‹ Institution de la religion chrestienneChapitre 258 sur 335 · LIVRE II, CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE VII

qu'il ne se lasse jamais en nous bienfaisant, et acljoustant tousjours bénéfice sur bénéfice.

8 Or ce que nostre iniquité et condamnation est convaincue et signée par le lesmoignage de la Loy : cela ne se fait point atin que nous tombions en désespoir, et qu'ayans du tout perdu courage, nous abandonnions en ruine : car cela n'adviendra point, si nous en faisons bien nostre proulit. Bien est vray que les mescbans se desconforlent en cesle façon : mais cela advient de l'obstination de leur cœur. Mais il faut que les enfans de Dieu vienent à autre fin, c'est d'entendre ce que dit sainct Paul, lequel confesse bien que nous sommes tous condamnez par la Loy, afin que toute bouche soit fermée, et que tout le monde soit rendu redevab'e à Dieu * : mais ce pendant en un autre lieu il enseigne que Dieu a tous enclos sous incrédulité : non pas pour perdre, ou mesmes pour laisser périr, mais afin de faire miséricorde à tous2: asçavoir afin que se démettans de toute vaine eslime de leur vertu, ils recognoissent qu'ils ne sont soustenus sinon delà main. D'avanlage, qu'estansdu tout vuides et desnuez, ils recourent à sa miséricorde, se reposans entièrement en icelle, se cachans sous l'ombre d'icelle, la prenans seule pour justice et mérite, comme elle est exposée en Jésus-Christ à tous ceux qui la cherchent, désirent et attendent par vraye foy. Car le Seigneur n'apparoist point aux préceptes de la Loy rémunérateur sinon de parfaite justice, de laquelle nous sommes tous despourveus : au contraire se monstre sévère exécuteur des peines deues à nos fautes : mais en Christ sa face nous reluit plene de grâce et de douceur, combien que nous soyons povres pécheurs et indignes.

9 Quant est de l'instruction que nous devons prendre en la Loy, pour nous faire implorer l'aide de Dieu, sainct Augustin en parle souvent : comme quand il dit, La Loy commande, afin que nous estans efforcez de faire ses commandemens, et succombans par nostre infir-

lj Rom. m.'-i9.

2; Rom. XI, 31.

mité, nous apprenions d'implorer l'aide de Dieu >. Item, L'utilité de la Loy est de convaincre l'homme de son infirmité, et le contraindre de requérir la médecine de grâce, laquelle est en Christ 2. Item, La Loy commande : la grâce donne, force de bien faire3. Item, Dieu commande ce que nous ne pouvons faire, afin que nous sçachions ce que nous luy devons demander4. Item, La Loy a esté donnée pour nous rendre coulpables : afin qu'estans coulpables nous craignions, et qu'en craignant nous demandions pardon, et ne présumions point de nos forces5. Item, La Loy a esté donnée afin de nous faire petis, au lieu que nous esiions grands : afin de nous monstrer que nous n'avons point la force de nous-mesmes d'acquérir justice, afin qu'estans ainsi povres, et indigens, nous recourions à la grâce de Dieu 6. Puis après il adjouste une prière, Fay ainsi Seigneur, commandenous ce que nous pouvons accomplir, ou plustost, commande-nous ce que nous ne pouvons accomplir sans ta grâce : afin que quand les hommes ne pourront accomplir par leurs forces ce que tu dis, toute bouche soit fermée, et que nul ne s'estime grand : que tous soyent petis, et que tout le monde soit rendu coulpable devant Dieu7. Mais c'est chose superflue à moy, d'assembler des lesmoignages de sainct Augustin sur cesle matière, veu qu'il en a escrit un livre propre, lequel il a intitulé, De l'esprit et de la lettre. Touchant du second proulit, il ne le déclaire pas si expressément : possible à cause qu'il pensoit que l'un se pourroit entendre par l'autre, ou bien qu'il n'en estoit pas si résolu, ou bien qu'il ne s'en pouvoit pas despescher comme il eust voulu. Or combien que l'utilité dont nous avons parlé, convient proprement aux enfans de Dieu, toutesfois elle est commune aux réprouvez. Car combien qu'ils ne vienent pas jusques à ce point, comme font les fidèles, d'estre confus selon la chair, pour recevoir vigueur spirituelle en l'esprit, mais défaillent du tout en estonnement et

1) Epist. LXXX1X.

3) Epist XCV.

5) In l'salm. LXX.

7) Au sermon iXVII.

2) Epist. CC.

4) Lib. De rompt, et nralia.

6) In Psalm.C3.Vta.

désespoir, néantmoins cela est bon pour manifester l'équité du jugement de Dieu, que leurs consciences soyent agitées de tel tourment. Car tant qu'il leur est possible ils taschent tousjoursde tergiverser contre le jugement de Dieu. Maintenant combien que le jugement de Dieu ne soit point manifesté, néantmoins par le tesmoignage de la Loy et de leur conscience ils sont tellement abatus, qu'ils démonstrent ce qu'ils ont mérité.

\ 0 Le second office de la Loy est, à ce que ceux qui ne se soucient de bien faire que par contrainte, en oyant les terribles menaces qui y sont contenues, pour le moins par crainte de punition, soyent retirez de leur meschancelé. Or ils en sont retirez, non pas que leur cœur soit intérieurement esmeu ou touché, mais seulement ils sont estreins comme d'une bride, pour ne point exécuter leurs mauvaises cupiditez, lesquellesautrement ilsaccompliroyent en licence desbordée. Par cela ils ne sont de rien plus justes ne meilleurs devant Dieu. Car combien qu'ils soyent retenus par crainte ou par honte, tellement qu'ils n'osent pas exécuter ce qu'ils ont conceu en leur cœur, et ne jettent horsla rage de leur intempérance, néantmoins ils n'ont point le cœur rangé à la crainte et obéissance de Dieu : mais plustost d'autant plus qu'ils se retienent, ils sont d'autant plus enflambez et eschauffez en leur concupiscence, estans prests de commettre toute vilenie et turpitude, sinon que l'horreur de la Loy les restreinst. Et non-seulement le cœur demeure tousjours mauvais, mais aussi ils hayssent mortellement la Loy de Dieu :

et d'autant que Dieu en est autheur, ils l'ont en exécration : tellement que s'il leur estoit possible ils l'aboliroyent volontiers : veu qu'ils ne le peuvent endurer commandant ce qui est bon et sainct et droict, et se vengeant des contempteurs de sa majesté. Ceste affection se monstre plus apertement en d'aucuns, aux autres elle est plus cachée, néantmoins elle est en tous ceux qui ne sont point régénérez : c'est qu'ils sont induits à se submetlre tellement quellement à la Loy, non pas d'un franc vouloir, mais par contrainte, et avec grande résistance :

et n'y a autre chose qui les y astreigne, sinon qu'ils craignent la rigueur de Dieu. Néantmoins ceste justice contrainte et forcée est nécessaire à la communauté des hommes, à la tranquillité de laquelle nostre Seigneur pourvoit, quand il empesche que toutes choses ne soyent renversées en confusion : ce qui seroit, si tout estoit permis à un chacun. D'avantage; il n'est point inutile aux enfans de Dieu, d'estre régis par ceste doctrine puérile, du temps qu'ils n'ont point encores l'Esprit de Dieu, mais s'esgayent en l'intempérance de leur chair, comme aucunesfois il advient que nostre Seigneur ne se révèle point du premier coup à ses fidèles, mais les laisse cheminer quelque temps en ignorance, devant que les appeler. Car lors estans restreins de toute dissolution par ceste terreur servile, combien qu'ils ne proulitent pas beaucoup présentement, veu que leur cœur n'est encores dompté ne subjugué : néantmoins ils s'accoustument ainsi petit à petit à porter le joug de nostre. Seigneur, afin que quand il les aura appelez, ils ne soyent du tout rudes à se submettre à ses commandement, comme à une chose nouvelle et incognue. Il est vraysemhlable que l'Apostre a voulu toucher cest office de la Loy, en disantqu'elle n'est point donnée pour les justes, mais pour les injustes et rebelles, infidèles et pécheurs, meschans et poilus, meurtriers de leurs parens, homicides, paillards, larrons, menteurs et parjures, et entachez de tels vices qui contrevienent à saine doctrine1. Car il monstre en cela, que la Loy est comme une bride pour refréner les concupiscences de la chair, lesquelles autrement se desborderoyent sans mesure.

M On peut appliquer à tous les deux ce qu'il dit en un autre passage : c'est que la Loy a esté pédagogue aux Juifs, pour les mènera Christ2. Car il y a deux genres d'hommes, lesquels elle meine à Christ par son instruction puérile. Les premiers sont ceux desquels nous avons parlé au paravant, qui estans trop pleins de la fiance de leur propre vertu ou jus-

1) ITim.I, 9, 10.

2) Galat. 111, !V.

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