‹ Institution de la religion chrestienneChapitre 275 sur 335 · LIVRE II, CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE VIII

nostre Seigneur a confermé cest ordre par son exemple" : car c'est une chose q!ii ne doit point esmouvoir petitement l'homme, Quand on l'enseigne de suyvre son Créateur- Si quelqu'un requiert une signification secrète au nombre de Sept : il est vraisemblable, puis que ce nom en l'Escriiure signrhV perfection, qu'il a esté esleu en cest endroit pour dénoter perpétuité. A quoy se rapporte ce que nous voyons en Moyse. Car après avoir dit que le Seigneur s'est reposé au septième jour, il n'en met plus d'autres après pour luy déterminer sa lin. On pourroil aussi amener quant à cela une autre conjecture probable : c'est que le Seigneur par ce nombre a voulu signifier que le Sabbalh des fidèles ne sera jamais parfaitement accompli jusques au dernier jour.

Car nous le commençons yci, et fe poursuivons journellement : mais pource que nous avons encore bataille assiduelle contre nosire chair, il ne sera point achevé jusques a ce que la sentence d'Isaïe soit vériliée, quand il dit qu'au royaume de Dieu il y a un Sabbath continué éternellement : asçavoir quand Dieu sera tout en tous1. Il pourroit donc sembler advis, que par le septième jour le Seigneur ait vou'u figurer a son peuple la perfection du Sabbath qui sera au dernier jour, alin de le faire aspirer à iceile perfection, d'une estude continuelle durant teste vie.

31 Si ceste exposition semble trop subtile, et pourtant que quelqu'un ne la vueiile recevoir, je n'empesche pas qu'on ne se contente d'une plus simple : c'est que le Seigneur a ordoniié un jour par lequel le peuple tust exercité sous la pédagogie de la Loy à méditer le repos spirituel, qui est sans tin. Qu'il a assigné le septième jour, ou bien jugeant qu'il suffi>oit, ou bien pour mieux inciter le peuple à observer ceste cérémonie, luy proposant son exemple : ou plustost pour luy monstrer que le Sabbath ne lendoit à autre lin, sinon pour le rendre conforme à son Créateur. Car il n'en peut guères chaloir, moyennant que la signification du mystère demeure : c'est que

1) Is. LXVI, 23 ; 1 Cor. XV, 28.

le peuple fust instruit de se démettre de ses œuvres. A laquelle contemplation les Prophètes réduisoyent assiduellcmenl les Jtiïfs, afin qu'ils ne pensassent s'acquitter en s'ab-tenant d'œuvres manuelles.

Outre les passages que nous avons alléguez, il est dit en Isaïe, Si tu le retires au Sabbath pour ne point faire la volonté en mon sainct jour, et célèbres un Sabbaib sainct et délicat au Seigneur de gloire, et le glorifies en ne faisant point tes œuvres, et fa propre volonté n'est point trouvée : lors tu prospéreras en Dieu1. Or il n'y a doute que ce qui esloit cérémonial en ce précepte, n'ait esté aboli par l'advénement de Christ. Car il est la vérité, qui fait par sa présence esvanouir toutes les figures : il est le corps, au regard duquel les ombres sont laissées. Il est, dy-je. le vray accomplissement du Sabbath. Car eslans ensevelis avec luy par le Baptesme, nous sommes èiVtez en la compagnie de sa mort : afin qu'estans faits participons de s;i résurrection, nous cheminions en nouveauté de vie2. Pourtant diL l'Aposire que le Sabbath a esté ombre de ce qui dévoit advenir, et que le corps en est en Christ3 : c'est-à-dire, la vraye subslance et solide de la vérité, laquelle il explique bien en ce lieu-la Or iceile n'est point contente d'un jour, mais requiert tout le cours de nostre vie, jusques à ce qu'estans du fout morts à nous-mesmes, nous soyons remplis de la vérité de Dieu.

D.mt il s'ensuit que louie observation superstitieuse des jours doit estre loin des Chresliens.

32 Méantmoins d'autant que les deux dernières causes ne se doyvent point mettre entre les ombres anciennes, mais convienent éga'emenl à tous siècles :

combien que le Sabbath soit abrogé, cela ne laisse point d'avoir lieu entre nous, que nous ayons certains jours pour nous assemb'er à ouyrles prédications, à faire les oraisons publiques, et célébrer les Sacremens : secondement pour donner quelque relasche aux serviteurs et gens méchaniques. Il n'y a nulle doule que le Seigneur n'ait regardé l'un et l'autre en

1) Is. LVIII, 13.

S) Coloss. II, 16, 17.

2) Rom. VI, 4.

commandant le Sabbath. Quant au premier, il est assez approuvé par l'usage mesme des Juifs. Le second a esté noté par Moyse au Deutéronome, en ces paroles. Afin que ton serviteur et ta chambrière se reposent comme toy, qu'il te souviene que tu as esté serviteur en Egypte. Item en Exode, Afin que ton bœuf et ton asne, et ta mesgnie se repose1. Qui pourra nier que ces deux choses ne nousconvieneni aussi bien qu'aux Juifs? Les assemblées ecclésiastiques nous sont commandées par la Parole de Dieu : ei l'expérience mesme nousmonstre quelle nécessité nous en avons. Or s'il n'y a jours ordonnez, quand se pourra on assembler? L'Apostre enseigne que toutes choses se doyvent faire décentemenl et par ordre entre nous2. Or tant s'en faut que l'honnesteté et l'ordre se puisse garder sas;s ceste police de jours, que si elle n'e.-toit, nous venions incon lineni merveilleux troubles et confusions en l'Eglise. Or s'il y a une mesme nécessité entre nous, que celle à laquelle le Seigneur a voulu remédier en ordonnant le Sabbath aux Juifs, que nul n'allègue ceste loy ne nous appartenir de rien : car il est certain que nostre bon Père n'a pas moins voulu pourvoir à nostre nécessité, qu'à celle des Juifs. Mais que ne nous assemblons-nous tous les jours, dira quelqu'un, pour osier ceste différence. Je le désireroye bien : et de faict, la sagesse spirituelle de Dieu seroit bien digne d'avoir quelque heure au jour, qui luy fust destinée. Mais si cela ne se peut obtenir de l'infirmité de plusieurs, qu'on s'assemble journellement, et la charité ne permet point de les contraindre plus outre : pourquoy ne suyvons-nous la raison laquelle nous a esté monstrée de Dieu?

3-i II nous faut estre un peu plus long; en cest endroit, pource qu'aucuns entendemens légers se tempestenl aujourd':.uy à cause du Dimanche. Car ils se plaignent que le peuple chrestien est entretenu en un Judaïsme, veu qu'il relient encores quelque observation des jours. A cela je respon que sans Judaïsme nous

1) Deul. 15 ; Ex. XXIII, 12. î) I Cor. XIV, W.

observons le Dimanche, veu qu'il y a grande différence entre nous et les Juifs: car nous ne l'observons point d'une religion estroite, comme d'une cérémonie en laquelle nous pensions esirecomprins un mystère spirituel : mais nous en usons comme d'un remède nécessaire pour garder bon ordre en l'Eglise. Mais saiuct Paul, disent-ils, nie que les Chresiiens doyvent estre jugez en l'observation des jours, veu que c'est un ombre des choses futures : et pour ceste cause craind d'avoir travaillé en vain entre les Galaliens. d'aulant qu'ils observoyent encores les jours. Et aux Romains il afferme que c'est superstition, si quelqu'un discerne entre jour et jour1 ? Mais qui est l'homme d'entendement rassis qui ne voye bien de quelle observation pari,1 l'Apostre? Car ils ne regardoyent point à c ste fin que nous disons, d'observer la police et ordre en l'Eglise : mais entretenant les lestes comme ombres des choses spirituelles, ils obscurcissoyent d'aulant la gloire de Christ et la clairté de l'Evangile : ils ne s'abstenoyeni point d'oeuvres manuelles, pource qu'elles les empeschassent de vaquer à méditer la Parole de Dieu : mais par une folle dévotion, d'autant qu'ils imaginoyent en se reposant faire service à Dieu. C'est donc contre ceste perverse discrétion de jours cpie crie sainct Paul et non pas contre l'ordonnance légitime qui est mise pour entretenir la paix en la compagnie des Chrestiens. Car les Eglises qu'il avoit édiliées, gardoyent le Sabbath en cest usage : ce qu'il monstre en assignant ce jour-là aux Corinthiens pour apporter leurs auniosnes en l'Eglise8, Si nous craignons la superstition , elle estoit plus à craindre aux festes .judaïques qu'elle n'est maintenant au Dimanche.

Car comme il esloit expédient pour abaire la superstition, on a délaissé le jour observé des Juifs: et comme il estoit nécessaire pour garder ordre, police et paix en l'Eglise, on en a mis un autre au lieu.

34 Combien que les anciens n'ont point choisi le jour du Dimanche pour le sub-

1) Col. II, 16; Gai. IV, 10, 11 ; Rom. XIV, 5.

2) 1 Cor. XVI, 2.

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