LE SECOND COMMANDEMENT
Tu ne te feras point image taillée, ne semblance aucune des choses qui sont en haut au ciel, ne ça bas en la terre, ni es eaux : dessous la terre.
Tu ne les adoreras, ni honoreras.
Comnr il s'est déclairé au prochain commandement estre. le seul Dieu outre lequel il n'en faut point avoir ny imaginer d'autre : ainsi il démonstre plus clairement quel il est/et comment il doit estre honoré, alin que nous ne forgions nulle pensée charnelle de luy. La tin du précepte est, que Dieu ne veut point ie droict honneur que nous luy devons estre profané par observations superstitieuses.
Pourtant en somme, il nous veut révoquer et retirer de toutes façons charnelles de faire, lesquelles nostre entendement controuve après qu'il a conceu Dieu selon sa rudesse : et conséquemment il nous réduit au droict service qui luy est deu, asçavoir spirituel, et tel qu'il l'a institué. Or il marque le vice qui estoit le plus notable en cest endroicl, c'est l'idolâtrie externe. Toutesfois le commandement a deux parties : la première réprime nostre témérité, à ce que ne présumions d'assujetir à nostre sens Dieu, qui est incompréhensible, ou de le re-
présenter par aucune image : la seconde partie défend d'adorer aucunes images, par manière de religion Or il touche en brief ies espèces d'idolâtries que les Payens avoyent. En disant, les choses qu| sont au ciel : il signilie le so'eil, la lune et toutes les estoilles : possible aussi, les oiseaux. Comme de faict au chapi-, tre IV du Deutéronome exprimant son intention, il nomme tout cela. A quoy je ne me fusse point arresté, n'estoit pour corriger l'abus d'aucuns ignorans, qui interprètent ce passage des Anges. Pourtant je ne louche point a I'expo>i,ion des mots qui s'ensuyvent après, veu qu'ils sont assez patens. Et desjà au premier livre nous avons assez évidemment enseigné, que toutes les foraies visibles de Dieu que l'homme controuve, répugnent du tout à la nature d'iceluy : par ainsi, si tost qu'on met en avant quelque idole, que la vraye religion est corrompue et abastardie.
18 La menace qu'il adjouste doit valoir à corriger nostre stupidité : c'est quand il dit,
Qu'il est l'Eternel nostre Dieu1, Dieu jaloux visitant l'iniquité des pères sur lèsent ans en la tierce et quarte génération à ceux qui hayssent son Nom : et faisant miséricorde en mille générations à ceux qui l'aiment et gardent ses commandemens.
Ce qui est autant comme s'il disoit, qu'il est luy seul auquel il nous faut arrester. Et pour nous induire à cela, il nous monstre sa puissance, laqt el ç il ne peut souffrir estre mesprisée ou ;tinoindrie. Il est vray que le nom EL, est yci mis, qui signilie Dieu : mais pource qu'il est ainsi appelé à cause de sa force, pour mieux exprimer le sens j'ay usé du mot de Fort, ou bien l'ay entrelacé en second lieu. Puis il se nomme Jaloux, pour signitier qu'il ne peut endurer compagnon. Tiercement il dénonce qu'il vengera sa majesté et sa gloire, si quelqu'un la transfère aux créatures ou aux idoles : et que ce ne sera point une simple vengence qui passe de léger, mais qu'elle
1) Ou, Fo't : car ce nom de Dieu en la langue !ieb aique vient d'un mot qui signifie Force.
s'estendra sur les enfant, neveux et arrière-neveux, lesquels ensuyvront l'impiété de leurs prédécesseurs : comme d'autre part il promet sa miséricorde et libéralité en mille générations à ceux qui l'aimeront et garderont sa Loy. Ce n'est pas chose nouvelle au Seigneur, de prendre la personne d'un mari envers nous : car la conjonciion par laquelle il nous conjoinctà soy en nous recevant au sein de l'Eglise, est comme un mariage spirituel, lequel requiert mutuelle loyauté.
Pourtant comme en tout et par tout il fait l'office d'un fidèle mari, aussi de nostre part il demande que nous luy gardions amour et chasteté de mariage : c'està-dire, que nos âmes ne soyent point abandonnées au diable et aux concupiscences de la chair : qui est une espèce de paillardise. Pour laquelle cause quand il reprend les Juifs de leur infidélité, il se complaind qu'ils ont par leurs adultères violé la loy de mariage 1. Parquoy comme un bon mari, d'autant qu'il est plus fidèle et loyal, est d'autant plus courroucé s'il voit sa femme décliner à quelque paillard ; en telle sorte le Seigneur, lequel nous a espousez en vérité, tesmoigne qu'il a une jalousie merveilleuse toutesfois et quantes qu'en mesprisant la chasteté de son mariage, nous nous contaminons de mauvaises concupiscences : et principalement quand nous transférons ailleurs sa gloire, laquelle sur toutes choses luy doit esire conservée en son entier : ou bien que nous la polluons de quelque superstition. Car en ce faisant, non-seulement nous rompons la foy que nous luy avons donnée en mariage, mais aussi nous polluons nostre âme par paillardise.
49 II faut veoir que c'est qu'il entend en la menace, quand il dit qu'il visitera l'iniquité des pères sur les enfans en la tierce et quatrième génération. Car outre ce que cela ne conviendroit point à l'équité de la,justice divine, de punir l'innocent pour la faute d'autruy : le Seigneur mesme dénonce, qu'il ne souffrira que le fils porte l'iniquité du père 2. Et néantmoins ceste sentence est souvent ré-
1) Jér. III ; Osée II.
2) Ezéch. XVIII, «0.
pétée, que les péchez des pères seront pu nis en leurs enfans. Car Moysé parle souvent en ceste sorte. Seigneur, Se gneur, qui rétribues le loyer à l'iniquité des pères sur les enfans l. Pareillement Jéréu.ie, Seigneur, qui lais miséricorde en mille générations, et rejettes l'iniquité des pères au sein des enfans 2. Aucuns ne se potivans despescher de ceste difficulté, entendent cela des peines temporelles, lesquelles il n'est pas inconvénient que les enfans souffrent pour leurs pères, veu que souvent elles sont salutaires. Ce qui est bien vray : car Isaïe dénonçoit au roi Ezéchias, qu'à cause du péché par luy commis, le Royaume scroit osté à ses enfans : et seroyenl transportez en pays estrange 3. Pareillement, les familles de Pharaon et Abimélech ont esté affligées à cause de l'injure qu'avoyent faite les maistres à Abraham : et plusieurs autres exemples semblables*. Mais si par cela on veut soudre ceste question, c'est un subterfuge plustost qu'une vraye exposition de ce lieu. Car le Seigneur dénonce yci une vengence si griefve, qu'elle ne se peut restreindre à la vie présente. Il faut donc ainsi prendre ceste sentence, que la malédiction de Dieu non-seulement tombe sur la teste de l'inique, mais est espandue sur tout son lignage. Quand cela est, que peut-on attendre, sinon que le père estant délaissé de l'Esprit de Dieu, vive meschamment? Le fils estant aussi abandonné de Dieu pour le péché de son père, suyve un mesme train de perdition? Le neveu et les autres successeurs, estans exécrable lignée de meschans gens,, aillent après en mesme ruine?
20 Premièrement voyons si telles vengences répugnent à la justice de Dieu.
Or puis que toute la nature des hommes est damnable, il est certain que la ruine est appareillée à tous ceux ausquels le Seigneur ne communique point ya grâce ; et néantmoins ils périssent par leur propre iniquité, et non point par quelque haine inique de Dieu : et ne se peuvent plaindre de ce que Dieu ne les aide point de sa grâce en salut comme lesautres. Quand doncques ceste punition advient aux mes-
1) Nomb. XIV, 18.
8) Is. XXXIX, 7.
2) Jér. XXXII, 18.
4) Gen. XII, 17 ; XX, S.