‹ Institution de la religion chrestienneChapitre 260 sur 335 · LIVRE II, CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE VII

gner ce qui est abrogué en la Loy, et ce qui y demeure encores ferme. Quand le Seigneur Jésus dit qu'il n'est point venu pour abolir la Loy, mais pour l'accomplir : et qu'il n'en passera une seule lettre jusques à tant que le ciel et la terre faudront, que tout ce qui y est escrit ne se face, en cela il démonstre que par son advénement la révérence et obéissance de la Loy n'est en rien diminuée. Et ce à bonne cause : veu qu'il est venu pour donner remède aux transgressions d'icelle. La doctrine doneques de la Loy n'est en rien violée par Jésus-Christ, qu'elle ne nous dresse à toute bonne œuvre, en nous enseignant, admonestant, reprenant et chastiant.

15 Touchant ce que sainct Paul dit de la malédiction, cela n'appartient point à l'office d'instruire : mais d'estreindre et captiver les consciences. Car la Loy, quant à sa nature, non-seulement enseigne, mais requiert estroitement ce qu'elle commande. Si on ne le fait, et mesmes si on n'en vient à bout jusqu'au dernier point , elle jette incontinent la sentence horrible de malédiction. Par ceste raison l'Apostre dit que tous ceux qui sont sous la Loy sont maudits, d'autant qu'il est escrit, Maudits seront tous ceux qui n'accompliront tout ce qui est commandé l.

Conséquemment il dit que tous ceux-là sont sous la Loy, qui n'establissent point leur justice en la rémission des péchez : laquelle nous délivre de la rigueur de la Loy. 11 nous faut doneques sortir de ses liens si nous ne voulons misérablement périr en captivité. Mais de quels liens? Deceste rigoureuse exaction, de laquelle elle nous poursuit sans rien remettre, et sans laisser une seule faute impunie.

Pour nous racheter de ceste malheureuse condition, Christ a esté fait maudit pour nous : comme il est escrit, Maudit sera celuy qui pendra au bois. Au chapitre suyvant sainct Paul dit que Jésus-Christ a esté assujeli à la Loy, pour racheter ceux qui estoyent en la servitude d'icelle: mais il adjousle quant et quant , atin que nous jouissions du privilège d'adoption pour estre enfans de Dieu2. Qu'est-ce à

O Gai. III, 10; Deut. XXVII, 26.

2) Ga!. III, 13; IV, i; Deul. XXI, 23.

dire cela? c'est que nous ne fussions point tousjours enserrez en captivité, laquelle teinst nos consciences liées en angoisse de mort. Néanlmoins cela demeure tousjours cependant, que l'authorite (te la Loy n'est en rien enfreinte, que nous ne la devions tousjours recevoir en mesme honneur et révérence.

16 La raison est diverse quant aux cérémonies, lesquelles n'ont point esté abolies quant à leur effect, mais quant à leur usage. Or ce que Jésus-Christ les a fait cesser à sa venue, ne dérogue rien à leur sainctelé, mais plustost la magnifie et rend plus précieuse. Car comme ce n'eust esté qu'une bastelerie anciennement, ou un amuse-fol (comme l'on dit) si la vertu de la mort et résurrection de Jésus-Chiist n'y eust esié monstrée : aussi d'autre costé si elles n'eussent prins fin, on ne sçauroit aujourd'huy discerner pourquoy elles ont esté instituées. Suyvant ceste raison sainct Paul voulant monstrer que l'observation d'icelles nonseulement est superflue, mais aussi nuisible, dit que ç'ont esté ombres, desquelles le corps nous apparoist en Jésus- Christ1. Nous voyons doneques qu'en l'abolition d'icelles la vérité nous reluit mieux que s'il y avoit encores un voile tendu, et que Jésus-Christ, lequel s'est monstre de près , y fust figuré comme de loin. Et voylà pourquoy à la mort de Jésus-Christ le voile du temple s'est rompu en deux parties et est tombé bas2, pource que l'image vive et expresse des biens célestes estoit manifestée, ayant en soy la perfection de ce que les cérémonies anciennes n'avoyent que les premières traces et obscures, comme en parle l'autheur de l'Epistte aux Hébrieux3. A quoy appartient le dire de Christ, que la Loy et les Prophètes ont esté jusques ù Jean, et que de là le Royaume de Dieu a commencé d'estre annoncé * : non pas que les saincts Pères ayent esté privez et desnuez de la prédication qui contient en soy l'espérance de salut mais pource qu'ils ont apperceu seulement de loing et en ombrage, ce que nous voyons aujourd'huy en plene clairté. Sainct Jehan Baptiste rend la rai-

1) Coloss. II, 17.

3) Cliap. X, I.

2) Mallh. XXVII, 51.

4) Luc XVI, 16.

son pourquoy il a falu que l'Eglise de Dieu commençast par tels rudimens pour monter plus haut : c'est que la Loy a esté donnée par Moyse, la grâce et vérité a esté faite par Jésus-Christ1. Car combien que l'anéantissement et pardon des péchez fus! promis aux sacrifices anciens , et que le coffre de l'alliance leur fust un certain gage de la faveur palernel'e de Dieu, cela n'estoit qu'un ombre s'il n'eust esté fondé en Jésus-Christ, auquel seul on trouve ferme stabilité et permanente. Quoy qu'il en soit, cela nous doit demeurer arresté, combien que les cérémonies de la Loy ayent prins lin pour n'estre plus en usage, que cela est pour mieux faire cognoistre quelle a esié leur utilité jusques à l'advénement de Jésus- Christ : lequel en abatant l'observation, a ratifié par sa mort, leur vertu et effect. M La raison que note sainct Paul a un peu plus de difficulté : Du temps, dît-il , que vous estiez morts en vos péchez, et au prépuce de vostre chair, Dieu vous a vivifiez avec Christ : vous pardonnant toutes vos fautes, effaçant l'obligé des décrets, qui estoit à rencontre de vous, et vous estoit contraire , en le fichant à la croix'2, etc. Car il semble advis qu'il vueille estendre plus outre l'abrogation de la Loy, tellement que ses décrets ne nous appartienent plus de rien : car ceux qui prenenl cela simplement de la Loy morale, errent : de laquelle néantmoins ils exposent que la sévérité trop rigoureuse a esté abolie, non pas la doctrine. Les autres considérans de plus près les paroles de sainct Paul, voyent bien que cela proprement compète à la Loy cérémoniale: et monstrent que sainct Paul a accoustumé d'user de ce mot de Décrets, quand il en parle, car aux Ephésiens il dit ainsi : Jésus-Christ est nostre paix, lequel nous a conjoincis ensemble, abolissant la Loy des ordonnances, laquelle gist en décrets3, etc. Il n'y a nulle doute que ce propos ne se doyve entendre des cérémonies: car il dit que ceste Loy estoit comme une muraille pour séparer les Juifs d'avec les Gentils. Je confesse doncquesque la première exposition

1) Jean 1, 17.

S) Ephés. II, 14.

2) Cnloss. II, 13, l 't.

à bon droicl est reprinse des seconds:

toutesfois il me semble qu'eux -mesmes n'expliquent pas encores du tout bien la sentence de l'Apostre : car je n'approuve poii.t qu'on confonde ces deux passages, comme si l'un estoit tout semblable à lautre. Quant est de celuy qui est en l'Epistre aux Ephésiens, le sens est tel : sainct Paul les voulant acertener comme ils estoyent receus en la communion du peuple d'Israël, leur dit que l'empeschement qui estoit auparavant pour les diviser, a esté osté, c'estoyent les cérémonies : car les lavemens et sacrifices par lesquels les Juifs se sanctilioyent à Dieu, les séparoyent d'avec les Gentils. Mais en l'Epistre aux Colossiens , il n'y a celuy qui ne voye qu'il touche un plus haut mystère. Il est là question des observations mosaïques, ausquelles les séducteurs vouloyent contraindre le peuple chrestien. Comme doneques en l'Epistre aux Galatiens, ayant ceste mesme dispute à démener, il la tire plus loing et la réduit à sa source : ainsi fait-il en cest endroict. Car si on ne considère autre chose aux cérémonies, sinon la nécessité de s'en acquitter : pourquoy les appelle-il un obligé? et un obligé contraire à nous?

Et à quel propos eust-il quasi constitué toute la somme de nostre salut en ce qu'il fust cassé et mis à néant? Parquoy on voit clairement qu'il nous faut yci regarder autre chose que l'extériorité des cérémonies. Or je me confie d'avoir trouvé la vraye intelligence, si on me confesse estre vraye ce qu'escrit en quelque lieu trèsvérilablement sainct Augustin, ou plustost ce qu'il a tiré des paroles toutes évidentes de l'Apostre, c'est qu'aux cérémonies judaï jiies il y avoit plustost confession des péchez, que purgation1. Car qu'est-ce qu'ils faisoyent en sacrifiant, sinon qu'ils se confessoyent estre coulpables de mort, veu qu'ils substituoyent en leur lieu la beste pour estre tuée? Par leurs lavemens qu'est-ce qu'ils faisoyent, sinon se confesser immondes et contaminez. Parquoy ils confessoyent la dette de leur impureté et de leurs offenses. Mais en ceste protestation le

1) Uéb. VII, :x, X.

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