LE CINQUIÈME COMMANDEMENT
Honore ton père et ta trière, afin que tes jours soyent prolongez sur la terre, laquelle le Seigneur ton Dieu te donnera.
La fin est , pource que Dieu veut que l'ordre qu'il a constitué soit entretenu, qu'il nous faut observer les degrez de prééminence comme il les a mis. Pourtant la somme sera, que nous portions révérence à ceux que le Seigneur nous a ordonnez pour supérieurs : et que nous leur rendions honneur et obéissance , avec recognoissance du bien qu'ils nous ont fait. De cela s'ensuit la défense, que nous ne déroguions à leur dignité, ne parcontemnement, ne par contumace, ne par ingratitude. Car le nom d'Honneur s'esiend ainsi amplement en l'Escrilure : comme qua: d l'Apostre dit que les Pres- Ires qui président bien, sont dignes de double honneur2: non-seulement il parle de la révérence qui leur est deue , mais aussi de la rémunération que mérite leur labeur. Or puurce que ce commandement lequel nous assujetit à nos supérieurs, est fort contraire à la perversité de nostre nature, laquelle comme elle crève d'ambition et d'orgueil, ne se submet pas volontiers : à ceste cause la supériorité laquelle esloit la moins odieuse et plus amiable de toutes, nous a esté proposée pour exemple : pource qu'elle pouvoit mieux fleschir et amolir no& cœurs a se submetlre en obéissance. Parquoy le Seigneur, petit à petit par la sujétion qui est la plus douce et la plus facile à porter, nous accouslume à toutes sujétions, pource qu'il y a une mesme raison en toutes. Car quand il donne prééminence
1) Is. I, 13; LVIH, 13.
2) 1 Tim. V, 17.
à quelqu'un, enlant qi:e mestier est pour la conserver il luy communique son Nom. Les iilires de Père, de Dieu et de Seigneur luy sont tellement propres, que quand il en est fait mention, il faut que nostre cœur soit touché de la recognoissanee de sa majesté. Pourtant quand il en fait les hommes participais, il leur donne comme quelque estincelle de sa clair té , alin de les anncblir et les rendre hono:ables selon leur degré. Parqtioy en celuy qui est nommé père, il faut neçognoi. Ire quelque honneur divin , veu qu'il ne porte point le liltrede Dieu sans cau-e. Pareillement celuy qui est Prince ou Seigneur, communique aucunement à l'honneur de Dieu.
3b Parquoy il ne faut douter que le Seigneur ne constilue yci une reigle universelle : c'est que selon que nous recognoissons un chacun nous eslre ordonné de luy pour supérieur, que nous luy portions honneur, révérence et amour : et que nous luy facions les services qu'il nous sera possible. El ne faut point regarder si nos supérieurs sont dignes de cest honneur ou non : car quels qu'ils soyenl , ils ne sont point venus sans la volonté de Dieu en ce degré, à cause duquel nostre Seigneur nous commande les honorer. Toutesfois nommément il nous commande de révérer nos parens qui nous ont engendrez en cesle vie, ce que nalure niesme nous doit enseigner.
Car tous ceux qui violent l'authorilé paternelle, ou par mespris, ou par rébellion, sont iiionstres et non pas hommes. Pourtant nostre Seigneur commande de mettre à mort tous ceux qui sont désobéissais à père et a mère : et ce à bonne cause. Car puisqu'ils ne recognoissent point ceux par le moyen desquels ils sont venus en ceste vie, ils sont certes indignes de \ivre. Or il appert par plusieurs passages de la Loy, ce que nous avons dit estre vray : aseavoir que l'honneur dont il est yci parlé a trois parties: Révérence, Obéissance et Amour procédant de la recognoissance des bienfaits.
La première est commandée de Dieu, quand il commande de mettre à mort celuy qui aura délraclé de père et de mère: car en cela il punit tout contemnement
et mespris. La seconde, en ce qu'il a ordonné que l'enfant rebelle et désobéissant fust aussi mis'à mort. La troisième est approuvée en ce que dit .lésus-Chrisl au chapitre XV de saincl Matthieu, que c'est du commandement de Dieu, de servir et bien faire à nos parens1. Toutesfois et (juantes que saincl Paul fait mention de ce précepte, il nous exhorte à obéissance: ce qui appartient à la seconde partie.
37 La promesse est quant et quant adjousiée pour plus grande recommandation, alin de nous admonester combien ceste sujétion est agréable à Dieu, car saincl Paul nous incite par cest aigui'lon, quand il dit que ce précepte est le premier avec promesse2: car la promesse que nous avons eue ci-dessus en la première Table, n'esloil pas spéciale à un précepte seulement , mais s'estendoit à toute la Loy. Quant est de l'intelligence de cesteci. elle est telle : c'est que le Seigneur parloit proprement aux Israélites, de la terne qu'il leuravoit promise en héritage. Si donc la possession de ceste leri e estoit une arre de la bonté de Dieu et sa largesse, il ne nous faut esmerveillers'il leur a voulu testilier sa grâce en leur promettant longue vie par laquelle ilspouvoyent plus longuement jouyr de son béitéiice.
C'est donc comme s'il disoit, Honore père et mère, atin qu'en vivant longuement tu puisses jouir p'us long temps de la terre laquelle te sera pour tesmoignage de ma grâce. Au reste, | ource que toute la terre est bénite aux li.lèles, à bon droit t nous mettons la vie présente entre les bénédictions de Dieu. Parquoy, entant que la longue vie nous est argument de la bénévolence de Dieu sur nous, ceste promesse aussi nous appartient : car la longue vie ne nous est point promise, comme elle n'a point esté promise aux Juifs, pource qu'elle contient en soy béatitude : mais pource que c'est aux justes une enseigne de la bonté de Dieu. S'il advient doueques que quelque enfant bien obéissant à ses parens Irespasse en sa jeunesse (comme souvent il advient) Dieu ne laisse pas de demeurer
1) Ex. XXI, 17 j Lév. XX, 9;Prov. XX, 20;Deul. XXI, 18 ; Mallh. XV, V. 2) Col. 111, 20 ; Ephés. VI, 1, 2.