoyent destournez. Desjà nous avons à recueillir, puis que la grâce de Dieu a esté offerte aux Juifs, que la Loy n'a pas esté vuide de Christ. Car Moyse leur a proposé ceste fin de leur adoption : c'est qu'ils fussent pour royaume sacerdotal à Dieu1, ce qu'ils ne pouvoyent obtenir, s'il n'y eust eu une réconciliation plus digne et précieuse que par le sang des bestes brutes. Car quelle raison ne propos y auroit-il, que les fils d'Adam, lesquels par contagion héréditaire naissent tous esclaves de péché, fussent soudain eslevez en dignité royale, et par ce moyen faits participans de la gloire de Dieu, sinon qu'un si haut bien et si excellent leur parveinst d'ailleurs? Comment aussi le droict de sacrificature leur pouvoit-il appartenir, ou avoir lieu entre eux, veu qu'ils estoyent abominables à Dieu par les macules de leurs vices, sinon qu'ils eussent esté consacrez en cest office par la saincteté du chef? Parquoy sainct Pierre en tournant les mots de Moyse, a usé d'une grâce et dextérité qui est bien à noter : c'est qu'en signifiant que la plénitude de grâce que les Juifs ont goustée sous la Loy, a estédesployée en Jésus-Christ : il dit, Vous estes le lignage esleu, et la sacrificature royale2? Car ce changement de mots tend à ce qu'on cognoisse que ceux ausquels Jésus-

I) Eiode XIX, 6.

z) 1 Pierre II, 9.

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