‹ Institution de la religion chrestienneChapitre 266 sur 335 · LE PREMIER COMMANDEMENT · texte numérisé non relu

LE PREMIER COMMANDEMENT

Je suis l'Eternel ton Dieu, qui t'ay retiré de la terre d'Egypte, de la maison de servitude. Tu n'auras point de dieux estr anges devant ma face.

Il ne peut chaloir, si nous prenons la première sentence comme partie du premier précepte, ou si nous la mettons séparément, moyennant que nous entendions que c'est comme un Proème sur toute la Loy. Premièrement, quand on fait quelques loix il faut donner ordre qu'elles ne s'abolissent par mespris ou contemnement. Pour ceste cause le Seigneur au commencement remédie à ce danger, en pourvoyant que la majesté de sa Loy ne soit contemnée : ce qu'il fait, la fondant sur trois raisons. Car il s'attribue le droict et puissance de commander : en quoy il astreint son peuple esleu à la nécessité d'obéir. Puis après il promet sa grâce, pour attirer s^s fidèles par douceur à suyvre sa volonté. Finalement il réduit en mémoire le bien qu'il a fait aux Juifs, pour les rédarguer d'ingratitude, s'ils ne respondent à sa libéralité qu'il leur a monstrée. Sous ce nom d'Eternel, est signifié son Empire et Seigneurie légitime qu'il a sur nous. Car si toutes choses vienent de luy, et consistent en luy, c'est raison qu'elles soyent référées à luy, comme dit sainct Paul 2. Par ce mot doncques il nous est monstre qu'il nous faut submeltre au joug du Seigneur : veu que ce seroit un monstre, de nous retirer du gouvernement de celuy hors lequel nous ne pouvons estre.

14 Après qu'il a enseigné le droict qu'il a de commander, et que toute obéissance luy est deue, afin qu'il ne semble

Page 1